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Audrey Pereira, au-delà de la mécanique du corps
Ostéopathe et thérapeute psychosomatique, gestionnaire du centre de soin Eveil à soi au Bois-Plage-en-Ré, Audrey Pereira milite pour une prise en charge globale de la santé. En parallèle, elle anime un cercle de femmes et participe à la rédaction du projet éducatif du territoire.
« La santé, c’est un tout, on ne peut pas isoler le corps du vécu émotionnel », avance Audrey Pereira. La professionnelle de santé, formée à l’ostéopathie et à la psychosomatique, parle ainsi de thérapie « holistique », soit une prise en charge « globale » du patient qui va au-delà du symptôme. A 39 ans, elle a construit son approche de la santé tout au long de son parcours professionnel : que le collectif soit au service de la prise en charge individuelle.
Relier le corps et les émotions
Ses premiers pas en tant qu’ostéopathe remontent au début des années 2010, lorsqu’elle arrive à l’île de Ré. « Je suis arrivée après mes études d’ostéopathie », rapporte celle qui cherchait alors « une meilleure qualité de vie » que celle de sa région parisienne natale. « J’ai commencé à exercer Saint-Martin, où j’ai ouvert mon cabinet. » Très vite, elle ressent le besoin de compléter son parcours initial. « Mais aussi de me sécuriser et de me sentir légitime pour la prise en charge des enfants. » Alors, pendant trois ans, elle apprend l’ostéopathie pédiatrique et périnatale.
En 2019, son parcours personnel et la maternité l’amènent à suivre une thérapie, « car j’avais besoin de trouver des réponses. Et j’ai découvert la psychosomatique ». Audrey Pereira décide alors de se former à cette spécialité, de 2020 à 2023. « Se cantonner à la mécanique du corps est trop réducteur. Je veux ouvrir la porte au vécu et aux émotions et les mettre en lien avec le corps. »
Eveil à soi, une approche holistique de la santé
Avec sa nouvelle casquette psychosomatique, Audrey Pereira a besoin d’un deuxième lieu pour recevoir ses patients. « Depuis une dizaine d’années, je réfléchissais à l’ouverture d’un centre de soin qui regrouperait plusieurs praticiens qui seraient complémentaires afin de proposer un accompagnement collectif et individuel. Un lieu où l’on échange sur des cas cliniques, où l’on s’entraide. » Lorsque l’opportunité de reprendre des locaux se présente, près de la plage des Gollandières, elle se lance. En janvier 2024, elle ouvre le centre Eveil à soi. Le bâtiment de 100 m2, découpé en trois cabinets et une salle collective, accueille, en plus d’Audrey Pereira, une naturopathe, une masseuse, une olfactothérapeute, une nutritionniste-diététicienne et une praticienne de shiatsu et yoga.
L’idée du centre est de proposer une prise en charge globale de la santé. « Nous ne prenons pas en charge un symptôme mais une personne. Notre santé est impactée par notre environnement direct – ce qu’on mange, ce qu’on boit, l’air qu’on respire -, ce qui est dans notre corps – les bactéries, virus, parasites -, et notre vécu émotionnel – un trauma impacte les générations suivantes. Même s’il n’est pas possible de tout prendre en charge, il y a des choses sur lesquelles nous pouvons agir : le stress, qui est un facteur inflammatoire ou encore l’alimentation. Nous pouvons utiliser des leviers et travailler notre histoire de vie en conscience », décortique Audrey Pereira.
Pour aller plus loin dans la démarche de complémentarité et améliorer la prise en charge des patients grâce au collectif, Audrey Pereira implique les professionnels de santé. « J’organise des soirées d’échange, trois fois par an, sur différents thèmes, avec les soignants, les accompagnants, les encadrants sociaux. » Reste cependant que le centre rencontre des difficultés financières. « Je ne suis pas certaine de le maintenir ouvert jusqu’à la fin de l’année », glisse-t-elle. Car si Audrey Pereira arrive à louer les cabinets, il n’en va pas de même pour la salle collective et les infrastructures sont lourdes à porter. « Je sais que les professionnels de la santé holistique ont des difficultés car cette médecine n’est pas reconnue et pas ou peu prise en charge », regrette celle qui se dit ouverte à « des aides extérieures », comme le mécénat.
Prévenir les violences faites aux enfants
Son autre cheval de bataille, ce sont les actes de violences sexuelles et sexistes. « Une femme sur quatre, un enfant sur cinq et un homme sur six sont victimes de violences sexuelles en France. Ça fait beaucoup d’enfants dans une classe », lâche Audrey Pereira. Afin d’agir à son échelle, elle s’est là aussi formée. « J’ai suivi un programme de l’Education nationale, EVARS, pour éduquer à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité, dont l’objectif est de pallier ces chiffres grâce à une prévention très globale, en recréant du respect de soi, de la sécurité intérieure. » Audrey Pereira est ainsi amenée à intervenir auprès des professionnels et en classe.
« La vie de chacune fait miroir »
En parallèle, elle anime un cercle de femmes. « J’ai fait le constat, en tant que professionnelle, que les femmes ont besoin d’un espace pour déposer la parole, sans jugement, sans engagement et sans contrainte financière pour celles qui ne peuvent pas suivre une thérapie. » Alors elle propose, chaque premier lundi du mois, une réunion de groupe, gratuite, sans réservation. « La seule obligation, c’est d’avoir 18 ans. Nous travaillons sur le recentrage du corps, être à l’écoute de ses ressentis et comprendre les besoins sous-jacents. » Ici, la force du groupe repose sur le partage d’expériences. « La vie de chacune fait miroir, nous créons du lien, de la sororité. » Audrey Pereira tient particulièrement à ce « petit collectif, avec une base de respect commune », qui « porte des valeurs d’espoir et de reconnexion à soi. »
Peps, au service d’un territoire non-violent
Dans la même veine, Audrey Pereira a créé une association avec une sophrologue formée à la communication non-violente et une ancienne inspectrice de police formée au recueil de la parole de l’enfant. Le nom de l’association : Peps, pour prévention, écoute, partage et solidarité. « Nous voulons répondre aux besoins du collectif dans nos champs de compétences. Nous aimerions que l’association soit labellisée par l’Education nationale pour faciliter nos actions. Nous avons aussi été sollicitées pour aider à l’écriture du projet éducatif du territoire du Bois-Plage » (lire encadré). « Toutes les actions de l’association rentrent dans le cadre du trauma », reprend Audrey Pereira. Afin d’associer ses actions locales à des projets plus vastes, l’association est en lien avec le collectif « Marseille, ville non violente », porté par Isabelle Filliozat, qui rejoint un mouvement international de villes informées sur le trauma.
Audrey Pereira participe au projet éducatif de territoire
Audrey Pereira contribue, au titre de son association Peps (prévention, écoute, partage et solidarité), à la rédaction du projet éducatif territorial (PEDT) du Bois-Plage, « sur l’apprentissage du vivre ensemble ». Le document vise à harmoniser la prise en charge des enfants entre l’école et les temps périscolaires. Il est rédigé sur la base du volontariat de la commune, en lien avec le conseil départemental et la CAF. L’objectif est de « créer du lien entre l’école, le centre de loisirs, la commune, les parents d’élèves et les associations. Nous avons d’abord identifié les besoins des enfants entre eux, puis ceux des adultes et enfin ceux entre les adultes et les enfants ». Concrètement, les parties prenantes commencent par définir une charte commune. Il s’agit « d’établir un socle qui fait référence », traduit Audrey Pereira. Le PEDT, résultat d’un processus collectif et progressif, est valable trois ans.
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