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Hugo Maris : « J’aime le large et la vitesse »
A 36 ans, Hugo Maris compte vingt-deux traversées à la voile de l’Océan Atlantique, trois du Pacifique et une de l’Indien. L’enfant du pays, aujourd’hui skipper professionnel, a gardé l’île de Ré comme port d’attache.
La voile, c’est son truc depuis qu’il est petit. Né à La Rochelle, élevé à l’île de Ré, Hugo Maris baigne dans le milieu des voileux grâce aux adultes qui l’entourent. Sa mère travaille dans un chantier naval de La Rochelle, son père est skipper dans les Antilles et le compagnon de sa mère à l’époque, Alex Loisel, est charpentier de marine à l’île de Ré. L’école, en revanche, c’était moins son dada. « J’ai eu une scolarité difficile, convient-il. J’avais besoin de bouger. Pendant les vacances scolaires, je rejoignais mon père aux Antilles pour convoyer des bateaux. Je me payais les billets d’avion en travaillant sur le chantier naval de mon beau-père, qui m’a pris sous son aile. » Dès qu’il a 16 ans et la possibilité de mettre les voiles, Hugo Maris quitte le lycée.
« J’ai fait mes armes sur Mari-Cha III »
Il rejoint son père aux Antilles et plonge dans le monde de la navigation au large. Formé à l’entretien et à la réparation de bateaux, il commence par assurer des petits chantiers. « Un copain de mon père cherchait un équipier sur un bateau en carbone de 23 mètres. Alors j’ai embarqué et j’ai fait ma première traversée de l’Atlantique, entre la Martinique et Aguadulce, dans le sud-est de l’Espagne, puis on a rejoint Cogolin, dans le Var. On a mis trente jours, j’étais mordu », sourit-il.
Hugo Maris revient dans le coin et passe, en 2009, le certificat d’initiation nautique pendant la saison d’été, où il bosse en parallèle comme cuisinier à La Pergola, avant de chercher un nouvel embarquement. Et c’est sur un ponton qu’il rencontre l’équipage du Mari-Cha III. « Je vois le bateau, un ketch (deux mats, dont le plus petit est placé devant le safran, ndlr) de 45 mètres, décrit-il, aujourd’hui encore, fasciné. C’est un voilier de classe légendaire, indémodable ! » Le voilier, un yacht de luxe, est aussi conçu pour battre des records. Il est notamment connu pour détenir celui de la traversée de l’Atlantique Nord, entre New York et cap Lizard (pointe sud de l’Angleterre) en moins de neuf jours en 2000.
Le courant passe, il est embauché à l’année. « J’ai embarqué et j’ai passé trois ans sur Mari-Cha III. C’était ma maison. J’ai fait mes armes à bord. A terre, j’ai appris le composite en carbone et le travail du gréement. En mer, à gérer mon sommeil et les relations humaines car nous sommes en promiscuité : on était 10 pour traverser l’Atlantique deux fois par an et jusqu’à 30 en régate. Il fallait que le bateau soit au maximum de ses standards en permanence. »
Yachtmaster et Mike Horn
En 2012, Hugo Maris débarque de Mari-Cha III « pour voir autre chose ». Il vit avec son sac à dos, de bateau en bateau. En 2013, il passe le Yachtmaster, un diplôme anglais reconnu à l’international, qui lui permet de devenir skipper. « Je deviens capitaine, c’est-à-dire que je suis désormais responsable de toutes les personnes à bord, du bateau et de moi-même. Il me fallait un diplôme pour les assurances », justifie-t-il. Fin 2013, un copain, ancien chef mécanicien sur Mari-Cha III, l’appelle, car il navigue avec Mike Horn pour redescendre du Groenland. « Je les rejoins aux Etats-Unis et je fais un bout de route avec Mike Horn et lui jusqu’au Surinam. On avance dans des conditions météo pas terribles et on croise des pirates. Mais on avait de quoi se défendre, lâche-t-il, sourire en coin. Mike Horn débarque et on se retrouve à deux sur un bateau de 30 mètres pour aller jusqu’au Brésil. » Entre 2014 et 2018, il navigue sur Farfalla, un yacht de 31 m, qui allie croisières et régates autour du monde, entre la Méditerranée, les Caraïbes et le Pacifique. En 2015, Hugo Maris part s’installer à Palma de Majorque, « l’un des ports principaux des superyachts en Europe ».
L’océan Indien en quatre jours
Le marin prend tout : les convoyages, les remplacements, les courses. Les navigations s’enchaînent. « J’ai fait un demitour du monde, entre les Maldives et les Caraïbes. J’ai traversé l’océan Indien en quatre jours sur un bateau qui a couru le Trophée Jules Vernes : on passait trois heures sur le pont, trois heures en astreinte et trois heures pour dormir, on avançait à 30 noeuds (55 km/h) tout le temps, on naviguait en combinaison étanche et avec des masques de ski pour se protéger du sel. » Six mois après, il récupère à la SNSM de Saint-Martin-de-Ré, dont il fait partie, « l’Ecume des mers, une épave », qu’il retape entièrement avant de la revendre un an plus tard à Majorque.
« Je reviens en 2019 car l’île de Ré et ses vagues me manquent. » C’est alors qu’il rejoint la brasserie artisanale Les Petites réthaises avec Julien Roche, dont il devient directeur. Finalement, en 2021, « je revends mes parts à Julien et je retourne sur les bateaux ». Après le Covid, il devient membre de l’équipe de Maître Coq, avec laquelle Yannick Bestaven gagne le Vendée Globe 2020- 2021 et basée à La Rochelle, pour préparer la Route du Rhum et la transat Jacques Vabre. Il intègre ensuite le programme Grand large yachting world, sorte de tour du monde en rallye, grâce auquel il alterne entre périodes à terre et en mer. En mars, il y a un mois, il est rentré du Sulawesi (Indonésie), sa dernière navigation à l’étranger en date.
Chaque année, les Voiles de Saint-Tropez
Avec sa compagne, ils ont une petite fille de 6 ans et sa demi-soeur de 11 ans. Les longues navigations ne sont plus – ou moins – à l’ordre du jour. « J’ai créé mon entreprise pour l’entretien et la réparation de bateaux à l’île de Ré et La Rochelle. Et j’ai passé un diplôme qui me permet de skipper des bateaux de 12 mètres en France, car le Yachtmaster n’y est pas reconnu. Cet été, je skippe un bateau pour un groupe de musique, Planet Waiky. On part de La Rochelle et on va d’île en île, en Bretagne sud. On débarque les enceintes, les grattes, etc., les musiciens jouent et on reprend la route. » Le prochain embarquement sera pour les Voiles de Saint-Tropez, en octobre, où il régate depuis plusieurs années sur un bateau en bois centenaire. Car, s’il aime le large, Hugo Maris aime aussi la vitesse.
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