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Agriculture - Viticulture

Uniré met en avant ses bonnes pratiques agricoles

En juillet 2018 lors d’une animation pour contrôler la pulvérisation. Le pulvérisateur évite 90% de dérive. © Uniré
Publié le 19/03/2020

Une fois de plus il a suffi d’une étude* pour mettre le feu aux poudres…. Plutôt que de se faire l’écho brut de statistiques peu compréhensibles sans décodage, Ré à la Hune a rencontré longuement la coopérative Uniré, afin de découvrir et comprendre ses pratiques. Nous avons aussi demandé son avis au président de Ré Nature Environnement, Dominique Chevillon, dont les engagements naturalistes ne font pas de doute.

Christophe Barthère, directeur d’Uniré et Jérôme Poulard, technicien cultures qui suit de près et contrôle tous les pratiques agricoles des adhérents de la coopérative, déplorent la mise sur la sellette de la coopérative rétaise, sans même que leurs accusateurs ne prennent la peine de les rencontrer. D’autant qu’ils jouent la transparence – ils sont d’ailleurs bien conscients que chaque exploitant doit aussi davantage communiquer auprès du public – et rappellent qu’Uniré, acteur important de l’agriculture rétaise, n’en est pas le seul.

Une vraie prise de conscience, un IFT en forte baisse

Ré à la Hune les a rencontrés à deux reprises, ainsi que Dominique Chevillon, qui livre également son analyse (lire ci-contre). Le sujet est complexe, les explications – chiffres et graphiques à l’appui – sont convaincantes : Uniré s’est engagée depuis plusieurs années dans une démarche vertueuse dont l’aboutissement sera elle l’espère la certification Haute Valeur Environnementale niveau 3 d’ici à 2025. Les résultats obtenus et les pratiques déjà mises en place attestent d’une vraie prise de conscience et de l’impulsion forte donnée par la coopérative rétaise. « Les cartes des quantités moyennes d’achats de substances pesticides rapportées à l’hectare de surface agricole par code postal » ne veulent rien dire, dénonce d’emblée Jérôme Poulard, puisque le code postal concerné est celui du siège de l’exploitant. Or nombre d’exploitants travaillent des terres sur plusieurs communes, sur l’île de Ré ou non d’ailleurs.

« L’Indice de Fréquence de Traitement » (IFT) est le critère le plus intéressant à suivre. Il s’exprime en « nombre de doses de référence par hectare » appliquées sur une unité spatiale pendant une période donnée. « Un IFT correspond à un passage pour une cible sur un hectare ». Issus des cahiers de cultures des vignerons et producteurs de pommes de terre, ces données sont fédérées pour aboutir à une « moyenne Uniré pondérée par surface ». Celle-ci est ainsi passée de 15,02 en 2016 à 11,18 en 2019 pour les viticulteurs de la SCA Uniré**, alors que la moyenne pour la région Cognac en viticulture (référence régionale) est de 18,2. La moyenne Uniré sur la moyenne de la région Cognac en viticulture est ainsi de 61,43 %. Quant à l’IFT moyen des maraîchers (pommes de terre) d’Uniré il était de 4,21 contre 18,27 pour l’IFT moyen pomme de terre en France, soit un ratio de 23,04 % si l’on ramène l’IFT île de Ré à celui de la France.

La pose des diffuseurs de phéromones pour la confusion sexuelle, sur 480 hectares de vignes, mobilise chaque année en mars tous les vignerons adhérents d’Uniré.© Uniré

Outils d’aide à la décision et conseil

« Avec le plan Ecophyto 2018, nous avons diminué de 50 % les usages de produits entre 2016 et 2019, ce qui explique la baisse de notre IFT de 15 à 11 » explique Jérôme Poulard. « Nous avons compensé en ajustant les doses et en appliquant les traitements aux seules maladies qui le nécessitent, cela grâce à nos outils d’aide à la décision. Nous conseillons chaque adhérent au plus juste, s’il n’y a pas besoin de traiter ils ne traitent pas ». Pour cela des parcelles témoins, non traitées, permettent de suivre au plus près les évolutions et apparitions de maladies et de vérifier s’il y a ou non besoin de traiter. Christophe Barthère explique aussi l’augmentation des achats de pesticides en 2018 par celle annoncée au 1er janvier 2019 de la redevance pour pollutions diffuses : « les exploitants ont stocké, cela ne veut pas dire qu’ils ont utilisé plus de pesticides. Uniré a fortement baissé l’utilisation de CMR – produits ayant des effets cancérogènes, mutagènes ou toxiques – depuis 2 0 1 1 / 2 0 1 2 » affirme-t-il, graphiques à l’appui et « on est passés de 2 (en 2009/2010) à environ 0,2 traitements (en 2 0 1 8 / 2 0 1 9 ) insecticides par vignoble, de façon continue… En 2020, on ne vend plus de CMR, on n’en veut plus dans nos vignobles. ». Les insecticides non utilisés sont récupérés par Uniré qui les remet dans la filière des produits phytosanitaires non utilisables.

480 hectares en « confusion sexuelle »

Le développement du procédé de la « confusion sexuelle » depuis 2010/2011 – pour lequel Uniré a été leader en Charente-Maritime – n’est évidemment pas étranger à ces évolutions. Il consiste en la mise en place dès la mi-mars de diffuseurs de phéromones qui saturent l’air et empêchent le mâle de trouver la femelle, donc les accouplements, la ponte de papillons et de chenilles. Durant quelques jours tous les adhérents se mobilisent pour poser cinq-cents diffuseurs à l’hectare, ce qui prend 1h20 mn par hectare. Chaque vigneron doit fournir la main d’oeuvre pour la pose de l’équivalent de diffuseurs que nécessite leur exploitation, ceci afin d’éviter les distorsions entre adhérents.

Cette pratique utilisée dans le vignoble champenois a été expérimentée de façon rapidement concluante en 2010/2011 à Rivedoux, puis élargie à Sainte- Marie, Ars, Saint-Clément, autant de communes « toutes en confusion » en 2013/2014. Saint-Martin, La Couarde et le Bois ont dû attendre 2015 pour que tout leur vignoble soit en confusion sexuelle, une fois éradiquée la flavescence dorée, maladie de la vigne qui nécessitait l’utilisation d’insecticides. Ainsi la surface de vignobles en confusion sexuelle est-elle passée de 25 hectares en 2010/2011 à 480 hectares depuis 2015/2016. Après avoir reçu une subvention de la Communauté de Communes les premières années d’expérimentation, Uniré finance désormais le coût de 55 000 €, refacturé aux vignerons. « L’île de Ré est précurseur en Charentes est la seule dans la Région à traiter ainsi la totalité de son vignoble, nous avons contribué à exporter le procédé sur Oléron via la CdC de l’île d’Oléron » précise Uniré.

Autre action forte menée par Jérôme Poulard, le suivi et le conseil qui émet auprès de ses adhérents « un avertissement agricole par semaine sur les bonnes pratiques », vérifie l’absence de résidus de produits sur le raisin et tient un « cahier de culture » par adhérent avec droit de regard de la coopérative. « On voit ce qu’ils ont fait et on leur dit ce qu’il faut faire ».

Vers la certification « Haute Valeur Environnementale » niveau 3

Beaucoup de producteurs d’Uniré utilisent désormais un matériel de pulvérisation avec panneaux confinés et récupérateurs, qui évite les dérives. « Selon le ministère cela évite près de 90 % de perte de produits, qui ainsi vont uniquement dans la vigne et ne se diffusent pas dans l’environnement » assure Christophe Barthère. Une bonnepartie de la bouillie est ainsi récupérée. Uniré prévoit aussi d’investir prochainement dans quatre aires de lavage devant permettre de nettoyer le matériel à vendange et les pulvérisateurs et récupérer les fonds de bouillie ensuite retraités en circuit fermé. Elle travaille sur ce dossier en collaboration avec la Communauté de Communes de l’île de Ré et va déposer les demandes préalables et permis d’aménager de terrain.

Uniré entend aller plus loin et vise la certification Haute Valeur Environnementale 3 (HVE) d’ici à 2025, de plus en plus demandé par les clients de la coopérative : en mars 2020 deux producteurs devraient déjà être à ce niveau 3. Cette certification concerne quatre axes principaux : la pulvérisation maîtrisée, la mise en conformité aux bonnes pratiques environnementales et aux exigences de l’Etat en matière d’utilisation d’engrais, le respect de la biodiversité avec le maintien d’une certaine surface en haies, bosquets, lisières, enherbement, vignes, etc. et la gestion de la ressource en eau afin de ne pas irriguer n’importe quand et n’importe comment.

Vers la plantation de cépages résistants ?

Enfin, Uniré s’intéresse de près aux cépages résistants, en concertation avec « Les Vins du pays charentais », qui devront entériner la démarche. Des essais seront faits en 2020, le processus s’inscrit dans le moyenlong terme puisque ces cépages devront être validés au plan gustatif, recevoir l’appellation des « Vins de pays charentais », avant de faire l’objet de nouvelles cultures permettant de découvrir leurs points faibles. Il faudra ensuite trois ans pour produire le premier raisin et quatre à cinq vinifications avant de le destiner à la consommation. Une parcelle test est envisagée à Sainte- Marie en 2021.

Autre sujet sur lequel Uniré a été récemment montrée du doigt par Action environnement, une association maritaise qui en a ramassé plusieurs tonnes : les plastiques nombreux qui restent à terre à proximité des vignes et polluent l’environnement rétais. « C’est regrettable que les vignerons concernés ne ramassent pas leurs plastiques, nous ne leur en fournirons plus et nous allons les responsabiliser » explique le directeur d’Uniré. « Par ailleurs, nous faisons des essais à titre expérimental de paillage en chanvre compressé biodégradable ».

Dernière action et non des moindres, Uniré souhaite que les exploitants agricoles rétais communiquent davantage avec le public, afin d’expliquer l’ensemble de ces bonnes pratiques.

 

*Etude de Nature Environnement 17, largement médiatisée par Jean-Marie Bourry qui nous a envoyé dès l’automne dernier un mail alarmiste. Nous avons souhaité prendre le temps de l’analyse…

** IFT herbicides, fongicides, insecticides, chimique et biocontrôle.

Nathalie Vauchez

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