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Françoise Migraine crée sa tambouille d’histoire(s)
Françoise Migraine, guide conférencière, anime des visites à l’île de Ré et La Rochelle. Grâce à son statut d’indépendante, cette habitante de Rivedoux propose des excursions classiques mais aussi contées ou costumées.
« Je suis toujours en quête d’information », savoure Françoise Migraine, guide conférencière. A 66 ans et avec quelques décennies de visites à son actif, cette passionnée d’histoire se réjouit à l’idée de raconter, même son métier. Surtout depuis qu’elle a créé, en 2014, son entreprise. « J’anime, en indépendante, des visites de l’île de Ré, La Rochelle et plus largement de la région. Je m’appuie sur mes connaissances, qui sont solides, et je fais ma tambouille. » Son but : proposer du sur-mesure et varier ses excursions. « Je ne suis pas un perroquet », cadret- elle. « L’histoire est une matière vivante, car les recherches apportent des nouvelles découvertes. Moi, je la raconte au plus près des dernières connaissances. »
Trois langues
« J’ai toujours été passionnée par les langues, l’histoire et l’histoire de l’art », retrace la Nantaise d’origine. Après ses études, elle démarre sa carrière « en tant qu’assistante de direction dans les services d’exportation ». Mais « la vie en entreprise ne me plaît pas », et en 1986, elle débarque avec sa famille à La Rochelle. « J’ai commencé à suivre toutes les conférences de l’office de tourisme, les colloques, tout ce qui était organisé et qui parlait d’histoire. » A l’époque, l’office de tourisme rochelais cherche « des guides qui parlent des langues étrangères. Je parle l’anglais et l’allemand, je suis assidue à leurs événements. J’ai été embauchée en tant que guide ». Françoise Migraine se souvient avoir été formée par « Monsieur Labour, le directeur. C’était un conteur, un orateur peu académique et fin connaisseur de l’histoire locale. Il m’a appris à me servir de mes connaissances pour construire une visite vivante en racontant une histoire. » En parallèle, elle anime des sorties pour les croisiéristes des paquebots en escale à La Pallice et travaille pour l’office de tourisme de l’île de Ré.
En 1992, l’université de La Rochelle est créée. « Ça m’a beaucoup apporté, se souvient Françoise Migraine, car les universitaires faisaient évoluer les connaissances historiques. Aujourd’hui, je suis toujours en contact avec les enseignants chercheurs et les historiens, ce qui me permet d’enrichir mes visites. »
« Le costume rend le récit plus souple »
En 2014, Françoise Migraine décide de créer son entreprise, Visiter17, et devient guide conférencière indépendante. « J’avais envie de cibler ma propre clientèle, de proposer du sur-mesure. Les gens m’appellent, je les écoute. Qu’ils sachent ce qu’ils veulent ou non, je les aide à concevoir leur visite selon leur niveau de connaissance en histoire, leurs goûts, le temps qu’ils ont et leurs moyens. Ce qui est important, c’est l’échange en amont, afin de proposer une visite adaptée et que les personnes soient contentes à la fin. »
Françoise Migraine déploie ainsi un catalogue de visites plus ou moins classiques. Elle propose des visites découvertes traditionnelles de La Rochelle ou Saint-Martin-de-Ré, ou thématiques sur le protestantisme par exemple. « Ma carte de conférencière me donne accès aux musées pour mes visites », précise-t-elle. « Sur l’île de Ré, je conçois mon parcours à pied, en vélo ou en bus. Pour sortir au maximum des sentiers battus : je fais beaucoup de repérage en amont et j’agrémente d’anecdotes. »
La guide anime également des visites contées, notamment sur les gargouilles de La Rochelle. « Le conteur crée ses histoires et apprend à les passer à l’oral pour les rendre vivantes. Il faut s’inventer des images, se créer un film. » Et, depuis quelques années, elle met surtout l’accent sur les visites costumées. « J’incarne un personnage d’époque, qui raconte son histoire : du XVIe et XVIIIe siècles à La Rochelle et des années 1920 à l’île de Ré (lire encadré). Le costume rend le récit plus facile d’accès, plus ludique et plus souple », assure-t-elle. « La technique du conte m’aide pour inventer des rebondissements, pour sélectionner les informations et pour recapter l’attention du public si besoin. » En bref, animer « une visite dynamique » au cours de laquelle « les gens apprennent sans s’en rendre compte ».
Un socle solide et le champ libre
L’avantage avec la formule costumée, c’est que la guide a une partie du champ libre. « Je pars de mon socle de connaissances, qui est solide. Après, il faut inventer son film, trouver le personnage que j’incarne et qui guide la visite. C’est peut-être ça le plus long. Puis, ça se décante et je fais ma tambouille. Je malaxe le tout pour faire ce qui me plaît, en collant au plus près de la réalité. C’est un peu comme en cuisine : j’ai les ingrédients et je fais mes mélanges, mais c’est très rare que je suive une recette à la lettre », sourit-elle. « Pour transmettre des connaissances et faire plaisir aux gens, je pense qu’il faut d’abord aimer ce que l’on fait. Et moi, je suis une passionnée », conclut Françoise Migraine. « J’aime apprendre, créer et transmettre. » La recette fonctionne.
A 10h30 : dimanche 24 mai, vendredi 19 juin, lundi 20 juillet, lundi 27 juillet, lundi 10 août, lundi 24 août, vendredi 4 septembre, samedi 19 septembre. Informations sur visiter17.com
A Saint-Martin, l’institutrice et le maire font traverser les années 1920
Cet été, Françoise Migraine assure des visites costumées de Saint- Martin-de-Ré dans les années 1920. « Le plus long, c’est de trouver les personnages », avoue-t-elle. « Car il faut des personnes crédibles pour apporter les informations historiques. » Son choix s’est porté sur Melle Geneviève, l’institutrice, et Eustache, le maire du village. « Le maire parle de politique, de ses ambitions pour développer le tourisme sur l’île de Ré à l’époque des premiers vacanciers, que l’on appelait les baigneurs. L’institutrice, elle, a des connaissances et apporte une certaine réserve sur les ambitions du maire. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes, même si nous ne sommes pas en conflit non plus. La visite commence quand nous nous retrouvons pour aller au mariage de cousins respectifs. » De là, la guide emmène « dans une déambulation à travers les ruelles du village » et promet « des surprises tout au long de la visite ».
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