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Une battante à la tête de l’ADMR île de Ré
Geneviève Teruin, présidente d’ADMR île de Ré qui célèbre cette année ses 60 ans, a bien voulu à cette occasion nous accorder une interview où elle se remémore les avancées obtenues et les difficultés rencontrées dans le domaine de l’aide sociale auquel elle a consacré sa vie.
Ré à la Hune : Vous êtes aujourd’hui présidente de l’association ADMR de l’île de Ré créée en 1966. Quel parcours la jeune fille que vous avez été a-t-elle suivi pour en arriver là ?
Geneviève Teruin : Depuis toute jeune je voulais être infirmière et je le suis devenue. Les gens m’intéressaient, j’avais envie de les aider, de les soulager lorsqu’ils souffraient. J’ai obtenu mon diplôme d’Etat en 1964. Mon père aurait préféré que je m’oriente vers l’enseignement, mais c’est ainsi je suis devenue infirmière. C’est un très beau métier qui m’a donné beaucoup d’ouvertures. Je n’ai pas été uniquement infirmière soignante. Au début, je suis restée dans le secteur privé ; j’ai travaillé en bloc opératoire et j’ai ensuite fait du domicile. A une époque, j’ai fait un essai dans une usine et cela ne m’a absolument pas plu. On n’y faisait pratiquement que de la prévention, or ce sont les soins qui m’intéressaient, voir comment évolue un malade. Tout ce qui était médecine ne m’attirait guère, je préférais la chirurgie qui me paraissait plus concrète et où l’on voyait plus vite les résultats.
Alors que je me trouvais à Brest et que j’étais bénévole de l’ADMR de la ville et faisais partie du conseil d’administration, j’ai préparé un DU (diplôme d’Université) de gérontologie, tout en travaillant. De là, dans les années 2000, j’ai repris en tant que directrice une petite maison de retraite (25 lits) en Maine et Loire où tout était à faire. L’ambiance était très familiale, la maison se trouvait dans une belle propriété et j’y suis restée dix ans. J’ai beaucoup apprécié cette période parce que tout était à faire et je pouvais voir le résultat des actions entreprises. Rien n’était aux normes… C’était un véritable challenge !
J’ai toujours été sensible aux problèmes rencontrés par les personnes âgées, déjà avec mes grands-parents dont j’étais proche, mais aussi du fait de ma profession d’infirmière. Je l’ai déjà dit c’est un métier qui donne la possibilité de faire énormément de choses. On peut s’occuper de puériculture, de psychiatrie, d’enfants… on n’est pas cantonné dans les services hospitaliers ou dans les cliniques privées.
Vous avez beaucoup déménagé durant votre vie active. Quand revenez-vous finalement en Charente-Maritime ?
Mon mari ayant de gros problèmes de santé, nous sommes revenus en Charente-Maritime, dans la presqu’île d’Arvert et je suis rentrée dans le centre de soins ADMR de la Tremblade. J’étais salariée à l’époque et j’y ai terminé ma carrière. Je faisais beaucoup de visites à domicile et j’ai forcément côtoyé beaucoup de personnes âgées. Je faisais des soins mais si cela s’avérait nécessaire je m’occupais du reste, repas ou lessive ! Après le décès de mon mari, je me suis retrouvée seule et j’ai décidé de m’installer dans le Morbihan où se trouvaient mes enfants. Je suis alors devenue bénévole à l’ADMR Quiberon. J’ai même été vice-présidente de cette structure. Puis, les enfants ayant quitté la Bretagne, je suis revenue m’installer dans la région de La Rochelle où j’avais beaucoup d’amis.
Bien que retraitée du centre de soins de La Tremblade, j’étais appelée de temps à autre pour des remplacements et les infirmières se débrouillaient pour me loger gracieusement ! J’avais donc toujours un lien avec ce centre, dont le président était âgé et fatigué. Je n’ai donc pas été étonnée lorsque le directeur de la fédération m’a demandé de prendre la présidence de l’antenne de La Tremblade. Alors que j’occupais ce poste, il s’est trouvé qu’il manquait un administrateur depuis trois ans au centre de soins de l’île de Ré. C’est la fédération qui gérait à distance et ce n’était pas pratique du tout. On m’a proposé le poste et je suis devenue présidente du centre de Ré à la suite d’une AG extraordinaire en 2013.
Comment se porte aujourd’hui le centre ADMR de l’île de Ré dont vous célébrez cette année les 60 ans ?
Aussi bien qu’il le peut étant donné les problèmes qui freinent nos actions. Je travaille beaucoup mais je ne vais pas m’en plaindre car je fais ce que j’ai toujours voulu faire et j’ai la chance de former un binôme avec une jeune femme formidable Julie Pinteaux. Nous sommes une petite association et par manque d’effectifs nous ne pouvons correctement desservir le nord de l’île pour les soins à domicile, qui nécessitent souvent que l’on passe trois ou quatre fois chez un patient dans la même journée, particulièrement en été. La difficulté à trouver un logement pour notre personnel freine notre activité. Et trouver des bénévoles devient impossible. En revanche, le portage des repas, qui n’a lieu qu’une fois par jour, marche très bien et nous avons encore enregistré une augmentation de 18,27% entre 2024 et 2025. Je fais moi-même la première visite pour apprécier la situation et l’état de la personne qui détermine tout ce que nous allons devoir mettre en place : lit médical ou non, matériel pour transfert, environnement approprié et qui ne soit dangereux ni pour le patient ni pour notre personnel. Je tiens à ce que les soins que nous prodiguons soient de qualité.
J’ai toujours l’oeil de l’infirmière pour vérifier toutes ces choses et c’est bien utile. Quant à l’anniversaire des 60 ans, nous l’avons célébré le 3 juin, lors de l’Assemblée générale, avec notre équipe et en écoutant les témoignages de deux salariées, Valérie Guérin, une « ancienne » invitée, en 2020 à Paris, à la cérémonie du 14 juillet, à la Présidence de la République, pour les services rendus durant la période Covid et Cindy Brisset une jeune femme ayant obtenu son diplôme en 2025 et à qui la mairie de Rivedoux -Plage a remis la médaille de la commune.
Et comment voyez-vous l’avenir ?
Nous sommes entrés dans une ère où sur le plan administratif tout se complique et se professionnalise. Encadrés par la HAS (Haute autorité de santé) nous devons sans cesse nous améliorer et former encore plus notre personnel. Concernant la loi sur le grand âge (1) rien n’est fait. Ce n’est un secret pour personne, les caisses de l’État et des collectivités sont vides et conséquemment les plans d’aides diminuent. Nous avons des difficultés de recrutement et nous ne trouvons plus de bénévoles. Il est clair que nous allons vers des jours difficiles !
(1) – Loi du 8 avril 2024 bien vieillir, grand âge et autonomie.
L’ADMR île de Ré 2025 en chiffres
10 communes desservies
140 personnes aidées
16 salariés
7 bénévoles
21 637 repas livrés (13 142 de plus qu’en 2024)
9226 heures activité : intervention à domicile
Flotte de véhicules : 15
Filien 38 Le service Filien est une structure de téléassistance pour personnes âgées en situation de handicap et 38 représente le nombre d’abonnements.
Taux de satisfaction : 84%
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