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Trente-trois tortues rendues à l’océan en bonne santé
L’Aquarium de La Rochelle a remis à l’eau plus de trente tortues caouannes, vendredi 3 juillet. Chaque individu a bénéficié d’un protocole de prise en charge personnalisé et adapté à ses pathologies.
Il est 9h30, vendredi 3 juillet, sur la plage de la Conche des Baleines, à Saint-Clément. Les premières stars de la matinée arrivent sur la plage, dans leur caisse noire. Elles défilent sous les yeux ravis des deux cents enfants venus spécialement pour l’occasion, des promeneurs et des journalistes. Les trentetrois tortues caouannes (Caretta caretta), toutes juvéniles, c’est-à-dire n’ayant pas atteint leur majorité sexuelle, et classées vulnérables, sont prêtes à retourner à l’océan. Une dernière retouche : un coup de spray d’eau de mer pour leur garder les yeux humides, puis c’est le lâcher. Par groupes de quatre à huit, les tortues sont déposées sur le sable d’où elles regagnent l’océan.
Établir le statut sanitaire
Les tortues ont été recueillies entre septembre 2025 et mai 2026, sur la façade Manche et Atlantique, de Saint-Jeande- Luz à Calais, dont deux à l’île de Ré (lire encadré). Lorsqu’elles sont repérées par des pêcheurs, des plaisanciers ou des locaux, elles sont signalées puis récupérées par le réseau de correspondants habilités Réseau tortues marines Atlantique Est (RTMAE) et transférées au Centre d’études et de soin pour les tortues marines (CESTM) de l’Aquarium de La Rochelle. « Quand elles arrivent, les tortues passent d’office un examen sanguin et d’imagerie pour établir leur statut sanitaire », rapporte Laureline Belluau, vétérinaire à la clinique Anicura Saint-Roch.
Certaines tortues arrivent déshydratées et carencées. Mais cette année, la vétérinaire constate davantage le phénomène de « cold storming, ou assommé par le froid », entraînant des infections pulmonaires. Pour comprendre, les tortues, qui n’ont pas de système de régulation de la chaleur, prennent la température du milieu dans lequel elles évoluent. Quand elles se retrouvent dans les courants froids, elles rentrent en hibernation : leur système immunitaire peut parfois même s’arrêter. Quand elles sont récupérées, la vétérinaire décrit parfois des animaux qui n’ont plus « qu’un battement de coeur toutes les deux minutes ». Alors, avec l’Aquarium de La Rochelle, un protocole de réchauffage et de soins (réhydratation, antibiotiques, supplémentation) est mis en place. « Nous avons aussi trouvé des tortues avec des plaies sur le crâne à cause d’oiseaux qui les blessent lorsqu’elles dérivent, ou sur les pattes à cause de collisions avec les bateaux. »
« Les crottes des tortues sont aussi analysées pendant un mois », complète Florence Dell’Amico, responsable du CESTM de l’Aquarium de La Rochelle. « Cela nous permet de suivre les déchets problématiques pour les tortues marines et de faire remonter les informations à l’échelle nationale et européenne. » Si les individus passent entre quatre et six mois en soins, vendredi 3 juillet, la moitié des tortues récupérées étaient encore au centre de soin rochelais.
Affiner le flux migratoire
Toutes celles remises à l’eau sont équipées d’une puce, qui doit permettre de les identifier si elles s’échouent quelque part. Dix d’entre elles portent, en plus, une balise GPS. « La balise Argos émet quand la tortue remonte à la surface pour respirer », reprend Florence Dell’Amico. « Grâce aux données satellite, couplées aux données environnementales, nous allons pouvoir affiner nos connaissances sur le flux migratoire et mieux comprendre les années perdues*. »
« Cette journée est l’aboutissement de plusieurs mois de travail pour beaucoup de monde : les personnes qui signalent, les correspondants du réseau, l’Aquarium de La Rochelle et la clinique vétérinaire », salue Florence Dell’Amico. Et pour couronner le moment, l’une des tortues remises à l’eau, baptisée Rochelle, était la 400e tortue marine prise en charge par le centre depuis 1988.
* Les tortues caouannes émergent sur les plages de l’archipel du Cap-Vert et de Floride, avant de rejoindre immédiatement l’océan. Les femelles ne retrouveront leur plage natale qu’une fois parvenues à maturité sexuelle, soit 20 à 30 ans plus tard. Entre-temps, les jeunes individus restent largement invisibles au coeur de l’Atlantique. Cette période méconnue de leur vie porte un nom : les « lost years » (années perdues).
Ré et Réuni, trouvées à l’île de Ré
Ces trois dernières années, le RTMAE de l’île de Ré, qui a fêté en février ses 35 ans d’existence, a été mis à rude contribution par les échouages exceptionnels de ces jeunes reptiles marins. Encore cet hiver, deux tortues ont été découvertes en difficulté sur les plages sud de l’île de Ré : une à Sainte-Marie-de-Ré et une aux Gouillauds au Bois-Plage. Recueillies par les membres du RTMAE de l’île de Ré, elles ont été transportées pour soins au CESTM de l’Aquarium de La Rochelle. La tortue des Gouillauds baptisée « Ré » et la tortue de Sainte-Marie-de-Ré, baptisée « Réuni » (c’est l’année des R) peuvent être suivies sur le site du CESTM.
Gregory Ziebacz
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