Intermarché île de Ré : une aventure familiale
En juin 1986, Maryse et Dany Desmereau ouvraient le magasin Intermarché de Saint-Martin de Ré, puis à la fin 1989 celui de La Flotte. Aujourd’hui, leurs deux filles, Séverine et Emilie, qui leur ont succédé, sont associées dans la gestion des deux points de vente. Cette aventure économique est intimement liée à des liens familiaux exceptionnels. Retour sur 40 ans de vie entrepreneuriale.
Dans la famille Desmereau, cherchez le père, Dany né en 1953 à Saint-Martin-Lès-Melles dans les Deux- Sèvres, « le pays des bourricots ! ». « Jusqu’à mes 20 ans, mon seul objectif dans la vie était de faire la fête ! », s’amuse-t-il. « Puis, après le service militaire, je me suis décidé à me mettre au travail, l’armée a créé un déclic ! J’avais deux offres d’emplois, à la SNCF à Tours ou à la base Intermarché de Gournay. »
Naissance d’une passion
Dany opte pour Intermarché où il entre en 1974 et connaît une progression rapide, y occupant de nombreux postes : responsable fruits et légumes, produits secs, approvisionnement en liquides pour la base, achats régionaux puis régionaux et nationaux…
Originaire de Vendée, Maryse, occupe le poste de comptable dans un hypermarché à Niort, avant de rejoindre la base Intermarché Gournay en 1978, où elle est responsable des approvisionnements en produits frais. De cette rencontre-coup de foudre naît très vite Séverine (1978), suivie cinq ans plus tard d’Emilie.
« Tous les adhérents Intermarché poussaient les cadres à ouvrir un point de vente, cela faisait partie de l’évolution normale de carrière. Mais Maryse n’y était pas favorable. Elle s’est décidée en 1983. On nous a proposé Aytré, Montaigu, la Corrèze ou Saint-Martin de Ré. Nous sommes venus deux semaines sur place, pour ressentir l’île de Ré, nous logions au camping des Grenettes. Le projet nous a plu, nous avons beaucoup échangé avec l’adhérent ayant ouvert deux ans plus tôt le magasin de Dolus d’Oléron. A l’époque, le Groupement Intermarché ne connaissait pas les territoires saisonniers, nous avons été le deuxième cobaye ! » Intermarché voulait absolument s’implanter à Saint- Martin, alors qu’une autre enseigne visait La Flotte.
« Dès que nous avons mis un pied sur l’île de Ré, nous en sommes littéralement tombés amoureux, y compris Maryse, qui n’aime pas l’eau ! » « L’un des freins à surmonter pour mener ce projet était son financement. En revendant notre maison des Deux-Sèvres et avec nos économies, nous avions à peine 600 000 francs, or il fallait 6 millions de francs… Notre dossier de demande de financement de crédit-bail a été soutenu par le Groupement, je connaissais bien le responsable qui accompagnait les adhérents dans leur recherche de fonds, la banque a accepté. Chez Intermarché, chaque adhérent est indépendant. Il rembourse son prêt pendant quinze ans et devient propriétaire à l’issue de cette période. »
Création du magasin Intermarché de Saint-Martin…
Après avoir négocié le terrain auprès de Maître Souriceau & Co, qui avait prévu d’y implanter un lotissement de pavillons, les travaux démarrent en septembre 1985, pour une ouverture du magasin de Saint-Martin en juin 1986.
Dès 1987 et à peine le magasin de Saint-Martin ouvert, Dany et Maryse ont la bonne vision stratégique : il leur faut acquérir aussi le terrain situé derrière celui-ci. Ce sera chose faite fin 1988, après un an et demi de négociation. Avec un engagement pris par les époux Desmereau de construire une vingtaine de maisons. Ce qu’ils feront un peu en retrait du magasin et non juste derrière, deuxième anticipation stratégique, qui permettra de repositionner le magasin et requalifier entièrement le point de vente en 2020.
Dès la première année, le magasin de Saint- Martin de Ré réalise plus du double du chiffre d’affaires prévisionnel, au moins aussi saisonnier qu’aujourd’hui, alors que la population rétaise avoisine à peine les douze mille habitants. …
et rachat du magasin de La Flotte
Quasiment à la même époque, en 1989, trois ans après avoir ouvert, le magasin Lion Codec de La Flotte est mis en liquidation judiciaire. « On a réussi à le racheter au bout de deux ans de discussions avec le Tribunal de Commerce, nous avions formé une équipe dès 1989, nous l’avons repositionnée sur le magasin de Saint-Martin en attendant. ».
Dès lors, la vie familiale tourne autour d’Intermarché. Si le couple consacre une journée par semaine au magasin de La Flotte, qui a toujours été géré de façon plus autonome, avec un directeur à sa tête, celui de Saint-Martin lui demande un investissement personnel phénoménal.
En outre, tout adhérent Intermarché doit consacrer un tiers de son temps au Groupement, soit deux jours par semaine. Alors que Dany passe deux jours puis bientôt jusqu’à quatre jours par semaine par monts et par vaux, entre Gournay et Paris, au service de celui-ci, Maryse s’investit corps et âme dans le magasin de Saint-Martin, de 4 heures du matin à 21 heures, gérant ses filles sur place. « Maryse a travaillé plus qu’elle n’aurait dû, elle l’a payé très cher, avec ses soucis de santé qui se sont déclarés en 2007. », explique avec émotion Dany. « C’est la vie, on ne peut pas revenir en arrière. »
Avec le recul, qu’est-ce qui est le plus difficile dans cette vie entrepreneuriale ? « Il faut être persévérant, ne rien lâcher. Et sur l’île de Ré, la grosse difficulté est liée aux permis de construire. Cela prend des années à chaque fois. Mais c’est aussi primordial pour protéger l’île. », estime Dany Desmereau.
Maryse et Dany prévoyaient-ils que leurs filles prendraient leur suite ? « Nous ne voulions pas que les filles reprennent l’affaire de leurs parents, ou du moins, qu’elles le fassent pour nous faire plaisir ou par attachement sentimental. Les affaires n’ont rien de sentimental. », répondent-ils tout de go.
Quand la nouvelle génération se prépare
C’est sans compter sur la détermination de Séverine et Emilie – les chiens ne font pas des chats ! – qui chacune à leur façon se préparent pourtant à leur succéder.
« Nous avons grandi ici, Intermarché c’est un peu notre maison. Nous y étions avant et après l’école, nous y faisions nos devoirs. Nous avons pu constater en direct les concessions que doit faire un chef d’entreprise, l’investissement que cela demande. Nous savions où nous mettions les pieds », assurent les deux soeurs, extrêmement soudées. « Plus grandes, dès l’âge de 14 ans, nous avons chacune fait les saisons dans le magasin. »
« A notre arrivée à l’école de Saint-Martin de Ré, en septembre 1986, nous n’avons pas été toujours bien accueillies. Nous étions des « étrangères », les enfants des patrons d’Intermarché, qui pour certains venaient ici pour faire de l’argent », explique Emilie. « Je n’avais que 3 ans, j’ai donc été relativement préservée, mais Séverine était en CE2, cela a été très dur pour elle. Ces grosses difficultés, nous les avons vécues ensemble, cela a créé un lien énorme entre nous deux, qui a été notre force. »
Séverine confirme en ces termes : « Je ne me voyais pas être associée avec quelqu’un d’autre qu’Emilie. Soit nous nous associions toutes les deux, soit j’y allais seule. »
Des chemins différents, vers un même objectif
Avant d’en arriver là, chacune prend un chemin différent. Pour Séverine, ce sera partir ailleurs découvrir d’autres lieux, sortir de l’île de Ré, pour faire des études de commerce en France avant de suivre deux années de Master aux Etats-Unis. Rentrée en France, elle fait ses armes professionnelles chez Coca Cola puis American Tobacco, avant de revenir s’installer sur l’île de Ré à la fin 2008
. Emilie suit pour sa part des études de droit à La Rochelle durant six années, ne voulant pas quitter son île. « Emilie voulait être juge pour enfants, son projet professionnel était complémentaire de celui de sa meilleure amie, qui se destinait à accompagner justement les enfants après cette étape du jugement. La vie en a décidé autrement, elle a perdu son amie dans un accident et le responsable n’a jamais été poursuivi. Elle a perdu toute confiance en la justice de notre pays », explique avec émotion Séverine. Alors qu’un poste l’attendait dans un cabinet d’huissier de justice, elle le refuse sans en parler à ses parents et négocie avec son père de faire et prolonger sa saison au magasin de Saint-Martin. « Je n’étais pas sûre de moi, je manquais de confiance et je ne voulais surtout pas être « l’enfant de… ». Je voulais être capable de tout faire, j’ai gravi les échelons dans le magasin, depuis la mise en rayon, jusqu’à être adjointe du directeur, en passant par la responsabilité d’un secteur. A chaque fois, j’ai été portée par l’équipe. Avant de passer l’agrément pour être adhérente, je voulais avoir confiance en moi. »
A son retour sur l’île de Ré, Séverine rejoint le magasin de La Flotte en octobre 2009, où elle travaille avec ses parents, avant de leur racheter une partie de leurs parts.
L’incendie de trop
Alors que ses parents envisagent de décrocher deux ou trois ans après, l’incendie qui ravage en 2013 l’ensemble du mobilier intérieur et de la marchandise du magasin de Saint-Martin et nécessite trois semaines de fermeture va précipiter les choses. « Pour moi, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. La maladie de Maryse avait atteint un nouveau palier en 2011, nécessitant que je lui accorde plus d’attention, ce qui rendait difficile le travail au quotidien et je ne me revoyais pas tout relancer après l’incendie. J’ai trouvé que c’était le bon moment pour que Séverine reprenne le point de vente, aussi elle a intégré le magasin de Saint-Martin à ce moment-là. », explique Dany.
Un travail d’équipe… familiale
« On a travaillé dès lors ensemble toutes les deux avec Emilie, mais sans nos parents cela n’aurait pas été possible, nous avions besoin de leurs conseils et de leur accompagnement. Ce qui ne veut pas dire que nous écoutons tout ce qu’ils nous disent ! Il y a énormément de discussions entre nous, beaucoup de coups de gueule aussi, mais sans rancune de part et d’autre, c’est un réel projet familial, qu’on a construit ensemble au plan pratique mais aussi côté financement. Emilie et moi avons engagé toute notre vie et nos finances dans ce projet », explique Séverine. Le projet du nouveau concept de magasin, préparé et anticipé dès 1987 et qui ouvre en juin 2020. Un projet rendu possible grâce au rachat dès 1989 par les parents du terrain situé à l’arrière du magasin… La boucle est bouclée… Séverine et Emilie deviennent co-gérantes des deux magasins (Saint-Martin et la Flotte). Si elles prennent ensemble toutes les grandes décisions et sont en phase sur la stratégie d’entreprise, « partagées à 100 % », chacune se consacré à des domaines différents que ce soit au niveau du tiers temps dédié au Groupement comme au niveau de leurs magasins.
Côté Groupement, alors que Séverine est responsable des achats des deux cent quarante produits régionaux de la Région Centre-Ouest, Emilie a en charge le digital : E commerce, développement des Drive et de la Livraison à domicile, bref « tout ce qui est digitalisé ».
Dans le quotidien du magasin, Emilie se consacre au social, aux ressources humaines, au planning, ayant besoin d’une très forte proximité terrain et avec l’équipe : « J’ai grandi avec certains, j’ai un lien très fort avec l’équipe, j’aime gérer les relations humaines aussi. » Séverine elle se consacre davantage à la projection et à la gestion.
L’avenir à consolider
Mais quels sont les enjeux et défis à relever aujourd’hui ? « Ce métier est un métier-passion, si on ne l’a pas on ne peut affronter toutes les contraintes, il y a des moments où tout va bien et d’autres où clairement on se dit « Mais comment je vais faire là » et où on a envie de partir. », expliquent les deux soeurs qui ont aujourd’hui 48 et 43 ans. « Avec le temps on réalise tout le courage et l’investissement de nos parents pour rester en place et avancer. ».
Ce qui a évolué ? « L’humain a beaucoup changé, le commerce aussi, la concurrence est de plus en plus forte, la surface en mètres carrés linéaires par habitant sur l’île de Ré a atteint sa limite, on est sur des records nationaux ! Et la fragilité économique de l’île peut faire basculer l’avenir du site. Il faut aussi prendre en compte tous les commerces (des villages et des campings) qui ouvrent en saison, alors que nous sommes ouverts toute l’année. Toutes les évolutions du commerce moderne sont également à intégrer, avec notamment Internet et la livraison à domicile. L’avenir se fragilise. »
« Nous ne voulions pas d’un site unique Intermarché à Saint-Martin, nous avons privilégié une association avec les commerces indépendants, pour maintenir un tissu diversifié et une vie économique locale, nous créons ainsi des synergies. Nous avons aussi souhaité garder une taille humaine. »
Ainsi, le centre commercial des Corsaires a-t-il privilégié l’installation/extension d’activités différentes, ouvertes à l’année et toutes indépendantes, alors que la famille Desmereau aurait pu créer ces activités sous l’enseigne Intermarché.
Le projet du nouveau magasin à La Flotte est toujours prévu, mais il prendra du temps comme les précédents projets menés. « Nous développons nos projets dans le respect de l’île de Ré, où nous sommes implantés. Nous remercions les élus de la Communauté de Communes et de Saint-Martin, qui nous ont suivis par le passé, adhérant à notre état d’esprit et sans lesquels nous n’aurions pas pu évoluer. », conclut en choeur la famille Desmereau.

ZA La Croix Michaud – La Flotte
4 avenue des Corsaires – Saint-Martin de Ré
Horaires du lundi au samedi : 9h à 19h30.
Dimanche : 9h à 12h30
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