Breuil Chansigaud : la quincaillerie prend sa retraite
Enfin… pas tout à fait comme nous allons le voir.
C’est une institution comme il n’en reste plus ou presque à l’île de Ré, une histoire familiale aussi, quatre générations s’étant succédé au 20 de la rue Aristide Briand à Saint-Martin. Faute de successeur (les enfants n’ont pas voulu reprendre), la célèbre quincaillerie fermera officiellement ses portes prochainement. Quand ? La date est incertaine, nulle contrainte ne perturbant l’agenda des deux propriétaires, Françoise Rose Marguerite et Jack Chansigaud.
Un peu d’histoire
Le 6 juillet 1911 ouvre la Quincaillerie rétaise, extension de la petite boutique d’à côté où exerçait un ferblantier, également de la famille. De quel côté, on ne sait plus trop, c’est un peu compliqué ces histoires de familles rétaises et on finit par se mélanger les pinceaux. Ce qui est certain, c’est que les familles Breuil et Chansigaud sont indissolublement liées. La quincaillerie sera ensuite reprise par une petite cousine du père de Jack Chansigaud, Michel, puis enfin par Jack et son épouse. Rétaise, Françoise Rose Marguerite ? Non. D’origine charentaise, mais elle a passé son enfance sur l’Île de Ré (la famille habitait La Flotte), son père étant gardien de prison à Saint-Martin. En épousant Jack, elle a donc aussi épousé la quincaillerie. « Nous nous sommes rencontrés en boîte de nuit », se souvient Jack. Laquelle ? « Au Bois-Plage celle où est aujourd’hui la résidence sénior ». Ah il y avait là aussi une boîte de nuit… Discuter avec les Chansigaud, c’est ouvrir une page de l’histoire rétaise et des villages. On apprend ainsi que dans la rue de la quincaillerie, il y avait autrefois un ferblantier donc mais aussi un forgeron, un café et une épicerie. Les temps ont bien changé…
Monsieur Quatout
C’est ainsi que Jack Chansigaud était surnommé par ses clients venant de toute l’île et parfois même de La Rochelle. Comment ça s’écrit, on ne sait pas alors on improvise. Il faut dire qu’on trouvait tout à la quincaillerie Breuil Chansigaud, une véritable caverne d’Ali Baba et une adresse incontournable pour bricoleurs et ménagères. Besoin de seulement trois vis ou quelques clous ? Pas de problème. Il suffisait d’ouvrir l’un des nombreux petits tiroirs en bois installés tout le long d’un mur derrière le comptoir. Ajoutons-y passoires, dessous de plat et tout autre ustensile nécessaire à la vie de la maison, et surtout n’oublions pas le Diable en terre cuite.
Aujourd’hui nombre de ces tiroirs sont vides, enfin pas vraiment puisqu’on y trouve encore des trésors comme de vieilles serrures, pouvant dépanner le cas échéant. Car Jack et Françoise ne sont pas seulement commerçants, ils ont aussi un sens aigu du service. Ainsi Jack Chansigaud a-t-il récemment accueilli un cycliste qui avait un problème avec sa selle. « Je lui ai trouvé ce qu’il fallait pour réparer », raconte Jack ajoutant qu’il ne l’a pas fait payer, « ben non quand même je n’allais pas lui demander un ou deux euros », sourit-il.
Commerce et bientôt musée
Un musée, il y en a déjà un et c’est le royaume de Françoise Rose Marguerite. Dans la petite boutique attenante (celle du ferblantier), elle a installé un nombre incalculable d’objets de tous ordres, à commencer par trois cents fers à repasser, en fonte et en laiton. Sagement alignés derrière une vitrine, ils témoignent de la vie d’autrefois tout comme boîtes à café en métal, lampes à huile et outils anciens. On y trouve aussi l’histoire du téléphone, de celui à manivelle au premier portable en passant par téléphones à cadran et à touches, seaux et bassines en fer blanc, vieux ordinateurs, postes de radio, balances, landau de poupée et dinette en faïence et son vaisselier en bois etc. Jack nous désigne du doigt une petite baignoire en fer blanc perché en haut d’une armoire, c’était sa baignoire de bébé. Soigneusement aménagée, cette pièce est une sorte de bric à brac à la fois désuet, tendre et joyeux, et tous ces objets des supports à la mémoire. « En souvenir de ceux qui les ont utilisés et aussi à ceux qui les ont faits », souligne Françoise Rose Marguerite, Jack nous précisant que nombre de personnes viennent spontanément leur en donner.
Alors, lorsque l’activité commerçante aura définitivement cessé, ce musée va s’étendre à la boutique actuelle, déjà quelque peu investie par Françoise sur les étagères les plus hautes.
La quincaillerie Breuil Chansigaud va donc fermer ses portes. Quand ? Jack ne sait pas trop, à la rentrée sûrement. Ensuite les époux prendront le temps d’aménager leur musée. Il est bien trop tôt pour en connaître les jours et heures d’ouverture. Et d’ailleurs, y en aura-t-il vraiment ? Ce n’est pas encore décidé. Il ne restera plus qu’à prendre le risque et monter sur les hauteurs de Saint-Martin comme on part à la chasse au trésor… et ça vaut le détour.
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