Deux salles, deux ambiances
Le dernier Conseil villageois s’est déroulé en deux temps. Un premier, studieux et respectueux, face aux conseillers départementaux Patrice Raffarin et Véronique Richez-Lerouge. Puis un deuxième, consacré au Conseil municipal en lui-même, qui a failli tourner au pugilat.
C’est à Saint-Clément-des-Baleines que Patrice Raffarin et Véronique Richez-Lerouge ont débuté leur tournée des conseils municipaux de l’île. Tournée dont l’objectif est de présenter aux nouveaux élus municipaux les actions du Département sur le territoire, et donc « de mieux travailler ensemble », a précisé le maire Christophe Penot. Cette présentation a duré une bonne heure devant un public venu nombreux, comme à son habitude à Saint-Clément.
Véronique Richez-Lerouge a égrené la liste des missions de la collectivité départementale. Action sociale, gestion des collèges, des routes départementales, des ports et du patrimoine fluvial, des espaces naturels sensibles… Chacune des compétences de la collectivité départementale a été évoquée par les deux conseillers, avec plus ou moins de détails selon que l’île de Ré est concernée ou non. Une multiplicité de compétences qui fait monter le budget de la collectivité à un milliard d’euros en 2026. « Une situation saine et maîtrisée, mais fragile » a tenu à préciser Véronique Richez-Lerouge qui a rappelé que certains Départements, comme la Gironde, se retrouvent quasiment sous tutelle. La Charente-Maritime « est bien gérée mais il faut être très vigilant », a-telle estimé, puisque comme les autres le Département se trouve pris en tenaille entre l’envolée de ses dépenses et la chute de ses recettes issues notamment des transactions immobilières.
Plan Digue et routes
Plus concrètement, les deux élus ont présenté certaines actions du Département sur la commune de Saint-Clément. À commencer par des travaux de réensablement sur le pas de Zanuck dans le cadre du plan Digue, qui pourraient se concrétiser assez rapidement. « Le comité de pilotage s’est réuni cette année et le projet sera connu début 2027 », a expliqué Patrice Raffarin. « On espère des travaux fin 2028, début 2029. 90.000 m3 de sable seront prélevés sur le banc du Bûcheron (…). L’objectif est de maintenir un cordon dunaire qui soit le plus conséquent possible, appuyé aussi par des ganivelles et de la revégétalisation pour un montant total de deux millions d’euros financés à 32% par la CdC, à 32% par le Département et le reste par l’Etat. »
L’élue municipale Martine Dewavrin a questionné les deux conseillers sur une possible accélération de tous les travaux du plan Digue. « Nos partenaires sont les services de l’Etat », a expliqué Patrice Raffarin, « et il y a des études incompressibles et des délais de passage. On aimerait aller plus vite mais malheureusement on ne peut rien faire », a-t-il complété en citant l’exemple du giratoire de la Passe dont l’accord ministériel vient seulement de tomber alors que la commission des sites était passée au mois de novembre. « Nous sommes tributaires des administrations » a-t-il déploré.
Les aides du Département aux communes ont également été détaillées. 12 332 subventions ont été votées cette année, pour 247 millions d’euros, sur des sujets aussi divers que des travaux dans les écoles, les équipements sportifs, la culture, le patrimoine ou encore le tourisme et les infrastructures routières. Ce dernier point représente « 55 millions d’euros financés pour moitié par le Département », a rappelé Patrice Raffarin en précisant que « sur Saint-Clément il y a au moins un projet en cours avec la rue du Centre ».
L’école en question
L’élue municipale d’opposition Lina Besnier a questionné Patrice Raffarin sur le sujet des écoles. « Il y a trois ans vous vous étiez prononcé sur un regroupement des écoles et vous étiez dubitatif sur le maintien des écoles à Saint-Clément et aux Portes » a-t-elle rappelé. « C’est ce que j’ai dit il y a trois ans, et je n’ai pas évolué », lui a répondu le conseiller départemental et maire de Rivedoux, « c’est qu’il faut se mettre autour d’une table et réfléchir sur comment on peut réorganiser la carte scolaire sur l’île de Ré. J’ai été enseignant pendant quarante-cinq ans. Je suis très attaché à l’école publique dans les villages, mais à un moment il faut être réaliste et penser à la qualité de l’enseignement et de l’accueil des enfants. » Il a annoncé qu’une rencontre avec le DASEN était prévue au mois de septembre afin d’anticiper la chute du nombre des élèves sur l’île et « préparer l’avenir ». « Je regrette qu’on n’ait pas eu ce travail auparavant », a-t-il insisté.
Brouhaha et pugilat
Une fois les deux conseillers départementaux sortis, le Conseil municipal en lui-même a pu débuter. Mais une bonne partie de celui-ci a largement été dominé par des échanges houleux entre l’élue d’opposition et maire sortante Lina Besnier, et une partie des autres élus. Daniel Tassigny a dénoncé des propos remettant en cause « la crédibilité et l’intégrité des élus et du maire » et a réclamé « un temps de parole régularisé et équitable pour tous les élus ». Françoise Laslier lui a reproché des actes ou des mots « inacceptables », notamment sur les réseaux sociaux et envers le maire, « qui a été élu à 66% par les Villageois » a-t-elle rappelé. Dominique Losfeld lui a demandé « de ne plus harceler, que ce soit directement ou par le biais de Mr Audebert, les membres du personnel qui ne (lui) plaisent pas. » « Vous avez tous les droits d’un conseiller municipal d’opd’opposition », a-t-il ajouté, « mais il n’y a pas de troisième tour aux élections municipales ». Lina Besnier s’est indignée de ces attaques et a défendu son droit à la parole. « Déjà qu’on ne fait pas partie des commissions, si en plus on ne peut pas parler », a-t-elle estimé. « Vous m’attaquez, et vous dites que c’est moi qui vous attaque, vous êtes très forts (…) Nous aussi on aimerait continuer à travailler, on dit ce qu’on a à dire. »*
Le maire Christophe Penot a dû hausser le ton pour venir à bout d’un brouhaha inaudible. « J’aimerais que ce conseil ne soit pas un pugilat », s’est-il exaspéré. Il a émis le souhait que les Conseils de la commune « ne tournent plus autour des ressentis ou des petites phrases de Madame Besnier. » « La volonté du maire et des conseillers est de travailler dans une ambiance apaisée et je ne veux pas que les Conseils municipaux soient un échange permanent avec l’opposition. »
Au milieu de tout cela, Christophe Penot a néanmoins réussi à faire voter les deux dossiers à l’ordre du jour. Le Conseil municipal a en effet acté de renoncer au droit de préemption sur le fonds de commerce du tabac-presse du village, le repreneur conservant la même activité. Et une convention d’occupation domaniale a été votée pour le déploiement et l’exploitation d’infrastructures de recharge pour véhicules électriques et hybrides. Deux bornes et quatre points de recharge pourront donc être installés prochainement sur le parking des Roussières.
*L’intégralité de ces échanges est à retrouver sur le live facebook de la Mairie de Saint-Clément-des-Baleines.
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