- Portraits
- Portrait
Karine Patarin, le commerce dans la peau
Elle appelle le SPAR « son gros bébé!». Pour Karine Patarin, l’épicerie, c’est toute sa vie. Portrait d’une commerçante au coeur gros comme ça.
Au Québec, on appelle ça un « dépanneur ». Les épiceries de village sont le coeur battant de nos communes, qui leur permettent de rester vivantes tout au long de l’année. Certains jours de janvier, le SPAR, avec le tabac presse, est le seul point de rencontre des Loidais dans un centre-village en hibernation. On s’y retrouve pour échanger les nouvelles. Karine, que tout le monde connaît, est derrière la caisse. Depuis vingt ans qu’elle a repris le magasin, elle reçoit les confidences des habitués. « J’ai l’impression d’être un peu thérapeute », avoue-t-elle avec un sourire. « Le lien, l’échange, c’est ce qu’il y a de plus important. C’est ce qui me donne envie de me lever le matin. »
D’un côté à l’autre du pont
La vie n’a pas toujours été tendre pour Karine Patarin. Née à Grolleau, dans un village de Charente-Maritime près de Saint-Jean d’Angély, elle commence sa vie professionnelle à Surgères, où elle fait son apprentissage en débit de tabac. Elle rencontre son premier mari avec qui elle a deux enfants, Benjamin et Guillaume. Pendant douze ans, elle s’occupe de ses garçons et complète les revenus du foyer en faisant des ménages. Mais la lassitude la pousse à postuler au rayon poissonnerie d’Intermarché, à Surgères. De fil en aiguille, elle franchit le pont, embauche au Super U de Saint-Martin, puis au Vivier de Loix, chez Frédéric Brin, en tant qu’écaillère-cuisinière, pendant trois ans. Elle fait alors la connaissance de M. Prestrel, qui tient l’épicerie de Loix et à qui elle donne un coup de main. L’épicier lui fait confiance. Entretemps, elle a quitté Surgères et commence une nouvelle vie sur l’île de Ré. L’amour l’a amarrée à Loix, ce village du bout du monde, depuis qu’elle a rencontré Laurent Baril, jardinier-paysagiste. Il connaît sa passion du commerce. Lorsque M. Prestrel décide de vendre, en 2006, après trente-cinq ans passés derrière le comptoir, Laurent achète l’épicerie et projette de l’épauler dans cette nouvelle aventure. Mais la vie en décide autrement : il meurt brutalement d’une rupture d’anévrisme, en juillet 2010. Leur petit garçon, Luc, n’a que deux ans.
Renaître de ses cendres
Pour Karine, c’est un choc violent dont elle peine à se remettre. Elle se souvient de la gentillesse des clients, dans cette épreuve terrible. « Ils ont été comme une famille. » A l’épicerie, elle reçoit l’aide de sa belle-mère, Mireille, et bientôt de son fils Guillaume. « Il fallait du sang neuf. Ensemble, on a relancé le magasin d’une façon extraordinaire. » En 2010, le magasin est relooké suivant le nouveau design de Casino, dont elle détient la franchise. Pour le reste, elle se charge de la décoration, qu’elle ajuste aux thèmes de la saison – Pâques, Halloween, Noël… D’une simple épicerie, elle a fait un lieu de vie, familial et accueillant. Dans son royaume, le tutoiement est de mise. Sa bonne humeur est contagieuse et sa chaleur lui a valu le surnom de « Karine bisou-bisou ». Mais elle a aussi son franc-parler. Aux représentants qui veulent lui imposer des affiches publicitaires, elle répond : « Je ne veux pas de publicités mensongères chez moi. » Entre eux, ils l’appellent « le Dragon de l’île de Ré », ça la fait rire.
Une affaire de familles
Ses deux aînés sont venus la retrouver sur l’île, après dix-huit ans de séparation, et travaillent avec elle – surtout Guillaume. « J’espère qu’à ma retraite, il reprendra le flambeau », confie-t-elle avec simplicité. C’est lui qui a eu l’idée du Point relais. On vient des Portes y chercher ses colis. « Ça ramène un peu de clientèle, mais surtout, ça permet de maintenir de la vie dans le village, même en hiver. » L’épicerie ne ferme qu’un jour dans l’année – pour l’inventaire. « Sinon il est faux ! », s’en excuse Karine. Hors-saison, la maison tourne avec la famille et Jérémy, qui y est employé depuis trois ans. En été, l’équipe peut aller jusqu’à quatorze personnes. La plupart des saisonniers sont des enfants de Loidais, permanents ou secondaires, qui connaissent le SPAR depuis toujours. Cela contribue d’autant à en faire un lieu où l’on se sent en famille. Quand, l’été, sa livraison Casino prend du retard, elle va se fournir dans les commerces de l’île, pour être sûre de ne manquer ni d’oeufs, ni de beurre, ni de jambon – pour les sandwichs du pique-nique. « On est des commerçants sans l’être », observe-t-elle. L’épicerie a beau être un peu à l’écart du centre, ses clients lui sont fidèles, et attachés. « Ce magasin, c’est ma fierté », conclut-elle avec émotion.
Promenades et confitures
Lorsqu’elle ne travaille pas, Karine se promène avec son chien. « Loix est un endroit magique. J’aime son côté nature. Où que l’on soit, il y a toujours une balade à faire. » Si c’est « le destin » qui l’a conduite sur l’île de Ré, aujourd’hui elle n’envisage plus de la quitter. Créative et manuelle, elle occupe son temps libre à peindre, faire des porte-monnaie au crochet (en vente à l’épicerie) et des confitures, ses fameuses « Karinettes ». Certains de ses clients parisiens ne jurent que par elles. Elle utilise les invendus de l’épicerie, des fruits trop mûrs ou abîmés. « Plus ils sont mûrs, meilleurs ils sont pour la confiture ! » Elle agrémente ses « recettes de grand-mère » d’une touche personnelle, associant le gingembre à la mangue, la sauge à la mûre ou la menthe à l’abricot. « Pour la confiture de figues, quand je n’en ai pas assez, j’ajoute du raisin. C’est une tuerie ! » Ce ne sont pas ses clients qui la contrediront…
Lire aussi
-
PortraitsUne grande dame de la danse s’en est allée
-
PortraitsHugo Maris : « J’aime le large et la vitesse »
A 36 ans, Hugo Maris compte vingt-deux traversées à la voile de l’Océan Atlantique, trois du Pacifique et une de l’Indien. L’enfant du pays, aujourd’hui skipper professionnel, a gardé l’île de Ré comme port d’attache.
-
PortraitsRomain Pedurant, de A à sel
Romain Pedurant est saunier à La Couarde. Passionné et bosseur, il a opté pour le statut d’indépendant. En 2016, il a créé son entreprise, PickSel, pour gérer son produit de la récolte à la vente.


Je souhaite réagir à cet article