Ça bulle bien pour les baudets du Poitou
Régis Léau a troqué les balades à dos d’âne en culotte contre une visite de son élevage et de la savonnerie, créée l’année dernière. A date, il a fabriqué et vendu quinze mille savons et accueilli des milliers de visiteurs.
Jeudi 3 septembre, 15h. Déjà cinq cyclistes et trois voitures sont garés le long des fils qui clôturent l’entrée de l’asinerie et de la savonnerie de Régis Léau, éleveur de baudets du Poitou au Bois-Plage. « C’est parti », glisse l’éleveur, qui s’attend à ce que « beaucoup » de monde défile jusqu’à 18h. Depuis un peu plus d’un an, il a troqué les balades à dos d’âne, bien connues des Rétais et des touristes, par une visite de sa ferme et de sa nouvelle savonnerie. « En 2024, les balades étaient devenues accidentogènes à cause des nouvelles animations organisées parc de la Barbette. Je n’avais plus que treize ânes sur vingt qui pouvaient travailler sans risque », se rappelle Régis Léau. Alors, il décide d’arrêter et de se former à la fabrication de savon. Diplôme et autorisations qui vont bien en poche, il lance la savonnerie des ânes en culotte en 2025. Il en profite pour ouvrir les portes de son élevage aux visiteurs.
Qulottée, Qupidon et Quikolé de Ré
La première visite ce jour-là est assurée par Rodolphe Del Borello, salarié de l’asinerie, « l’écurie des ânes », transcrit-il. Il démarre son tour par l’enclos où paissent les trois ânons nés cette saison. « Pour la première fois, aujourd’hui, nous les séparons de leur mère pendant six heures, car nous avons besoin de lait pour fabriquer des savons. » Les mamelles des mères, non tétées, vont alors se gorger de lait et Régis et Rodolphe pourront les traire tout en laissant de quoi manger aux ânons. « Les petits ont tous deux mois révolus », précise Rodolphe, car il n’est pas question de traire la mère avant que son ânon n’ait atteint cet âge. « A deux mois, les ânons ont une alimentation assez diversifiée pour être séparés de leur mère quelques heures. Jusqu’au sevrage, nous pouvons traire un litre par femelle et par jour. »
Une fois les explications données, il présente la femelle Qulottée de Ré et les deux mâles Qupidon de Ré et Quikolé de Ré. « Qupidon, qui paraît plus petit que Quikolé, est pourtant né avant lui, mais il était prématuré de trois semaines. Mais ce n’est pas grave. L’âne provient d’Afrique et à l’époque, les ânons qui avaient le plus de chance de survie face aux prédateurs étaient ceux qui avaient la plus longue gestation. » En milieu sécurisé, pas de risque donc pour le jeune prématuré.
Culottes et rastas
Suite de la visite, où quelques personnes sont venues grossir les rangs, dans l’enclos des mères : Inès, Hermione, Elfe, Olga, Agathe, Paola, Félicie, Una et Caline de Ré rappliquent autour des visiteurs. Toutes les ânesses – sauf Caline – présentent le poil caractéristique du baudet du Poitou. « Le poil est plus ou moins long et foncé selon les individus. Quand les animaux se roulent, le poil s’enroule et forme des cadenettes, qu’on appelle aussi rastas, qui finissent par tomber. C’est une barrière thermique contre le froid et la chaleur et une barrière à insectes. »
Le temps de prendre quelques photos – en faisant attention de ne pas se faire marcher sur le pied par la troupe amicale en demande de caresses -, et le groupe repart avec Caline, une ânesse du Cotentin, pour une séance d’essayage. Caline est habillée, sous les yeux des visiteurs toujours plus nombreux, des fameuses culottes. « Lorsque les ânes étaient utilisés par les sauniers pour sortir les sacs de sel des marais, le tissu servait à les protéger des piqûres d’insectes. Les ânes ont des muscles peauciers qui tressaillent lorsqu’on les touche, qui font partir les insectes. Mais ils n’en ont pas sur les jambes, alors ils lèvent la patte pour se dégager. Pour les protéger et éviter ce mouvement qui risque de faire tomber les sacs de sel, les sauniers leur ont mis des culottes. »
Kiwi, l’as de la gâchette
Rodolphe Del Borello présente ensuite Kiwi, un mâle reproducteur, prêté à l’élevage. « C’est un as de la gâchette, un professionnel qui connaît son métier », insiste le guide, amusé. « Un vrai baudet, littéralement. Car baudet, en vieux français, signifie ardent. » Au sujet de la reproduction, Rodolphe Del Borello revient sur les origines de la race baudet du Poitou : « Avant, les éleveurs cherchaient des mules, des animaux polyvalents, résultats du croisement d’un mâle baudet du Poitou de 450 kg et d’une jument trait du Poitou de 850 kg. L’industrie mulassière connaît son apogée du XVIe au XIXe siècle, avec un pic de production de vingt mille mules par an. » Puis les tracteurs ont remplacé les mules. La race baudet du Poitou a été préservée grâce à la création de l’asinerie de Dampierre-sur- Boutonne (17) et à un plan de sauvegarde.
La recette des savonnettes
Suite et fin de la visite à la savonnerie. « Nous produisons un savon 100 % au lait d’ânesse de l’île de Ré. Les savons sont un peu cireux voire gras, car la saponification à froid utilise toute la glycérine. » Rodolphe Del Borello donne la recette des savons des ânes en culotte : beurre de karité, huile de coco, d’olive, de tournesol et de ricin, que « des matières grasses produites en agriculture biologique ». Et voilà le process : « On fait fondre le beurre de karité et l’huile de coco à basse température, on y intègre l’huile d’olive, l’huile de tournesol et l’huile de ricin sans les chauffer. On calcule notre lessive de soude caustique en fonction des indices de saponification des différents corps gras et on synchronise les températures, pour ne jamais travailler au-delà de 35 degrés. Une fois le mélange de la base et des corps gras effectué, on mixe. A l’obtention de l’épaississement de l’ensemble, que l’on appelle la trace, on y intègre 10 % de notre lait d’ânesse bio. On verse le mélange dans les moules, où il est laissé pendant quarante-huit heures. C’est la phase de gel. Ensuite, les savons sont découpés à la guitare et laissés au minimum un mois, le temps de sécher et que le pH se fixe. Pour un soin corporel, il doit être entre 8 et 10. Avec un litre de lait d’ânesse par préparation, nous produisons quatre-vingt savonnettes ».
« Je ne m’attendais pas à ça »
« Cette année, nous avons fabriqué quinze mille savons, à ce jour », chiffre Régis Léau. « La dernière traite, avant aujourd’hui, remontait à fin mars. Nous avons congelé le lait, ce qui nous a permis de faire la soudure jusqu’à la reprise des traites début septembre. » A la boutique, tout a été écoulé. « Nous avons été dévalisés, je ne m’attendais pas à cela », conclut l’éleveur.
Si le bilan de la saison est positif, Régis Léau se projette pour la suivante : « Nous n’étions pas préparés à une telle affluence. L’organisation se met doucement en place, notamment sur les flux de visiteurs. Nous avons beaucoup de choses en tête pour 2027 : une boutique extérieure, embaucher une personne à la boutique qui sera aussi à l’accueil pour faire patienter les gens, installer une signalétique et des plaquettes traduites au moins en anglais. » Mais aussi « une expo photos, pour que les gens visualisent la mule, la jument poitevine et le baudet du Poitou, et raconter comment mon père a relancé les ânes en culotte. Moi, j’ai repris le train en route. »
Lire aussi notre article : www.realahune.fr/ regis-leau-joue-la-survie-de-son-elevage/
Horaires et informations sur www.ane-en-culotte.com
1597 route de Saint-Martin,
D201E3 – 17580 Le Bois-Plage-en-Ré – 06 08 57 25 94
Facebook et Instagram : /anesdere
A noter :
L’asinerie sera exceptionnellement fermée du 13 au 28 septembre.
Oldup de Ré, agréé étalon baudet du Poitou
Le 24 août, Oldup de Ré, mâle de 2 ans, fils de Diego de la Ribaude et de Pithye du Parc a été agréé étalon reproducteur baudet du Poitou. « Je l’avais inscrit, il a passé les tests : 1,40 m au garrot, 1,40 m de tour thoracique et 20 cm de canon, la partie la plus étroite du tibia. » Alors que deux demi-soeurs d’Oldup de Ré sont des femelles reproductrices de l’élevage de Régis Léau, Oldup part pour une saison en Belgique, en échange de l’arrivée de Kiwi.
Oldup de Ré a été agréé reproducteur en race pure baudet du Poitou à l’asinerie nationale de Dampierre-sur-Boutonne © Régis Léau


Je souhaite réagir à cet article