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« La saison 2026 va nous pousser à adapter les marais »
La saison de sel 2026 promet de bons rendements. Mais les fortes conditions d’évaporation ont contraint certains sauniers à des pauses forcées, fin juillet. Du jamais vu si tôt dans l’été.
« Nous avons piloté le marais le pied sur le frein », résume Louis Merlin. Le président de l’Association des producteurs de sel de l’île de Ré (Apsir) décrit une saison 2026 « précoce, longue, tardive et menée tambour battant ». Mardi 15 septembre, le saunier de Saint-Clément-des-Baleines continue de tirer son gros sel et de cueillir la fleur. Ou plutôt, il reprend, après une « respiration nécessaire » survenue fin août début septembre, quand quelques pluies sont tombées. « En général, nous commençons mi fin-juin et nous arrêtons début mi-septembre. Là, dès la fin du mois de mai, ceux qui étaient prêts ont pu démarrer grâce à des conditions évaporatives très fortes : pas de pluie, du vent, de la chaleur, de l’ensoleillement et un taux d’humidité très bas », caractérise-t-il encore.
Viser l’optimum de 300-350 g de sel/L
L’enchaînement des conditions météo a pourtant été presque trop idéal, car certains sauniers ont dû suspendre, fin juillet, la production d’une partie de leurs carreaux afin de leur faire retrouver de la fraîcheur. Du jamais vu si tôt dans la saison. Si le terme d’échaudage est parfois employé pour qualifier ce phénomène naturel, Louis Merlin préfère « parler de dépassement d’optimum de la salinité ». Explications : « La salinité augmente au fur et à mesure que l’eau s’évapore dans le circuit. Plus le chemin jusqu’au carreau est long, plus on produit de la salinité. Juste avant la nourrice, l’eau est à 160 g de sel/L, les calcites se cristallisent. La fenêtre de récolte du saunier se situe entre 300 et 350 g de sel/L d’eau de mer dans les carreaux. Mais une trop forte concentration fait basculer la réaction chimique vers un excès de magnésium et une chute de production de chlorure de sodium ». Ainsi, « certains marais ont été un peu débordés par la météo ».
Une solution pour pallier le phénomène naturel est donc « de raccourcir le circuit », en isolant une partie du trajet de l’eau grâce aux coupe-circuits. « Ceux qui ont été arrêtés ont été contraints de rafraîchir le marais en apportant un gros flux d’eau, pour recréer un effet pluie. » A condition de le pouvoir techniquement en ayant les circuits et les vannes qui vont bien.
Quel sera le marais du futur ?
Ce phénomène « récurrent cet été » reflète « une saison atypique » qui devrait pourtant se reproduire dans les années à venir avec l’accélération du changement climatique. « Le marais est une surface plastique, mais l’été 2026 pose la question de sa conception. Quel sera le marais du futur », interroge Louis Merlin. « Cette saison est intéressante, car elle nous pousse à raisonner au-delà de la combinaison vent et chaleur, à comparer les façons de faire pour rester dans l’optimum et à déterminer quels sont les leviers de gestion de la production. » Pour le président de l’Apsir, « adapter nos marais et nos gestes », c’est jouer sur les éléments techniques. C’est « du fun » qui fait le sel du métier.
Une saison sur le podium des trente dernières années
Mi-septembre, l’heure n’est pas encore au bilan final de la saison dans les marais salants. Mais Louis Merlin prédit des résultats « sur le podium des trente dernières années ». Reste « à savoir sur quelle marche ». Il en veut pour preuve que, « mi-juillet, nous avions atteint la moyenne de production de ces trente dernières années », à savoir « 700 kg/carreau ». « Nous avons une bonne année en gros sel et en fleur de sel. Et ce n’est pas le cas à chaque fois. » Il faudra cependant attendre la fin de la saison, voire de l’année, pour tirer les comptes au clair.
« Une belle saison nous permet de sécuriser les stocks », car « nous visons trois années d’approvisionnement ». Louis Merlin rappelle ainsi qu’en 2024 « nous avions rentré 30 % à 40 % d’une année moyenne. Ce sera compensé par 2026 ». « Tout l’art de la filière réside en un jeu d’équilibre. Et nous avons la chance que notre produit ne soit pas périssable. »

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