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A Ars, une ferme pour réinventer l’aquaculture
La ferme Les Pieds mouillés, créée en mai dans les marais d’Ars-en-Ré, cultive deux raisons d’être : produire en permaquaculture, ou aquaculture régénératrice, et servir de support de formation pour développer l’aqua-écologie. Un site unique en France.
Dans la ferme des Pieds mouillés, sont élevés : des huîtres, des crevettes, des daurades, des mulets, des ulves aussi appelées laitues de mer et du phytoplancton, entre autres. Tout le monde n’est pas élevé dans le même bassin, mais presque. L’idée : sortir de la mono-aquaculture pour développer la permaquaculture, sorte de permaculture mais avec des espèces aquatiques. Le principe : recréer une chaîne alimentaire dans le but de produire. La technique porte un nom : l’aquaculture multitrophique intégrée (AMTI). Soit l’élevage simultané de poissons, mollusques, crustacés et algues, reposant sur le principe que chaque espèce produit des déchets, assimilables par d’autres.
A la tête du site de 8 hectares, dans les marais d’Ars, Thomas Miard, Benjamin Denjean et Tristan Macquet. Les trois quarantenaires se sont associés en mai et ont en tête de porter haut les couleurs de l’aquaculture régénératrice en faisant de la ferme un site école. Benjamin Denjean et Tristan Macquet, venus de Béziers et Montpellier, sont deux ingénieurs centraliens, qui ont créé Le Paysan marin, une association qui accompagne le développement d’une aquaculture régénérative en aidant les fermes marines à adopter des pratiques durables, à se financer et à valoriser leurs services environnementaux. Thomas Miard, ingénieur biologiste, a créé la ferme des 4 marais sur ce modèle d’AMTI, à Loix. Depuis dix ans, il a fait ses preuves (lire ci-dessous).
Un espace test, avant de s’installer
L’idée est alors de transposer le modèle de la ferme des 4 marais sur une plus grande surface, tout en y ajoutant de la formation. Sur 8 ha, deux seront dédiés à des contrats Cape (contrat d’appui au projet d’entreprise). « Nous ne sommes pas organisme de formation », prévient Tristan Macquet. « Nous prêtons le terrain, le matériel, les bassins, nous apportons un accompagnement technique, administratif, juridique et financier, en échange de temps de main-d’oeuvre. Nous ne demandons pas de rémunération », s’accordent les trois associés. Ils misent ainsi sur le principe de « dérisquer » une installation grâce à une année de test en conditions réelles. « Au bout d’un an, la personne sait si le métier lui plait et elle repart avec un bilan financier crédible. » Pour écouler sa production, l’apprenant pourra soit développer ses propres canaux de distribution (marché, internet, magasin locaux), soit « nous lui assurerons une partie des achats si notre distribution se déroule bien ».
« Le but n’est pas de faire partout pareil mais de donner des principes directeurs qui seront à adapter à chaque région », complètent-ils. Objectif : accueillir les premières personnes – deux maximum, un hectare chacune – pour la saison 2027. Restera à régler la question du logement à l’île de Ré.
Suivis par les instituts techniques
Sur les 6 ha restants de l’ancien site ostréicole, les associés poursuivent le développement de l’AMTI. Car, si l’agroécologie est entrée dans les mentalités, l’aquaécologie a encore du chemin à parcourir. « Nous sommes suivis par l’Ifremer, le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, NDLR) ou encore l’Inrae », avancent-ils. Mais aussi par le Conservatoire du littoral : « nous voulons sortir de l’opposition entre produire et préserver. Ici, nous voulons prototyper un modèle économiquement viable sans rogner sur le cahier des charges environnemental. »
Une cagnotte participative est ouverte jusqu’à la fin du mois pour
soutenir le lancement de la ferme des Pieds mouillés.
https://miimosa.com/projects/ferme-aquaecologique-les-pieds-mouilles
La Ferme des 4 Marais : « Mon modèle a fait ses preuves, je vis sur 1 ha depuis dix ans »
Thomas Miard est Marseillais. « J’ai grandi en appartement, en centre ville », se souvient-il. Enfant, pas le droit au chien ni chat, son grand-père lui offre alors son premier aquarium à l’âge de 10 ans. « J’ai fait de la reproduction et, très vite, j’ai eu plusieurs aquariums dans ma chambre. Je me servais de l’eau des poissons pour arroser les plantes de mon balcon », s’amuse celui qui se décrit comme « pro aquaculture tout en ayant une fibre écolo ».
Après un BTS aquacole puis une licence pro aquaculture, Thomas Miard suit un master aquaculture axé écologie marine. Il est ensuite ingénieur de recherche pendant huit ans à l’institut océanographique Paul Ricard, près de Toulon. « J’ai commencé en stage sur l’affinage des oursins, mais on manquait d’ulve, la laitue de mer. » L’idée germe alors d’en produire en bassin fermé, grâce au soleil et à une eau chargée en nutriments. « J’ai regardé la problématique avec un oeil de biologiste : une espèce un intrant. Qui digère quoi, avec quelle valeur, tout en réduisant la production de déchet. » L’ingénieur et biologiste marin imagine ensuite une chaîne alimentaire : « dans un premier bassin, il y a du bar. Dans un deuxième, des oursins qui digèrent les déchets organiques produits par le poisson et des moules pour filtrer le phytoplancton. Dans le troisième, on récupère une eau très chargée en matière organique et limpide. Là, des vers de vase mangent la matière organique, qui devient assimilable, dans le quatrième bassin, par des ulves. » Il ajoute : « j’ai fait des tests pendant cinq ans, à l’échelle de bassins de recherche. J’ai validé le fait que ça fonctionne ».
« J’ai revu ma copie »
Convaincu, Thomas Miard choisit un spot pour s’installer à son compte : ce sera un hectare de marais, à Loix. « J’ai revu ma copie pour m’adapter aux espèces locales. » Il opte pour un premier bassin de production de crevettes chauvette, « aussi appelées crevettes de pompes » et de phytoplancton. « Les crevettes ont un cycle de production court et se reproduisent deux fois par an », argumente-t-il. Dans le deuxième bassin, des huîtres de 6 mm et des palourdes. Dans le troisième et dernier bassin, la laitue de mer. « Je fais deux à trois cycles d’huîtres par an, que je revends à la taille de 20 mm à des ostréiculteurs. Les algues – 1 à 2 tonnes par an – sont vendues aux professionnels et j’en transforme une partie que je commercialise sous ma marque Tartin’algues. » En parallèle, Thomas Miard exploite les plantes du marais : « la salicorne, le maceron ou encore l’inule, valorisées en saupoudreuses, dans les grandes surfaces de l’île, quelques revendeurs, la ferme des Baleines et les Salicorniers ». « Sur 1 ha, je valorise tout. Et j’en vis depuis dix ans. »
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