Du dedans au dehors, la décoration en dit long
Long sur la société, le monde qui nous entoure, long aussi sur tous ceux qui aiment à façonner avec soin un univers toujours plus personnel.
Il fut un temps où magazines et catalogues étaient les références incontournables à qui se sentait peu de compétences en la matière : difficulté à se projeter, à oser, bref, on allait parfois jusqu’au copié-collé pour éviter les erreurs. En réponse, le succès du DIY (fais toi-même) mais aussi une lassitude de la standardisation, des préoccupations écologiques et sociétales sans oublier la crise sanitaire, motivent aujourd’hui l’envie de retrouver du sens dans l’endroit le plus intime : notre intérieur.
Le minimalisme revisité
Tendance des années 2000 devenue incontournable dans les années 2010, le minimalisme célèbre le « moins mais mieux ». Répondant à la fois aux préoccupations de la surconsommation et aux envies de vivre moins encombrés, il a longtemps célébré le noir, le blanc et le gris, les lignes strictes, le métal et le moins d’objets possible. Depuis 2020 et les confinements, le voilà face à une autre tendance forte : l’envie d’un intérieur accueillant et vivant. Mort le minimalisme ? Non, il s’adapte ou peutêtre corrige-t-il simplement ses excès. Il s’agit toujours de privilégier la sobriété à l’accumulation et d’explorer les vides pour créer une atmosphère harmonieuse et sereine, mais sans froideur. Ce que les designers appellent aujourd’hui « warm minimalism », littéralement minimalisme chaud, fait donc la part belle aux matières, aux textures, aux meubles et objets porteurs de sens.
Une palette chaleureuse
Bien présentes, les couleurs sont à dominante terreuse et préfèrent la douceur des fondus enchaînés aux contrastes marqués : déclinaison de beige, écru, sable, taupe ou encore vert doux, chaleur des teintes terracotta ou ocrées et profondeur des bruns ou des bleus nuit révèlent toutes leurs nuances dans la diversité des textures et des matières. Intemporel, le blanc reste présent mais souvent cassé de nuances subtilement dosées, lui ôtant ce qu’il peut avoir d’implacable.
Matières et textures
Dans un intérieur épuré, elles apportent l’essentielle note d’un confort non dénué de raffinement. Répondant à un désir de sortir de la production de masse, les créations artisanales ont la cote, y compris pour d’éventuelles imperfections gage de leur authenticité. Les bois sont plutôt clairs et exposent leurs nervures, le rotin est toujours présent, travertin et pierre naturelle s’invitent sur les sols, les objets aiment la céramique émaillée et la faïence, tandis que beaux à voir autant qu’à toucher, les lins lavés habillent fenêtres et canapés et les tapis se plaisent dans une enveloppante laine bouclée… voilà autant d’éléments signant un décor habité d’un luxe tranquille sans être ostentatoire et ne trahissant rien d’une sobriété assumée.
Exprimer l’intention
Non à la standardisation et à une décoration impersonnelle relevant plus de l’esprit catalogue ou d’une galerie. Meubles de famille patinés par le temps retrouvent ainsi leur place et racontent une histoire personnelle, tandis que pièces chinées en brocantes, chez les antiquaires ou en seconde main signent les goûts mais aussi la personnalité de leurs propriétaires. C’est le retour du vintage, qu’il soit hérité ou soigneusement choisi, se déclinant en grosses pièces ou luminaires, petit mobilier, vaisselle ou verrerie. La décoration quitte le domaine de l’application de tendances pour devenir intention volontaire. C’est peut-être plus difficile mais autrement plus enrichissant, donnant à chaque intérieur un petit côté unique. Comme en mode, il ne s’agit finalement que de trouver son style !
Courbes toujours et nature plus que jamais
Deux tendances de ces dernières années qui ne cessent de s’affirmer, la rondeur répondant en écho à une société de plus en plus dure et le design biophilique au besoin de plus en plus prégnant de se relier à la nature et au vivant. Outre la douceur de leur silhouette et la référence au cocon, formes et lignes courbes de canapés, meubles ou objets apportent une impression de fluidité contribuant à un confort visuellement harmonieux. Quant à la Nature, désormais inscrite comme principe plutôt que comme accessoire, elle s’impose dans les formes organiques au succès déjà acquis, les matériaux naturels, l’optimisation de la lumière naturelle et bien sûr la présence de végétaux, plantes de grande taille voire murs végétalisés.
L’extérieur ? Une pièce en plus
Terrasse ou jardin, l’extérieur devient lieu de vie répondant à nos envies de confort et d’esthétique autant qu’à nos préoccupations environnementales. On y aménage ainsi de véritables salons et espaces repas à la décoration dédiée (tapis, éclairages nomades, canapés) voire, lorsque l’on dispose de la place nécessaire, différents univers. Le potager, longtemps exilé au fond des jardins, mêle fleurs et légumes pour devenir élément décoratif au même titre que nichoirs et hôtels à insectes aussi charmants que profitables à la biodiversité. Dehors comme dedans, l’heure est aux matériaux naturels (bois durables, pierre, travertin) et les couleurs s’inspirent de la nature. Une nature que l’on souhaite maîtriser sans la contrôler dans un esprit plutôt jardin anglais qu’à la française.
A l’heure du dérèglement climatique, il est aussi question de résilience. L’arbre prend de l’importance jusqu’à parfois être le point central du décor, on n’oublie pas le paillage, l’arrosage intelligent et la récupération des eaux de pluie, et on privilégie les espèces locales, les plantations mellifères et les plantes sobres en eau.
Concluons donc par le jardin rétais : les essences méditerranéennes (lavandes, romarins, agapanthes, oliviers…) sont des valeurs sûres. « Ce qui ne veut pas dire absence d’arrosage », souligne Stéphane Guillot évoquant le sol sablonneux de l’Ile de Ré quand il est argileux dans le Sud de la France. « L’arrosage est donc indispensable après la plantation pour un bon enracinement », précise le paysagiste pépiniériste boitais, évoquant aussi la stipa, une graminée légère, et les possibilités offertes par le sable blanc évoquant la plage, et déversé sur un sol préalablement recouvert d’une couche de géotextile. « C’est écologique, ça préserve l’évaporation des sols et permet beaucoup de végétation autour », conclut-il. Sans oublier la préservation d’une ressource essentielle : l’eau.
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