Culture

Exposition - Musée Ernest Cognacq

Nu à l'étoffe rouge de Paul Rebeyrolles, exposition au musée Ernest Cognacq, St Martin de Ré

La peinture comme arme de guerre

« Nu à l’étoffe rouge », 1972
Publié le 18/05/2017

C’est une exposition remarquable que nous propose le Musée Ernest Cognac jusqu’au 20 août pour découvrir le génie de Paul Rebeyrolle.

Il est l’un des plus grands peintres du XXème siècle, pourtant Paul Rebeyrolle nous a quitté en 2005 dans une ignorance coupable et demeure un illustre inconnu pour le grand public.

C’est que l’homme claquait plus volontiers les portes qu’il n’allait y frapper… Rebelle à toutes les conventions, fier de n’avoir jamais choisi le chemin du conformisme, cet artiste hors normes n’était certes pas le jouet des marchands d’art à la mode spéculative.

Fidèle à son Limousin natal, l’objecteur de bonne conscience goutait peu aux mondanités, contenté qu’il était d’être chéri par sa famille et célébré par ses proches parmi lesquels Michel Foucault ou Jean-Paul Sartre, qui ne s’y était pas trompé écrivant de lui en 1970 que « Rebeyrolle se mettait tout entier dans ses toiles ».

Bourru, trapu, cruellement lucide ;Généreux, véritable humaniste, il a laissé une oeuvre immense à découvrir dans son village d’Eymoutiers, où un espace d’art lui est dédié. C’est à la perspicacité de Chantal Gousseau et Jean-Jacques Régaudie, de l’association M’L’Art, tous deux habitués d’Eymoutiers que l’île de Ré doit d’accueillir des toiles qui devraient figurer dans les plus grands musées du monde. Jean- Louis Prat, ancien directeur de la Fondation Maeght, qui exposa Rebeyrolle au printemps 2000 n’estimait-il pas que : « Le fait que le Musée national d’art moderne du Centre Pompidou n’ait pas une seule oeuvre de Rebeyrolle dans ses collections est une faute inadmissible ». La méprise est depuis réparée, le Centre s’étant doté récemment de plusieurs toiles du génie.

Les deux membres du collectif d’amateurs éclairés ont noué des contacts avec Nathalie Rebeyrolle la fille de l’artiste et Daniel Perducat, maire de la commune d’Eymoutiers pour organiser cet événement exceptionnel avec la complicité de l’artiste plasticienne Catherine Métais et Julia Dumoulin-Rulié, directrice du musée de Saint-Martin.

L’art comme un sacerdoce

Ses toiles souvent immenses et toujours péremptoires disent presque toutes la même chose : la souffrance. Elles nous crachent la rage de leur auteur contre toutes les oppressions et les injustices, nous jettent au visage le tragique de l’époque, le pathétique de la destinée humaine : comme Goya voyait en noir, Rebeyrolle a toujours vu rouge !

Autant dire qu’à l’heure des rétrospectives en rafales à la gloire de tripoteurs de couleurs, ça n’est pas de la peinture décorative ni une manoeuvre de séduction qu’on peut voir au musée de Saint-Martin mais bel et bien le travail d’un génie qui a fait de son art un acte politique et humain.

Est-ce qu’il peint ? Est-ce qu’il dénonce ? Les deux sont intimement liés chez ce fou de nature pétri de poésie et contestation qui confiait : « je peins tous les jours et pourtant je me demande si je ne pense pas autant à la vie et aux conditions de vie des individus qu’à la peinture. Je crois que les deux obsessions, obsession de la peinture et obsession de l’histoire contemporaine, se chevauchent chez moi totalement ».

On se roule dans ses toiles comme on roule dans la terre, les feuillages, les graviers et parfois même la boue, invité par l’équilibre parfait du trait, des couleurs, de la matière. Une peinture physique qui nous rappelle que la vie est un tout entremêlé.

Les cinq toiles et la trentaine de lithographies exposées au musée ne laisseront pas indifférent, « Les réactions sont vives » confirme Julia Dumoulin-Rulié car une oeuvre si forte, dure, angoissée est propre à faire fuir le spectateur trop pressé autant qu’à ravir les vrais amateurs par tant de talent. Un talent atemporel qui confronté à l’actualité n’a pas pris une ride, tant le message qu’il libère est universel.

 

Horaires d’ouverture pendant l’exposition :

Jusqu’au 30 juin de 10h à 12h30 et de 14h à 18h en semaine, de 14h à 18h les samedis, dimanches et jours fériés.

Juillet et août de 10h à 19h.

Fermeture Hebdomadaire le mardi.

 

Bon à savoir :

Dans le cadre du festival d’Arts Actuels du 2 au 5 juin, l’accès au musée est gratuit.

Conférence ‘Rebeyrolle’ par Catherine Metais mercredi 14 juin 2017 à 18h30 tarif 5 €.

Le film documentaire réalisé par Gérard Rondeau, ami de Paul Rebeyrolle et grand photographe décédé l’année dernière, sera projeté en salle de conférence.

 

« L’agression » de paul Rebeyrolles : expo au Musée Ernest Cognacq sur l'île de Ré

À droite, la toile « L’agression », 1980

 

Marie-Victoire Vergnaud

Réagir à cet article

Je souhaite réagir à cet article

* Champs obligatoires