Vie politique

Lionel Quillet - Président de la communauté de communes de l'île de Ré

Cérémonie des voeux de la CdC

Une salle polyvalente du Bois-Plage bien pleine, avec pas loin de mille personnes venues écouter le Président de la CdC de l’île de Ré et se faire une opinion.
Publié le 22/01/2019
Cérémonie des voeux de la CdC
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Des vœux futuristes, empreints de réalisme, teintés d’humour… et de politique

Certains adhèrent totalement, d’autres ont une oreille plus critique, mais ils sont tous-là (ou presque !), les Rétais, pour la cérémonie des vœux du Président de la Communauté de Communes, se demandant bien ce qu’il va pouvoir annoncer et inventer en ce grand moment de communication annuel. Les Rochelais et politiques du Département aussi, désormais.

Près de mille personnes, en cette période hivernale avec une population rétaise à sa jauge minimum, il n’y a pas de doute les Rétais apprécient ce moment 100% local, toujours très bien préparé par les Services de la Communauté de Communes, même si cette année la politique rochelaise (et départementale ?) s’est quelque peu invitée sur la scène rétaise.

Le Maire de l’étape, Jean-Pierre Gaillard, dans l’air du temps, a rappelé combien la « proximité » est importante, l’île de Ré bénéficiant d’une forte implication citoyenne, dans la vie associative et publique, favorable au « vivre ensemble ». Ou comment redonner aux élus locaux leur vraie place au centre de la vie politique, au contact des populations, après des années d’une certaine défiance de la part des institutions étatiques.

Deux Rochelais sur un même bateau…

Un même bassin de vie, une destination touristique commune, un terreau économique partagé, un réseau de mobilité interdépendant… le Maire de La Rochelle et président de l’Agglomération rochelaise, Jean-François Fountaine, a souligné l’importance d’un travail collaboratif entre l’île de Ré et le continent sur un certain nombre de problématiques étroitement imbriquées des deux côtés du Pont. Et fait quelque peu la « danse du ventre » aux Rétais en leur annonçant une voie spéciale d’accès à la gare via les Cottes Mailles et une passerelle.

Plus directement concerné par l’île de Ré dont il est le député et sur laquelle il est présent depuis sept ans, Olivier Falorni a oscillé entre charme aux Rétais et agressivité vis-à-vis de celui qui est devenu son « meilleur ennemi » à l’approche des Municipales de 2020. Au-delà de « passes d’armes » qui ne concernent guère les îliens que nous sommes, Le député a repris le discours tenu dans la plupart des cérémonies des voeux des Maires auxquelles il a, comme chaque année, assidument participé. « 2018 fut placée sous le double signe de la communion (hommage à Johnny Hallyday) et des colères « jaunes et vertes », liées aux problèmes de « fin de mois et de fin du monde », 2019 doit être l’année de la conciliation, celle de la transition écologique et sociale, du rapprochement des citoyens, qui demandent à la fois de l’autorité et de la liberté… Un trop grand fossé s’est creusé depuis des années entre le peuple français et ses dirigeants. Il y a un principe simple en démocratie, l’Etat n’est que l’incarnation de la Nation, or ce sont les citoyens qui forment la Nation, aussi ils doivent être remis au centre des décisions. Tout comme les élus locaux, qui sont un maillon essentiel de la démocratie ». Un discours consensuel.

Mais la vedette de la soirée attendue de tous était bien sûr le président de la Communauté de Communes, Lionel Quillet. Les remerciements d’usage permirent de recenser les VIP du Conseil départemental, venus de toute la Charente-Maritime, présents au premier rang auprès des Maires rétais et rochelais, du Député et du sous-Préfet, mais aussi les Chambres consulaires, sans oublier la Gendarmerie, le SDIS et l’Eglise représentée par le Père Cottereau.

L’autre « guest star » de ces voeux 2019 était sans conteste la chauve-souris, qui a servi de fil conducteur du discours du président de la CdC : « Animal mal-aimé représentant pourtant la vie communautaire, contrôlant la population d’insectes, doté d’un radar très précis, symbole de bonheur, richesse, légèreté, tranquillité ».

Et si l’on se projetait en 2030 ?

« 2018 est terminée, place à 2019 qui sera une grande année mais démarre dans un contexte difficile, avec une incompréhension totale et je ne vois pas comment cela va s’arrêter, je pense même que cela va s’accélérer au printemps… Il faut remettre au travail les élus de proximité oubliés, fustigés… Trop nombreux ? Avec 50% de bénévoles, 30% qui touchent tout juste des indemnités de frais et 20% certes rémunérés mais devant assumer les responsabilités financière, pénale et humaine… Les collectivités locales ont un budget à l’équilibre et ne représentent que 10 % du déficit public. Les élus locaux sont à portée d’enguelade, ils connaissent leur population, après l’enclenchement du processus de décentralisation sous Mitterrand-Deferre – la meilleure réforme de la Gauche – celle-ci n’a pas été menée à son terme. Et si l’on redonnait des responsabilités aux territoires ? »

« Les Maires rétais vont organiser des débats dans leurs communes, sans doute y aura-t-il un débat à l’échelle de l’île de Ré » a informé le président Quillet.

Au sujet de la politique du territoire, il a dressé un tableau prospectif de l’île de Ré en 2030, déclinant sa vision de long terme de façon humoristique. « En 2030 l’île de Ré aura un statut spécifique, une seule Collectivité mais toujours ses villages, une Assemblée territoriale avec un Président… Léon Gendre – Il en est capable ! En 2030, nous subirons le réchauffement climatique et rechercherons des solutions avec le Maire de La Rochelle, qui pourrait être Jean-Olivier Falortaine…, Antoine Albeau sera toujours Champion du Monde pour la xxème année, Martin Danet, Rétais aujourd’hui âgé de 12 ans et membre du Conseil départemental des jeunes, entrera à l’âge de 21 ans en politique… et mon fils Olivier qui aura 33 ans sera devenu gérant du Bastion, tant qu’à y passer ses nuits il y travaillera, ceci après avoir écrit l’ouvrage « Mon père, ce héros » !

Le corps de la chauve-souris ou la vie permanente

Un peu plus sérieusement, il a peint le tableau d’une île qui sera encore plus prisée du fait du désamour des Français envers leurs métropoles et du réchauffement climatique qui poussera les populations vers l’Atlantique et le Nord de la France, une île sur laquelle la règle du 80/20, garante de la préservation de son environnement, sera toujours de mise. La problématique du logement aura progressé puisque l’on sera passé de 1000 à 2000 logements à loyers maîtrisés dans lesquels habiteront 3500 Rétais, soit 20 % de la population permanente (11% aujourd’hui). Après les logements d’Ars, Loix, Le Bois, réalisés, ceux de Saint-Martin dont une partie (23) a été livrée en août 2018 et qui seront finalisés au printemps 2019, ceux (communaux) de La Maladrerie livrés pour partie en juin 2018 (19 logements locatifs) et qui seront terminés en 2019 (locatif et accession à la propriété), vont venir les logements des Portes-en-Ré, de Rivedoux-Plage (Le Château), de Sainte-Marie de Ré (Hirondelles et Faugeroux), La Couarde (Le Petit Noue) et Saint-Clément des Baleines (Les Ouches).

L’internat du collège sera en place dès 2021, intégrant cinquante jeunes à l’année, une chance pour l’île de Ré, le Département n’en comportant que quelques-uns. La Maline nouvelle devrait enfin être livrée fin 2020, la grue pourra franchir le Pont mi-février, une fois le câble défectueux remplacé. Sur le terrain du Bois-Plage, jouxtant la Coopérative viticole, un temps pressenti pour y accueillir le nouveau siège social de la CdC, seront finalement érigés une structure et des équipements pour les adolescents car « il manque une activité adolescent sur l’île ». Cette annonce confirme le souhait qu’il avait révélé à Ré à la Hune de prendre la « compétence adolescence » (lire notre interview parue le 6 décembre 2018 et sur realahune.fr). A l’étroit dans ses locaux de centre-bourg du Bois-Plage, l’Ecole de Musique de l’île de Ré déménagera aussi sur ce site, dans de nouveaux locaux.

D’ici trois ans, les trois nouvelles casernes de secours de l’île verront le jour : Sainte-Marie et Ars en 2021, Saint-Martin en 2022.

Le tourisme, qui représente 80% de l’économie de l’île, sera toujours accompagné qualitativement (et non pas pour attirer de nouveaux touristes en pleine saison, comme on l’entend encore trop souvent).

Le Secrétaire général de la Préfecture et sous-Préfet de La Rochelle-île de Ré est très présent pour l’île et travaille main dans la main avec le Président et les équipes de la CdC et les Maires rétais.

Le Secrétaire général de la Préfecture et sous-Préfet de La Rochelle-île de Ré
est très présent pour l’île et travaille main dans la main avec le Président
et les équipes de la CdC et les Maires rétais.

Les ailes de la chauve-souris, ou les protections à la mer

L’île de Ré, l’un des territoires les plus risqués de France, sera protégé pour un niveau de risque Xynthia + 20 cm, une fois les projets du Fier d’Ars et de Saint-Martin validés et réalisés. D’ici là la protection de Rivedoux centrebourg (livraison mars 2019) et de la Corniche, ainsi que celle de Montamer à Sainte-Marie (2021) auront été réalisées. Cette protection qui aura permis en une dizaine d’années de rattraper quatre-vingts années de non intervention de l’Etat sur les digues, permettra aux générations futures de décider si l’île est encore défendable face aux effets du réchauffement climatique en 2050, ou non.

Le vol de la chauve-souris, ou la mobilité

En matière de développement durable, l’île n’a pas d’Entreprises polluantes, et peut se targuer d’une densité de population faible et d’un urbanisme très raisonné. L’enjeu essentiel sera celui de la résorption de la circulation automobile, même si des initiatives doivent aussi être menées en matière de transition énergétique.

« L’écotaxe, l’une des rares taxes environnementales de France avec celles du passage de l’île d’Aix et du bateau de Porquerolles, sera toujours bien là en 2030, elle a été tellement attaquée sur son prix, sa légalité, son caractère discriminatoire, sa constitutionnalité… qu’elle ne risque plus rien », selon le Président Quillet, qui assume pleinement cette taxe, en ces périodes mouvementées où la simple évocation d’une taxe peut enflammer les foules.

« Il faut sanctuariser le cordon ombilical, avec une voie prioritaire sur le Pont, ce sera l’une des actions du Plan Mobilité 2019-2024 conçu par le Département en étroite collaboration avec la CdC de l’île de Ré. La largeur de trois voies existe déjà en tenant compte des voies cyclistes, c’est techniquement possible, cela aura un coût financé sur le budget du Pont, donc par les passages de véhicules, et non par les contribuables. Cette voie sera réservée aux bus, aux véhicules de sécurité ainsi qu’aux convois ultra sécurisés de la Maison Centrale. Il faudra un itinéraire de délestage dans le prolongement du Pont à Rivedoux et vers Sainte-Marie. Le giratoire du Défend – site très accidentogène – sera lui réalisé dès 2019 » (lire sur realahune.fr l’ensemble des dispositions prévues dans le Plan Mobilité du Département pour l’île de Ré).

Avant de donner la parole au Secrétaire Général de la Préfecture, Lionel Quillet lui a remis un nichoir à chauve-souris et annoncé que tous les Rétais pourront en acquérir, pour une participation financière très modeste.

Un Etat « bienveillant » et ferme

Le Secrétaire Général de la Préfecture de Charente-Maritime et sous-préfet La Rochelle-île de Ré, Pierre-Emmanuel Portheret, a introduit son discours par un propos mi-grinçant mi-ironique : « Puisque l’on est dans une tonalité animalière, on m’avait dit avant que je ne prenne mes fonctions de me méfier des crocodiles de l’île de Ré, puis il y a eu les dauphins joyeux, voilà les chauves-souris ». Chacun jugera à quels crocodiles il a voulu faire allusion… La référence aux dauphins joyeux, elle, ne fait guère de doute. Dans une interview croisée de Dominique Bussereau et de Lionel Quillet au printemps 2018, qui annonçait en avant-première le Grand Plan Mobilité, Ré à la Hune avait qualifié Lionel Quillet de « dauphin » potentiel pour succéder à l’actuel président Bussereau. Sud-Ouest avait rebondi et s’était moqué en faisant un trait d’humour sur les dauphins joyeux…

Le sous-préfet a rappelé « la détermination de l’Etat à maintenir l’ordre face à des mouvements non déclarés, systématiquement émaillés de violences et sans service d’ordre ». Le plan d’urgence économique et sociale de 10 milliards d’euros et le Grand débat, bel exercice de démocratie participative sont les réponses de Paris, le grand débat devant concerner tous les territoires. Localement, il estime que l’Etat est présent et bienveillant, que le Préfet et le sous-Préfet le sont tout autant.

L’accompagnement par l’Etat des projets de l’île de Ré

Concernant l’ensemble des projets sur lesquels Lionel Quillet avait interpellé le Préfet lors des voeux 2018, matérialisés par autant de boules de Noël, Pierre-Emmanuel Portheret a fait état de leur avancée.

La lutte contre la submersion marine occupe particulièrement la DDTM, le tant attendu projet du Fier d’Ars en attente de validation de l’Etat rappelons- le est en cours d’instruction, un consensus a été dégagé sur la protection de Sainte-Marie (Montamer) tandis que les travaux de La Couarde (Fosse de Loix) ont été validés. Concernant l’Eco-musée du Marais Salant, vrai casse-tête, le permis de construire a été déposé le 14 juin 2018 et instruit, pour une autorisation délivrée le 13 décembre 2018.

Après l’incendie du centre de transfert, l’Etat a facilité les choses pour qu’une structure provisoire puisse être mise en place en amont de la saison 2018, et pour une reconstruction du centre dès avril 2020.

Les arbitrages du Préfet

S’agissant de la voie partagée de Rivedoux-sud dans le cadre de Cap Mobilité, « tout ne sera pas possible, mais beaucoup sera fait pour faire aboutir ce projet structurant pour l’île de Ré ». L’Etat formalisera la construction des trois nouveaux centres de secours en liaison étroite avec la CdC. Le problème de l’évacuation des algues vertes face à leur prolifération sur les côtes de La Flotte a été résolu en 2018, selon le sous-préfet, tandis que le projet de La Maline a été validé.

Sur le dossier prioritaire du PLUI, le Préfet rendra ses arbitrages sur certains projets, au regard du PPRL, avec d’ores et déjà des avis défavorables sur le Moulin Rouge, ainsi qu’en l’état sur les ZA de Saint-Clément, Sainte-Marie et Les Portes.

« Sur ce document d’urbanisme essentiel, la Communauté de Communes de l’île de Ré et les Services de l’Etat travaillent main dans la main. Les projets de logements sociaux font l’objet de toutes les attentions, ainsi seront livrés en cette année 2019, la suite des logements de Saint-Martin et de La Flotte. L’Etat est compréhensif et doit être au plus près des préoccupations des plus démunis » a-t-il conclu.

Nathalie Vauchez

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