Territoire

Xynthia, cinq ans après !

La digue du Boutillon après Xynthia

Entre doute et confiance, le coeur des Rétais balance !

Dès le 28 février au matin, les pelleteuses étaient à l’oeuvre, au Boutillon. (c) Nathalie Vauchez
Publié le 10/02/2015
Entre doute et confiance, le coeur des Rétais balance !
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Personne n’a oublié la nuit du 27 au 28 février 2010 et la submersion de l’île consécutive à la tempête Xynthia. Un véritable traumatisme parmi la population. Cinq ans après ce tragique évènement, élus et population ont réagi. L’île se tourne à nouveau vers l’avenir. Mais bien des interrogations subsistent car les conséquences collatérales de ce tragique événement façonnent déjà différemment la vie économique, culturelle et sociale de l’île de Ré.

Une architecture en mutation : l’île aux maisons basses… c’était hier

Les nouvelles contraintes en matière de construction et de sécurité en cours de débat (Xynthia + 20 cm ou + 60 cm) auront pour effet de surélever les plateformes des constructions nouvelles et de faciliter la construction d’étages, sur tout ou partie de la surface constructible. Une tendance déjà bien amorcée, même en dehors des centres bourg, et une impression architecturale de nos villages qui sortira bien différente de celle immortalisée par les tableaux de nos grands peintres.

Les secteurs du bâtiment et de l’immobilier très fragilisés

L’étiquette « inondable » superposée à la raréfaction des terrains constructibles et des permis de construire, ne facilite pas la décision d’achat. Certains se réjouiront de cette baisse d’un rythme de construction, soutenu ces vingt dernières années. D’autres comme les entrepreneurs des corps d’état du bâtiment en souffrent et s’inquiètent sur l’avenir de leurs entreprises, de leurs salariés. Certains ont d’ailleurs anticipé la dépression qui frappe leur secteur, en licenciant du personnel ou en prospectant une nouvelle clientèle sur le continent. Côté immobilier, les biens restent plus longtemps à l’affiche, face à des acheteurs prudents et négociateurs de prix à la baisse.

Le patrimoine familial tourmenté

C’est probablement dans ce domaine, déjà ingrat, que Xynthia a le plus compliqué la vie des propriétaires rétais. Comment évaluer un terrain ou un bien immobilier aujourd’hui, en l’absence de cadre réglementaire et du fait du flou des références de prix ? Un vrai casse-tête pour fixer le prix des transactions ou déterminer le montant des droits de succession, avec des considérations fiscales qui s’invitent si vous êtes assujetti, ou à la limite de l’imposition, à l’ISF. Vendre ou conserver un bien nécessite une vision de l’avenir et un environnement réglementaire clair et précis. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et il faut rester prudent. Mais les circonstances de la vie vous imposent parfois de prendre des décisions sans pouvoir attendre un contexte meilleur.

Le tourisme et son économie associée s’adaptent à de nouvelles donnes

Les touristes fidèles à Ré et les résidents secondaires n’ont pas changé leurs habitudes. L’île reste attractive et compétitive sur le marché du tourisme, car elle présente une offre diversifiée et adaptée de modes d’hébergements, avec une incontestable palette d’atouts naturels. Ce secteur fait preuve de flexibilité et de réactivité pour s’adapter au tourisme de passage en hausse et faire évoluer son offre résidentielle. Si le pouvoir d’achat et la géo-politique influencent aujourd’hui les choix tardifs des destinations de vacances, l’île de Ré reste une destination prisée, par les Français certes, mais de plus en plus par des touristes étrangers.

Un changement d’image à assumer

PPRL, PAPI sont des outils administratifs indispensables pour notre sécurité, annonciateurs de travaux importants sur le littoral et dans plusieurs ports rétais. Des digues reconstruites, des nouvelles aussi, des parapets, des portes mobiles de fermeture des ports… autant de réalisations programmées pour nous défendre contre le risque de submersion. Un effort gigantesque des collectivités et de l’Etat qui modifie la relation terre-mer des Rétais. Pendant des siècles la mer apportait la richesse, aujourd’hui elle inquiète, on la scrute, on la mesure, on s’en défend, elle fait peur. La vision de l’île et la perception psychologique de l’insularité vont changer, et ce sera aux plans culturel et comportemental plus profond qu’on ne se l’avoue. Mais comment faire autrement pour continuer à y vivre ?

Une île plus forte ?

La digue du Boutiilon au lendemain de Xynthia. La mission Pitié travaille sur les côtes rétaises

Le 28 février, la mer continue de s’engouffrer par l’une des énormes brèches de la digue du Boutillon.

Xynthia aura lancé plus tôt qu’ailleurs un débat auquel les insulaires n’auraient pas échappé, sauf à rester dans le déni de la montée du niveau des océans. En conséquence, même si nous aurions aimé nous y être préparés davantage, ce débat nous bouscule. Mais il a eu aussi des effets que chacun jugera positifs ou non, à l’aune de ses convictions. En faisant bouger les lignes entre les certitudes d’une administration étatique dogmatique et l’engagement d’une collectivité de proximité représentative de la majorité de sa population, l’île de Ré recherche une solution acceptable qui ne mette pas en péril sa vie permanente. Que de discussions engagées en cinq ans depuis les zones noires jusqu’aux cartes d’aléas, en attendant l’établissement des cadres réglementaires que PPRL et PLU vont définir dans les prochains mois.

Avec dix maires solidaires et fédérés au sein d’une Communauté de Communes qui accroît ses compétences au service d’une harmonisation du territoire, l’île de Ré a pris encore plus conscience de la valeur de son patrimoine naturel et bâti. En prenant les mesures de protection souhaitées par la population, avec la solidarité d’élus responsables et vigilants qui place l’intérêt général au-dessus de leurs différences, l’île de Ré se rassure sur son avenir et reprend le cap de la confiance, bien consciente que d’autres épreuves peuvent encore se lever à l’horizon.

 

Voir la méthode d’instruction des permis de construire par la CdC de l’île de Ré

Voir le dossier PPRL

Michel Lardeux

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