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Michel Prosic : « L’île de Ré est juste magnifique »
Depuis le 15 juin 2026, la Charente-Maritime a un nouveau préfet, en la personne de Michel Prosic, tout droit venu de Haute-Corse. Depuis sa prise de fonction, il s’est déjà rendu à deux reprises sur l’île de Ré, marquant ses interlocuteurs par sa dimension très humaine.
Il succède à Brice Blondel, en poste depuis septembre 2023, qui fut très apprécié dans le département et sur l’île de Ré, et qui a rejoint la préfecture des Yvelines.
Ré à la Hune : Pouvez-vous nous dire qui vous êtes ?
Le Préfet, Michel Prosic : Je suis un pur produit de l’école républicaine, tout ce que je suis aujourd’hui je le dois aux femmes et aux hommes qui ont embrassé une carrière d’enseignant. L’école et ses enseignants m’ont permis d’acquérir savoir, savoir-faire et savoir-être. Sans l’école, je n’en serais pas là, je souhaite rendre hommage aux enseignants. Il est de bon ton de critiquer le modèle social, l’école est pourtant un fondement essentiel de notre modèle social contemporain.
J’ai su très vite que je me mettrais au service de l’Etat, afin de rendre à celui-ci tout ce qu’il m’a donné. Mon engagement de fonctionnaire, représentant de l’Etat, est intiment lié à tout ce que j’ai reçu. J’ai grandi dans une cité ouvrière de l’Est de La France (Amnéville en Moselle – NDLR), j’ai suivi un cycle d’études à l’Université de Metz en Histoire-Géographie et publié un mémoire d’étude sur la sociologie ouvrière, sur les transformations urbaines et sociales liées au mouvement d’industrialisation au XIXè et début du XXè siècle, sur un territoire qui n’était pas prêt.
Vous dites volontiers que votre parcours est atypique…
Oui j’ai partagé toute ma carrière entre le ministère de la Culture et celui de l’Intérieur, entre les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et le corps préfectoral. On grandit dans un système éducatif, le modèle culturel dont j’ai été imprégné m’a inculqué l’ouverture aux autres (Michel Prosic a été décoré Chevalier des Arts et des Lettres – NDLR).
Ce poste en Charente-Maritime est mon 3ème poste de Préfet. J’ai été Préfet du Lot de février 2020 à août 2022, j’y ai vécu tout ce que représente l’action de l’Etat, puisque le Covid a arrêté le pays et confiné les deux tiers de l’humanité en même temps.
Puis j’ai été Préfet de la Haute-Corse d’août 2022 à juin 2026, soit trois ans trois quarts, un record absolu par rapport à l’habituel schéma politique. La Corse est un territoire hors norme, une île rattachée au continent, j’y ai vécu une expérience hors normes, porté par les grandes évolutions institutionnelles de l’île.
J’ai rejoint la Charente-Maritime mi-juin, on ne nous donne pas le choix de nos affectations, mais elle faisait partie des deux destinations que j’espérais.
La Haute-Corse m’a préparé à La Charente-Maritime, la Loi Littoral, tous les risques de sécurité civile (hormis la montagne), l’impact du tourisme – La Corse accueille deux millions de visiteurs, la Charente-Maritime trois millions – les activités de pêche, l’économie bleue, le Parc Naturel Marin, les énergies renouvelables (photovoltaïque, agrivoltaïque, éoliennes…)… et aussi la crise du logement.
Quelle est votre conception de la fonction de Préfet ?
Elle est liée à ma vision de l’Etat. J’estime que l’échec est toujours individuel et la réussite très souvent collective. Le principe fort de l’Etat que je défends est l’égalité des citoyens devant la Loi, qui suppose d’en créer les conditions, la contrôler et la faire respecter. La puissance publique doit donner l’exemple.
Pour moi, le rôle de l’Etat est avant tout de conseiller, ses services doivent se mettre au service des collectivités qui n’en ont pas ou peu, l’Etat doit apporter un service public à nos élus, aux chefs d’entreprise pour les accompagner dans le développement économique, car s’il n’y a pas d’activité économique il n’y a plus de commerces, plus d’école.
L’Etat est partenaire de tous et doit travailler avec tout le monde de façon à porter ensemble un territoire en partage. Ma vision de l’Etat est modeste, il ne sait pas tout et doit travailler avec toutes les forces vives du territoire, pour mieux comprendre, accompagner et adapter ses politiques publiques. Il apporte un socle normatif, il se doit d’être réactif avec l’ensemble de ses partenaires – artisans, élus, chefs d’entreprises, associations – et leur apporter des réponses claires et rapides leur permettant d’avancer.
Je suis un Préfet de terrain, durant tout mon parcours je n’ai jamais exercé à Paris, je suis le seul Préfet de France dans ce cas !, j’ai fait le choix des territoires. Mon vrai sujet est de comprendre le territoire sur lequel je suis, je ne sais pas faire autrement que de commencer par un diagnostic, puis de travailler main dans la main avec ses représentants et acteurs, pour faire du bien au territoire et à ses habitants.
Connaissiez-vous déjà la Charente-Maritime et l’île de Ré ?
J’étais venu cinq jours à La Rochelle, dont une journée sur l’île de Ré. Je l’ai trouvée merveilleuse. Mais c’était très insuffisant pour prétendre la connaître.
Quels sont à vos yeux les grands enjeux de la Charente-Maritime ?
L’éducation est un enjeu important, dans le schéma actuel d’une importante baisse démographique dans les écoles. Les conditions d’apprentissage et pédagogiques ne sont plus toujours adaptées, nous devons être vigilants quant à l’éducation et à l’avenir des jeunes. L’adaptation des locaux au changement climatique est également un enjeu.
Le département manque aussi cruellement de logements, alors qu’il attire des flux démographiques importants. La Charente-Maritime compte 680 000 habitants, il y manque aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de logements. Il nous faut accompagner les programmes de logement, avec une attention particulière d’équilibre entre le littoral et l’intérieur. Les mairies peuvent créer des logements communaux, à partir des biens sans maître, ou des biens en péril imminent, en rénovant des logements. Nous devons aussi accompagner le logement social, on en manque dans le département. J’ai écrit il y a quelques jours à tous les maires afin de leur rappeler leurs obligations légales en la matière.
Autre sujet fort, celui de la transition écologique, avec la gestion de l’eau et du parc immobilier, notamment sa rénovation énergétique. Un investissement public est nécessaire en la matière.
Le retrait des côtes est un enjeu majeur, la Charente-Maritime est l’un des départements les plus exposés.
Les dossiers de transition écologique de toutes les communes doivent être accompagnés quoi qu’il arrive, je ne vends pas de l’utopie.
Les politiques publiques de santé sont aussi primordiales, nous avons un regard très positif sur les projets de santé portés par les collectivités, sans concurrence entre les territoires. Le programme France Santé lancé par le Gouvernement pour 2026/2027 donne le cadre.
Le service public est bien sûr au coeur de nos actions, il y a trente-sept Maisons France Services en Charente-Maritime, chaque habitant en a une à moins de vingt minutes de chez lui.
Qu’en est-il du chantier Marcel Paul (ex site Enedis), et de la surincidence de cancers, notamment pédiatriques, sur différentes parties de la Charente-Maritime ?
J’ai pris un arrêté en date du 2 juillet 2026 qui impose à Speed Réhab l’installation d’un dôme de confinement, de nouveaux prélèvements et des mesures strictes de la qualité de l’air. Le système du dôme – réclamé à cors et à cris par Zéro Toxic depuis l’automne 2024. NDLR – s’imposait.
Concernant les cancers pédiatriques, nous devons nous appuyer sur les études de la communauté scientifique, le travail est lancé, il y aura en septembre des comités de pilotage. La communauté scientifique doit créer les conditions pour trouver les bonnes réponses à apporter.
Quelle est votre vision de l’île de Ré et quels sont à vos yeux ses enjeux ?
L’île de Ré est juste magnifique. Comme je l’ai dit lors de ma venue aux Portes-en-Ré pour l’anniversaire de l’association des écluses à poisson (Adépir), l’île est belle de ce que les hommes et les femmes en ont fait. Aujourd’hui ce qui fait patrimoine, c’est ce que nos anciens ont pensé et réalisé avec leurs mains. Le patrimoine est ce dont nos anciens avaient besoin pour vivre… La mémoire des anciens, leur savoirfaire sont d’autant plus importants sur une île à la fragilité extrême.
Être îlien crée une identité spécifique, une solidarité particulière. Avec une population qui passe de 17 300 à 160 000 au plus fort de l’été, les activités touristiques sont très importantes pour l’île et nombre d’infrastructures sont conçues à l’aune de ce pic estival, comme par exemple les déchetteries, les stations d’épuration, etc.
Il faut toutefois penser au développement de l’île pas uniquement pour la population qui la découvre, mais pour celle qui y vit toute l’année. L’île doit avoir une politique ambitieuse en matière culturelle, éducative, de services publics…
Evidemment un enjeu fort est sa submersion. 40 % de l’île de Ré s’est retrouvée sous l’eau lors de Xynthia. Un programme extraordinaire de protection des côtes de 80 M€ a été lancé, dont 60 M€ déjà réalisés, il reste encore à assurer la protection du Fier d’Ars et des communes qui l’entourent, à terminer le PAPI.
Le recul du trait de côte est une réalité, l’Etat a apporté et apportera un financement dans la lutte contre l’érosion, à partir du Fonds Vert. Le plan local de gestion de la bande côtière élaboré par la CdC de l’île de Ré a été validé par les Services de l’État il y a quelques semaines.
Le logement est aussi une préoccupation importante pour les élus de l’île. Le Programme Local de l’Habitat voté par eux est assez remarquable, il contribue à apporter des logements, y compris des logements sociaux, un très bon équilibre a été trouvé.
Il manque aussi quatre cents logements pour les saisonniers, qui sont près de quatre mille cinq cents à venir travailler sur l’île en saison.
La délibération concernant la régulation des meublés de tourisme, qui a su saisir l’opportunité offerte par les nouveaux textes de loi, est aussi excellente.
Concernant l’éducation, la Convention d’Insularité 2023-2026 a permis de faire évoluer les lignes, les écoles maternelle et primaire ont fusionné dans deux communes et un RPI (regroupement pédagogique intercommunal) a été créé entre Saint-Martin de Ré et la Couarde-sur-Mer, qui sera opérationnel à la rentrée scolaire 2026.
Les lignes bougent.
Comprenez-vous la position des élus de l’île de Ré, « un village, une école », la fermeture d’une école allant de pair avec une baisse d’attractivité forte pour un village ?
Nous devons faire face à la baisse démographique dans le domaine scolaire. Il faut se poser les bonnes questions. Mettre en avant le bien-être des enfants et s’interroger sur les modalités d’apprentissage dispensé par les enseignants. En 2020, l’île de Ré avait mille élèves dans ses écoles, elle en a aujourd’hui environ huit cent cinquante.
C’est un mythe de croire que les conditions d’apprentissage sont bonnes dans une classe unique, toutes les études menées montrent que cela met les enfants en échec ensuite dans leur cursus d’étude, seule fonctionne l’émulation entre élèves d’une même classe d’âge.
La Convention 2023-2026 a permis de préparer les esprits, de poser un diagnostic clair, des mouvements se sont déjà opérés, il faut avoir une réflexion sérieuse sur l’évolution de la carte scolaire.
Le mot de la fin ?
J’ai hâte d’être au côté des élus de l’île de Ré, une rencontre est prévue avec eux à la rentrée.
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