Leïlanna Summers : « Le drag m’a sauvé la vie. »
Leïlanna Summers est la seule drag queen de l’île de Ré. Installée aux Portes-en-Ré, elle milite à travers ses performances pour une société plus ouverte à la diversité des genres. Dans son cas, le drag a été salvateur.
Vous avez pu la voir lors du festival Queer Codes à La Java des Baleines, à la fin du mois d’août. Sur scène, elle avait performé sur la chanson Kid d’Eddy de Pretto, dont les paroles résonnent tout particulièrement dans sa tête. « Tu seras viril mon kid, je n’veux voir aucune once féminine », lui laissent un goût amer dans la bouche. « Cette chanson a une signification importante pour moi. Les paroles m’émeuvent et me touchent au plus profond de mon être », explique-t-elle.
À tout juste 25 ans, Leïlanna Summers, alias Jordan dans le civil, a déjà une histoire lourde à porter. « Quand j’ai fait mon coming out à 18 ans, ma mère m’a foutu dehors. Ce n’était pas la seule raison, car j’avais sombré dans la drogue. Mais cette annonce a été la goutte de trop. J’ai vécu un an dans la rue à La Rochelle, et j’ai fait des choses pour survivre dont je ne suis pas fier. C’est une amie qui m’a recueilli, je suis allé vivre dans sa famille pendant plusieurs mois. Une famille musulmane qui m’a ouvert les bras sans aucun préjugé, malgré mon homosexualité. » A partir de là, Jordan a pu se reconstruire peu à peu. Il a repris contact avec sa mère, trouvé un petit boulot puis rencontré celui qui est aujourd’hui son fiancé, et avec qui il a décidé de s’installer sur l’île de Ré. Et puis, il y a deux ans, il s’est lancé dans le drag. « J’ai découvert le drag à l’âge de 15 ans à la télé. Ça a été un vrai déclic mais il était trop tôt pour moi, j’étais jeune et j’avais peur du jugement des autres, de ma famille notamment. Finalement je me suis lancé il y a deux ans, et je ne regrette absolument pas. Je me sens forte en Leïlanna, comme une super héroïne. C’est une vraie thérapie. J’ai grandi dans une famille très chrétienne qui m’a inculqué que l’homosexualité était un péché, et qui ne supportait pas que je veuille jouer à la poupée et avoir des cheveux longs. Alors avec le drag, j’apprends à être moi, à être libre d’être qui je suis. Et j’ai repris confiance en moi. Le drag m’a sauvé la vie. »
Une fonction politique
Aujourd’hui, Jordan se définit comme un homme sis-genre qui fait du drag. « Sis-genre, ça veut dire que je suis en accord avec le sexe qui m’a été donné, celui d’homme en l’occurrence. Je suis né dans le bon corps et je n’ai pas envie d’en changer. Le drag, c’est autre chose, c’est une autre partie de moi. C’est un art. Mais c’est aussi très politique. » Sur scène, Jordan et Leïlanna entendent donc faire passer des messages. « Le taux de suicide est très élevé chez les personnes queer et transgenres, plus élevé qu’ailleurs. Moi je n’ai pas trop souffert de harcèlement, et au final je m’en suis bien sorti, j’assume aujourd’hui qui je suis et je suis bien entouré. Mais je sais que ce n’est pas le cas pour tout le monde. Être drag, c’est poser une revendication : on a le droit d’être qui on est. Tout en amusant le public, on fait passer un message. La fonction première du drag est de défendre les droits des minorités sexuelles. »
Il y a deux ans donc, depuis les Portes-en-Ré, Leïlanna Summers postait ses premières vidéos sur les réseaux sociaux. Et depuis, elle a bien grandi. Elle s’est fait une place dans le milieu très fermé des drag queen et se produit désormais à Paris, Poitiers ou encore Bordeaux. Elle attend avec impatience la deuxième édition du Queer Codes Festival à La Java des Baleines à l’été 2024. « Ce festival queer sur l’île de Ré, ça a été une belle surprise. Jamais je n’aurais pensé être invité sur l’île pour faire du drag ! Et étonnamment, tout s’est très bien passé. Le public est venu nombreux, et surtout il y avait toutes les générations, des seniors, des familles avec des ados et des enfants, des jeunes bien sûr. Tout le monde était à la fois très bienveillant et très curieux. Je me suis déjà produit dans des endroits où le public était beaucoup moins réceptif. J’ai vraiment été agréablement surpris. Je pensais l’île de Ré moins ouverte que cela ! »
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