Territoire

Révision du PPRL de l'île de Ré

Les maires de l'île de Ré présentent leurs cartes d'aléas

Les élus rétais dénoncent « un pur arbitrage politique »

Tous les Maires rétais se sont dits extrêmement déçus et solidaires,
Publié le 10/11/2014

Ce sont des élus rétais décomposés après un comité de pilotage particulièrement éprouvant qui ont tenu un point presse juste après celui de la Préfète donné immédiatement après le comité de pilotage, ce qui n’a pas manqué de les « choquer ». Tous les Maires rétais se sont dits extrêmement déçus et solidaires, mais c’est bien sûr Lionel Quillet qui a le plus accusé le coup, du fait de sa très forte implication dans ce dossier et de sa double casquette de Président de la CdC de l’’île de Ré et de président de la Mission Littoral du Département de la Charente- Maritime. Et certains Maires dont les communes sont particulièrement touchées, comme ceux des Portes, de Saint-Clément ou de La Couarde.

« Toutes les populations du littoral sont en danger »

« Il s’est agi d’un simulacre de concertation, nous avons donc appris que les digues ne constituent pas une réponse en terme de sécurité des habitants et les quatre ans de travail au sein de la Mission Littoral, les trois ans de procédure pour obtenir les travaux que ce soit sur l’île de Ré ou à Charron, le fait que la Charente-Maritime ait élaboré le plus grand projet de protection à la mer, tout cela a été balayé par le Ministère. Une association de Charron voulait porter plainte pour non-assistance à personnes en danger, je crois qu’il faut qu’elle le fasse car toutes les populations du littoral et de l’île de Ré sont en danger si on suit l’esprit de la doctrine de l’Etat et il faudrait même évacuer les populations ! » a lâché un Lionel Quillet à la fois amer, abattu mais avec toujours un zeste de combativité.

« Les élus ont pris leur large part de responsabilité et de financement des digues, ils ont dû combattre la lourdeur des procédures, faire face aux retards des procédures dites simplifiées, ils vont dès 2016 devoir assumer l’intégralité de la responsabilité de protection des personnes dans le cadre de la loi GEMAPI et la seule réponse de l’Etat aujourd’hui face à 500 000 € de travaux est de dire « votre étude est intéressante, novatrice mais nous ne la prenons pas en compte et les digues sont entièrement faillibles », ce n’est pas intégrable ni pour les élus ni pour les populations, les digues jouent un rôle de sécurité et les autres Pays l’ont depuis longtemps pris en compte. Et que se passera- t-il alors avec le réchauffement climatique, et les modèles de l’Etat qui l’intégreront ? Non seulement l’Etat n’a pas pris en compte notre méthode mais en plus les 40 millions d’€ de digues effectués depuis 2010 ne sont pas intégrés, toutes les digues étant bréchables ! Ainsi Les Portes, Saint-Clément, Ars, La Couarde ont en simulation théorique 60 à 80 % de leur territoire impacté… et des endroits comme le centre des Portes qui n’ont pas vu d’eau lors de Xynthia se retrouvent entre 1,20 m et 1,40 mètre d’eau, La Couarde est entièrement submergée, Saint-Clément n’existe plus ».

« Le Ministère n’a pas tenu ses engagements »

Les élus ont le sentiment fort d’avoir été dupés, « l’engagement du Ministère et de la Ministre de l’Ecologie de prendre en compte les études et modèle de la CdC n’ayant pas été respectés ». On nous a dit clairement que le Ministère ne souhaitait pas instaurer « une jurisprudence île de Ré qui ouvrirait la boîte de Pandorre » ont précisé Patrice Raffarin et Patrick Rayton. Ils contestent le sérieux de l’étude d’Artélia « qui n’a jamais franchi le pont » et le manque total de vraie « concertation ». Ils refusent également d’être assimilés aux élus et au contexte très différent de la Faute sur Mer, alors même que les récents jugements (voir ci-après) montrent clairement que l’Etat doit prouver ce qu’il avance.

« Nous allons continuer d’instruire sur la base de nos cartes et nos modèles, il y aura deux porter à connaissance du risque et ce sera aux juges de trancher. Si l’on s’en réfère aux rencontres ANEL et à la communication de Jacquet, la circulaire de 2011 est déjà morte et l’Etat a les plus grandes difficultés à élaborer son fameux « Décret Digues ». Ce bras de fer va malheureusement compromettre l’avenir de l’île de Ré, l’Etat n’a proposé aucune porte de sortie de crise et que peut-il ressortir des règlements des communes avec 1m ou 1,50 m d’eau ? Quant aux ZIS elles n’existent même pas dans le Code de l’Urbanisme et quelle serait la logique et la déontologie d’autoriser des personnes âgées ou modestes à habiter dans des zones submersibles ? Les ZIS ne tiendront pas devant les juges ! »

« Ne cherchez pas à nous diviser ! »

Enfin les élus précisent : « que les services de l’Etat n’espèrent pas miser sur la marge de manœuvre qu’induirait l’élaboration des règlements commune par commune pour nous diviser, car la fragilité d’une commune entraîne de facto celle de toute l’île de Ré. Léon Gendre lui-même a dit en comité de pilotage que ces cartes étaient « extrêmement sévères ».

L’ensemble des élus municipaux rétais sont conviés dès mercredi 12 novembre pour avoir connaissance des cartes de la CdC, qui restera la base de l’instruction des permis de construire de l’île de Ré, désormais réalisée par la CdC pour les 10 communes depuis le 1er octobre 2014. Puis certains Maires ont déjà annoncé qu’ils allaient solliciter leur conseil municipal pour délibérer sur une position partagée pour leur commune.

Soutenu par Dominique Bussereau, qui a contacté la Préfète pour lui faire part de sa désapprobation, Lionel Quillet prévoit avec le Président du Conseil général une conférence de presse au niveau national, tandis qu’élus et associations rétais entendent s’unir pour des actions « musclées » qui sont encore à définir.

 

Voir la situation PPRL et risques littoraux de l’île de Ré avec les nouvelles cartes d’aléas. Voir la position des associations, de Léon Gendre et d’Olivier Falorni.

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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