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- Interview du président de la Communauté de Communes de l'ile de Ré
Jean Paul Héraudeau « Je suis un pragmatique »
Elu président de la Communauté de Communes le 9 avril dernier, après dix-huit années de présidence du maire de Loix, Lionel Quillet, le maire de La Flotte, Jean Paul Héraudeau, a expliqué qu’il « prendrait le temps » d’observer avant d’agir. Pour Ré à la Hune, il a accepté de lever le voile sur son état d’esprit et ses priorités pour l’île de Ré.
Ré à la Hune : Vous aviez été 1er vice-président de la CdC auprès de Léon Gendre, au début des années 2000, celle-ci a depuis pris beaucoup d’ampleur. Quelle a été votre perception, à votre arrivée ?
Jean Paul Héraudeau : J’ai découvert une nouvelle collectivité, complètement différente d’une municipalité, beaucoup plus importante, avec trois à quatre fois plus de personnel que dans une mairie et des compétences complètement différentes. Récemment, on m’évoquait la « valse » des DGS dans les mairies, après les élections. Avec moi ce n’est pas du tout le cas. J’ai une haute opinion des fonctionnaires et en arrivant j’ai découvert les collaborateurs de la CdC. Leur métier est une vocation, ils sont là pour servir les habitants du territoire. J’ai eu très vite une connivence avec Annabelle Gaudin, la DGS, et je lui ai dit que rien ne bougerait, tous ceux qui veulent rester restent. Je me suis senti tout à fait à l’aise, grâce à elle, dès mon arrivée.
Jean Paul Héraudeau n’est pas Lionel Quillet, chacun a sa personnalité et sa vision, je n’ai pas de rancoeur. Je suis un pragmatique, un cartésien. Par exemple, sous le précédent mandat communautaire, je n’ai jamais participé au groupe d’opposition GEM, j’ai souhaité garder mon indépendance. J’ai souvent dit du bien de la politique menée par mon prédécesseur, j’ai aussi parfois exprimé mon désaccord, en l’argumentant. Je ne suis pas un dogmatique.
Je me suis aussi senti bien accueilli par les directeurs de pôle, Emilie Anthoine (Aménagement du territoire) et Stéphane Millien (Environnement et développement durable), la direction du pôle Services à la population devant être pourvue à la rentrée après le départ début avril de Brice Samson pour la Ville de la Rochelle. Je ne participe jamais aux recrutements, je dis toujours à la DGS qu’elle est la patronne des services et que je suis son patron. Ces directrices/directeurs de la CdC sont des collaborateurs de grande qualité et loyauté, intelligents, pétillants, ils écoutent, s’expriment quand ils le souhaitent de façon structurée. Ils sont force de proposition et ont envie d’aller plus loin. J’ai été surpris de voir tous les secteurs et toutes les responsabilités qu’ils ont, « scotché » même de voir comment ils arrivent à tout gérer. J’apprécie aussi la directrice de la communication, Caroline Sagnier, qui collabore en direct avec moi, il n’est pas prévu de recruter un nouveau directeur de cabinet. On est ainsi sur une stabilité de l’équipe des collaborateurs de la CdC.
Je réfléchis aussi à regrouper tous les services de la CdC en un même lieu, ce qui permettrait de libérer les locaux actuels pour d’autres structures.
Qu’en est-il de l’équipe des nouveaux élus qui vous entoure ?
Dans l’équipe majoritaire, chacun a choisi son domaine de compétences et quand ils étaient deux à vouloir le même, ils se sont mis d’accord entre eux, comme Alain Pochon et Patrice Raffarin, par exemple. Je travaille avec les vice-présidents sur la ligne directrice, le projet de mandature. Il y a six maires nouveaux sur dix, la plupart d’entre eux ont, pendant leur campagne municipale, dit que s’ils étaient élus ils défendraient les intérêts de leur commune au sein de l’intercommunalité. Il faut qu’ils apprennent à donner la préférence au territoire et à faire abstraction de leur commune.
Aujourd’hui tous n’ont pas la même disponibilité, ils ont déjà à s’installer dans leur mairie et à la CdC, à apprendre à dépasser la communalité pour l’intercommunalité.
Même s’il est encore tôt, pouvez-vous nous évoquer les grandes lignes de ce projet ?
Mon constat est qu’il y a des compétences et missions de la CdC, il n’est pas question de changer ce qui fonctionne bien, comme les crèches, le PAPI 2, le Plan érosion… mais il y aura à la marge quelques inversions de priorités, certaines ayant été plus politiques que pragmatiques. J’entends mener un projet de mandature dans l’intérêt général.
Concernant les pistes cyclables, je souhaite privilégier dans un premier temps les pistes du quotidien et relier les pistes entre elles, les vélos sur la route sont un fléau. Par exemple, il faut faire rapidement maintenant la piste entre Bel Air à La Flotte et le collège de Saint-Martin, les acquisitions foncières ont été faites.
En matière de protection des côtes, je souhaite continuer le programme lancé sous la précédente mandature, qui est dans l’ensemble bien fait, mais avec quelques ajustements de priorités et d’actions.
Je constate que la politique de gestion des déchets a été ralentie depuis 2008. Il est urgent de transférer la déchetterie du Morinand à côté du centre de transfert des Gâchettes, on est en train d’acquérir des terrains. Le site du Morinand est en zone naturelle remarquable, il sera renaturé.
Qu’en est-il des déchetteries, au nombre de cinq ? N’est-ce pas du luxe à l’échelle de l’île de Ré, certains peuvent s’interroger sur la pérennité de celles des Portes et de Loix ?
Je fonctionne toujours en trois temps : discussion, décision, action. Mes objectifs, quand j’ai construit la déchetterie de Loix contre l’avis de mon prédécesseur Léon Gendre (Jean Paul Héraudeau était 1er vice-président, en charge des déchets, au début des années 2000 – NDLR) était de permettre aux habitants d’apporter leurs déchets au plus proche de chez eux, d’éviter des déplacements et gaz à effets de serre induits, d’éviter les dépôts sauvages et de protéger ainsi l’environnement et la qualité de vie. Excentré, le village de Loix méritait une déchetterie.
Aujourd’hui, cela correspond-il toujours à la politique d’excellence de notre territoire que je souhaite poursuivre ? Plus largement les enjeux de la politique de gestion des déchets doivent être travaillés par Franck Mussillier et les élus communautaires, toujours à l’aune de ces mêmes critères.
La protection des côtes fut un axe majeur de la politique menée pour l’île de Ré depuis Xynthia, reste-t-elle pour vous une priorité ?
La question fondamentale est « protégeons- nous le territoire ou laissons-nous le trait de côté évoluer ? » Certains ont une approche d’analyse coûts-bénéfices (approche « ACB » de l’Etat – NDLR). Pour ma part, je n’ai pas cette vision-là, mais celle d’un développement durable équilibré. Imaginez la partie commune de trois cercles qui se chevauchent partiellement : ceux de l’économie, du social et de l’environnement. Si on perd de l’environnement, on a moins de développement durable, chaque cercle doit grandir de façon proportionnée aux autres, conjointement, pour faire en sorte que le centre commun s’agrandisse de plus en plus, afin d’augmenter cette part de développement durable. La valeur d’1,07 € le m2 (prix d’un terrain non constructible – NDLR) est intrinsèquement faible pour l’économie durable du territoire. Concernant la culture, on dit qu’elle n’a pas de prix, juste un coût. L’environnement a un coût mais cela n’a pas de prix, derrière il y a des terres agricoles, des activités humaines, de la biodiversité… Au final, le respect de l’environnement ce sont aussi des familles et des enfants dans nos écoles.
Face à la montée des eaux et au réchauffement climatique, il faut bien sûr continuer de protéger notre île, mais sans en faire une obsession.
Nous devons définir les futures orientations de notre projet de gouvernance, travailler sur le fond le projet d’aménagement du territoire, penser à la sécurité des biens et des personnes de façon plus large. La CdC a beaucoup travaillé sur les risques submersion et érosion, il ne faut pas oublier que le PPRN (Plan de prévention des risques naturels) concerne aussi le risque incendie, très important sur l’île de Ré. Le massif forestier situé sur l’ancien canton sud fait partie des quatre massifs les plus à risque de Charente-Maritime.
Depuis longtemps vous évoquez votre souhait de mettre en place un PAEN*. Est-ce toujours votre volonté ?
Oui je souhaite mener une politique plus forte en faveur des activités primaires, celle-ci a été un peu délaissée et la création d’un PAEN à l’échelle de l’île est à définir sérieusement*. Les bois ont pris beaucoup de place, ils changent le climat, mangent des terres agricoles. A côté de cela le Plan alimentaire de territoire (PAT), qui prévoit une autosuffisance en circuits courts, suppose de maintenir des lieux de production, il nous faut maîtriser les terrains, circonscrire la forêt. Cela passe par un grand plan, une vision plus forte pour les activités primaires.
Vous prônez aussi une politique volontariste de la gestion de l’eau…
La politique de l’eau est aussi très importante à mener, on a un problème sur la ressource en eau au niveau mondial. La Flotte a mis en place une réelle politique de REUT (Réutilisation des eaux usées traitées), il nous faut mettre toutes les installations des stations d’épuration à niveau en la matière. Il nous faut mener une politique d’eau économe, vertueuse, favorable à la protection environnementale. Il faut éviter de rejeter l’eau à la mer, mais constituer des réserves en eau dans les massifs boisés. Les eaux rejetées sont traitées au plan physico- chimique, non bactériologique. Il faut réfléchir aux possibilités de substitution de l’eau potable par l’eau de récupération.
A La Flotte, nous avons le projet de création d’une lagune d’eau de récupération sur le site de l’ancienne déposante Chevalier. Nous devons encourager la création de bassins d’eau issue de la REUT, anticiper sur ce sujet, car il s’agit d’une ressource rare et chère. Il s’agit d’une compétence de la CdC, on doit voir comment articuler tout cela.
Les compétences de la CdC sont-elles amenées à évoluer ?
Nous devons réfléchir à l’évolution des statuts de la CdC et des compétences d’intérêt communautaire, aux sujets sur lesquels nous devons insister, ceux à rajouter. Par exemple, on peut mettre en place une aide pour les communes qui décident de s’unir pour atteindre un objectif, sur un sujet donné. La CdC pourrait les soutenir et les accompagner, mettre en place un fonds de concours, comme il en existe déjà un sur les équipements sportifs. Par exemple, La Couarde, le Bois et Saint-Martin pourraient avoir un projet commun, qui ne relève pas de la compétence de la CdC mais de compétence communale… La mutualisation entre communes va devenir la règle.
Quelle est votre position en matière de politique du logement ?
Il faut une véritable réflexion de fond sur le logement social. Est-ce une priorité pour l’île de Ré ? Si oui, où est-il prioritaire ? Et dans ce cas il faut y mettre tous les moyens possibles. Et voir de quelle façon on met en oeuvre cette politique de logement. Par exemple, pour le nord de l’île, trouver un terrain CdC.
Il y a des besoins forts ? Il faut déterminer où, sectoriser et à travers le PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal) décider que dans certains quartiers/villages on crée des zonages dédiés au logement permanent, à l’année.
La population « sédentaire » est-elle une priorité, afin d’augmenter la population permanente de l’île ? Que fait-on ? On ne peut faire du logement social partout, il faut réglementer des secteurs dans le PLUi pour le logement social. Le PLUi (en cours de révision – NDLR) est un véritable enjeu.
Concernant la régulation des meublés de tourisme qui a été mise en place, il faut étudier ses effets, en étant pragmatique et non dogmatique. Pour l’instant, on ne voit pas beaucoup d’effets, sinon beaucoup de logements loués au black.
Si on veut plus de logement, est-ce à la collectivité publique de le faire ou doit-on l’imposer au privé ? Aujourd’hui, avec la politique de régulation mise en place, on veut l’imposer au privé. Cela ne marche pas et a un impact négatif, le marché immobilier est difficile, la taxe de séjour collectée en baisse… Les gens qui achètent sont ceux qui ont de l’argent, qui n’ont pas forcément besoin d’emprunter, des étrangers aussi, qui n’ont pas envie de louer leurs biens.
Le mieux est l’ennemi du bien, on n’a pas à faire faire le logement social par le privé.
Quel est votre avis sur la politique touristique menée jusqu’ici ?
Il n’en existe pas vraiment. Nous devons mener une politique touristique non pas « qualitative », qui distinguerait l’île des riches d’une île des pauvres, mais plutôt un tourisme « intellectuel », une belle politique d’avant et d’arrière-saison basée sur l’histoire, le patrimoine et la culture.
Nous devons mener une vraie politique patrimoniale, mettre en réseau les sites patrimoniaux, mettre aussi en réseau les musées du Platin et Ernest Cognacq.
Dans l’aménagement du territoire, il faut réfléchir à ce dont on a besoin pour mener une politique de tourisme à l’année.
La convention de DSP avec Destination île de Ré doit être revue à la rentrée 2027, certains de ses objectifs sont remplis, d’autres pas, nous devons revoir ces objectifs à travers la DSP et regarder le montant de la subvention affectée, au regard aussi de la taxe de séjour.
Votre mot de la fin ?
Je représente le passé, il s’agit de mon dernier mandat, je n’ai pas d’enjeu de carrière politique. J’entends mener avec mes collègues de la CdC une politique d’intérêt général pour le territoire, afin de le léguer en bon état et ordre de marche aux générations futures. Cela suppose aussi de savoir dire non à des sollicitations individuelles, qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt collectif.
*PAEN : Périmètre de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains. Lire notre article de juin 2023 sur ce sujet : www.realahune.fr/vers-la-creation-dun-paen/
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