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- Portrait d'une couardaise
Emilie Vignaud prend le pari de l’équithérapie
Emilie Vignaud pratique la médiation équine, ou l’équithérapie. La Couardaise, aussi formée à la psychologie, travaille, avec ses chevaux sur le handicap et le soin psychique, en complément de la médecine conventionnelle.
« Les chevaux m’apportent beaucoup. Ils m’apaisent et me motivent. Et je ne suis pas la seule à ressentir cela », confie Emilie Vignaud. À 48 ans, la Couardaise a décidé de faire de cette relation particulière entre l’humain et l’équidé le coeur de son activité professionnelle et de devenir praticienne en médiation équine.
La médiation équine regroupe différentes approches en fonction des objectifs visés et de la formation initiale du praticien. « Mon créneau, c’est plus le travail autour du handicap que le soin psychique », définit Emilie Vignaud. Si elle utilise également le mot « équithérapie », c’est avant tout parce qu’il est plus facilement compris du grand public.
De la brousse au marais salan
t Emilie Vignaud a habité La Couarde jusqu’à l’âge de 2 ans. Puis, ses parents sont partis en Afrique. « J’ai vécu au Tchad, en pleine brousse, et en Côte d’Ivoire. Nous avons toujours eu des chevaux et je passais ma vie au centre équestre », se souvient-elle. A 18 ans, elle rentre en France pour suivre des études de psychologie à Poitiers, spécialisation développement de la personne. « La psychologie clinique m’intéressait moins », reconnaît-elle. « Je suis sensible à la condition des personnes handicapées. Les études étaient passionnantes », relate celle qui valide son master 2. C’est à ce moment-là qu’elle découvre l’équithérapie. « J’aurais pu m’y former, cela aurait été la suite logique, mais je suis revenue sur l’île de Ré car j’avais envie d’un retour à mes racines. » Emilie enchaîne alors les petits boulots, jusqu’à ce qu’elle reprenne le marais salant de son grand-père avec son conjoint, à La Couarde. Pour autant, « l’envie de devenir équithérapeute ne m’a jamais quittée », avoue celle qui est toujours saunière.
Un an de formation et de la manutention
« Il y a deux ans, je me suis dit que c’était le bon moment. » Emilie Vignaud s’inscrit alors à l’Institut régional du travail social (IRTS) à Bordeaux pour une formation d’un an, qui alterne entre théorie et pratique. « Nous avons eu plusieurs formateurs, selon le type de public que l’on peut rencontrer en médiation animale, comme une éducatrice ou encore une psychologue. Nous apprenons aussi à bien connaître les chevaux, nous étudions la science du comportement de l’espèce animale dans son milieu naturel. » Par exemple, « savoir identifier les signes d’inconfort, comme une bouche crispée. En situation de stress, le blanc de l’oeil est apparent ou on peut voir des « rides » autour de l’oeil, alors que l’oeil un peu rond est signe de détente. Le cheval est un miroir émotionnel, il nous renseigne sur l’état d’esprit du patient ».
Cela étant, « il faut s’installer », lâche Emilie Vignaud, qui avait « une idée au départ » : « travailler dans un centre équestre rétais et louer une partie de la structure lorsque j’ai des séances ». Mais le plan capote, car le centre équestre est vendu. Emilie Vignaud compose alors avec la parcelle de 3 hectares qu’elle loue à La Couarde, dans laquelle elle a quatre chevaux. Le problème, « c’est que l’hiver, le terrain prend l’eau. On a de la boue jusqu’au-dessus des chevilles ». Finalement, un agriculteur lui propose un autre terrain pour l’hiver. Emilie Vignaud se fait livrer du foin du continent et apporte, avec sa remorque, des tonnes à eau. « C’est un peu de manutention », sourit-elle.
Travailler la motricité, à pied et à cheval
La médiation équine se déroule sur un temps plus ou moins long. Mais elle commence toujours par une séance au cours de laquelle « on fait le bilan des attentes et des besoins. On fixe les objectifs à travailler, qui varient selon les âges, le handicap ou non ». Et Emilie Vignaud de lister les troubles : « l’anxiété, une phobie, des troubles du neurodéveloppement, les troubles dys, etc. » « J’avance en complémentarité du suivi médical classique comme l’orthophonie ou la psychomotricité », tient-elle à préciser.
Lors des séances, qui durent environ soixante minutes, Emilie Vignaud note que le cheval apporte d’abord de la motivation. Par exemple, « un enfant atteint de trouble du spectre autistique peut parfois être lassé par le suivi médical. En équithérapie, il n’est plus enfermé dans une pièce, ça le motive. Le cheval facilite l’échange, l’enfant va parler de lui à travers le cheval. La présence d’animaux fait baisser le taux de cortisol et augmente celui d’ocytocine, c’est prouvé scientifiquement », appuie Emilie Vignaud.
La majorité des séances se déroule à pied. La thérapie peut consister par « le brossage du cheval, l’attache de la boucle du licol. C’est une façon de travailler la motricité ». Lorsque la personne est à cheval, « elle n’a pas besoin de savoir monter. Je contrôle la vitesse et la direction », précise Emilie Vignaud. Elle observe alors « un apaisement psychomoteur. Le mouvement du cheval se répercute dans le corps du patient. Il stimule plus de 300 muscles, il contribue au redressement postural de la tête et du tronc. C’est une autre façon de travailler la motricité de façon passive ».
« Tellement content de lui »
Aujourd’hui, Emilie Vignaud exerce dans son champ. « Je prends maximum quatre personnes en séance quand je suis toute seule, en fonction des patients. Mais je travaille le plus souvent en un pour un. » Son objectif serait de collaborer avec les maisons de retraite de l’île de Ré ou encore le Centre départemental d’accueil de l’île de Ré (CDAIR). « En formation, j’ai vu des résidents d’Ehpad verbaliser des émotions, faire appel à des souvenirs d’enfance ou de jeunesse. J’ai vu un monsieur en déambulateur faire un parcours avec le cheval en longe. Il était tellement content de lui ! Si c’est plus fun que de faire des allers-retours dans un couloir, mon travail vient en complément de celui du kiné », rappelle l’encore Emilie Vignaud. Pour que la médiation animale soit efficace, elle table sur une séance par semaine ou tous les quinze jours. « Je m’adapte d’une séance à l’autre et je ne mets jamais les gens en difficulté. » Car, « avec un cheval, on ne peut pas tricher ».
Contact :
Emilie Vignaud, 06 22 70 40 19
emilievignaud@sfr.fr
Les quatre chevaux d’Emilie, au centre de la médiation
Du plus jeune au plus vieux, Emilie s’appuie sur : Only you, shetland de 2 ans ; Love, poney de 2 ans ; Hermès, 9 ans et Titeuf, 19 ans, « un ancien cheval de club qui déprimait et que j’ai récupéré », glisse Emilie Vignaud. « Quand je choisis un cheval, le premier critère, c’est qu’il aime le contact avec l’homme. » Si les deux anciens arrivent d’un centre équestre et sont prêts pour la médiation équine, les deux jeunes sont encore en formation. « Il faut les éduquer, leur apprendre à répondre à certains ordres, à se décaler rapidement sur une pression de la hanche. Je teste leur tempérament pour voir leurs émotions. Par exemple, j’ouvre un parapluie brusquement : ils lèvent la tête mais ne font pas demi-tour. C’est donc qu’ils n’ont pas de réaction excessive. Le but, c’est d’avoir des chevaux différents, mais pas qu’ils soient éteints. »
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