Activités primaires

Agriculture durable

Anthony Guilbeau dans sa vigne

Une vision rajeunie de l’agriculture rétaise

Anthony Guilbeau, jeune viticulteur du GDAD
Publié le 11/04/2014

À la demande de viticulteurs et de maraîchers, individuels ou en groupe, adhérents d’UNIRE ou indépendants, est né en décembre 2013 le GDAD (Groupement de Développement pour une Agriculture Durable sur l’île de Ré), association loi 1901, laquelle compte déjà dans ses rangs une cinquantaine d’exploitations rétaises.

Sa présidente, Carole Bénard Pardell, précise que « si le GDAD est une initiative d’UNIRE, la Communauté de Communes de l’île de Ré a salué cette démarche associative qui lui permet désormais d’avoir face à elle un interlocuteur agricole fédérateur d’un grand nombre d’agriculteurs rétais, représentés dans chaque commune par un référent ». (Voir encadré.) L’objectif du GDAD est à court terme la remise en culture des terrains à l’abandon ainsi que leur valorisation économique et environnementale. Pour cela, les agriculteurs les plus jeunes et expérimentés réfléchissent aux moyens de rassurer les retraités agricoles et les propriétaires pour qu’ils leur transmettent des terrains et des droits de plantation. Parmi eux, les plus techniques du groupement expérimentent des conduites de culture ouvertes à des visions différentes de l’agronomie et de la protection des cultures ; les plus optimistes coordonnent et conduisent des actions de prévention et de lutte contre les prédateurs des cultures et recherches les moyens fi nanciers nécessaires à la réalisation de ces actions.

La confusion sexuelle menacée ?

Parmi les actions en cours figure la confusion sexuelle en alternative aux insecticides. Elle est aujourd’hui pratiquée par 102 participants dans 7 communes de l’île, sur une superficie de 375 hectares, soit 70% du vignoble rétais. À ce propos, Carole Pardell rappelle que « cela signifi e que les traitements insecticides sont prohibés sur ces terres. Mise en place en 2011, la méthode obtient de très bons résultats mais elle a certaines contraintes. Elle se doit d’être collective et elle n’est effi cace que sur des îlots de vigne d’un seul tenant. Elle est par ailleurs onéreuse. En effet, elle représente un budget de 79 545 € auquel participent exploitants, communes et CdC. Si cette dernière a récemment voté une subvention de 60 000 € à cet effet sur le budget de l’écotaxe, elle annonce l’arrêt de ce financement dès l’année prochaine. Autant dire que cette décision ne sera pas sans conséquence. Car sans cette aide c’est condamner une méthode alternative qui fonctionne, et c’est le retour assuré à l’utilisation des insecticides chez la plupart des viticulteurs. Alors, plutôt qu’un arrêt brutal des subventions, nous souhaiterions une diminution progressive de la participation de la CdC ».

« Nous refusons d’être catalogués de pollueurs »

Viticulture

Anthony Cordon et Carole Pardell
installant les capsules de phéromones.

Devoir abandonner la confusion sexuelle faute d’aides suffisantes, ne serait-ce pas aller à l’encontre du plan Ecophyto 2018 mis en place par le ministère de l’Agriculture suite au Grenelle de l’Environnement ? Un plan dont la finalité vise à réduire de 50% l’usage des produits phytosanitaires en agriculture à l’horizon 2018. Dans l’optique Ecophyto, en collaboration avec la Chambre d’agriculture, les viticulteurs du GDAD expérimentent le projet « Optidose » dans la lutte contre le mildiou et l’oïdium. La démarche consiste à adapter les doses d’intrants non plus en fonction de la dose d’homologation mais en fonction du développement dela végétation et de la pression de la maladie. Et les résultats sont là : en 3 ans, on observe une diminution de 33 % des achats de fongicides. De même, dans l’objectif de diminuer les intrants, les viticulteurs du GDAD ont investi dans du matériel spécifique à la démarche comme des pulvérisateurs face par face (réduction de la dispersion du produit dans l’air et optimisation de la dose) et des interceps pour le désherbage mécanique. Résultat : on observe pour ces 3 dernières années une diminution de 23% des achats d’herbicides.

Où en est-on du Bio ?

Sur la commune de Sainte-Marie, 5 viticulteurs ont converti une partie de leurs vignes en agriculture biologique. Mais au-delà de la remise en question des pratiques culturales qu’impose l’agriculture biologique, ils dénoncent « le morcellement, l’éparpillement des vignes. Ne pas pouvoir constituer de grands îlots homogènes du fait de terrains à l’abandon et de friches est un obstacle au développement du bio et d’une agriculture dynamique et durable dans l’île ».

Prendre du foncier en charge pour que les vocations viticoles et maraichères demeurent

«SAGITERRES » (Société pour l’Acquisition et la Gestion Immobilière de TERRES agricoles rétaises) est née le 19 décembre 2013. L’objet social de cette société civile est l’acquisition, la prise à bail, l’exploitation de tous biens agricoles, soit directement, soit par voie de fermage ou de métayage, de mise à disposition de la société de biens dont les associés sont propriétaires ou locataires, afi n d’y pratiquer tous types de culture et plus particulièrement celle de vignobles, de production de raisin et de production de pommes de terre. Concrètement, SAGITERRES peut dès à présent acheter ou louer des vignes sans repreneur ni exploitant. Elle peut également acheter ou louer des terres pour la production de pommes de terre. « La finalité étant de prendre du foncier en charge afin de s’assurer que celui-ci garde sa vocation viticole ou maraichère » précise Carole Pardell.

Et le lapin ?

Concernant la protection des cultures contre le lapin de garenne, le GDAD a, pour 28 exploitations concernées, 18 ha de vignes et une exploitation arboricole à protéger, sollicité une demande de subvention de 42 545 € auprès de la CdC. Les membres du groupement regrettent que cette demande ait été rejetée par les élus communautaires « alors qu’ils allouaient dans le même temps 80 000 € aux ACCA et 400 000 € aux diagnostics environnementaux faune et flore ! ».

Une première nationale en Ré : un observatoire agricole de la biodiversité

En étant des acteurs majeurs de la préservation et de la restauration de la biodiversité, les agriculteurs participent à la durabilité des systèmes agricoles. L’OAB (observatoire agricole de la biodiversité) est le 1er projet national qui implique des agriculteurs dans l’observation et la création de références sur la biodiversité en milieu agricole. L’OAB a pour vocation de renseigner une base de données scientifique permettant de tracer les tendances globales à long terme et d’évolution de la biodiversité ordinaire en milieu agricole ; de sensibiliser et d’accompagner les acteurs impliqués. Sont abordés : le problème de la pollinisation à travers les protocoles « abeilles solitaires » et « papillons », lesquels sont d’excellents indicateurs de l’état d’un milieu à l’échelle d’un paysage ; celui de la fertilité des sols l’est à travers le protocole « vers de terre » ; et la question de la lutte contre les ravageurs par celui des « invertébrés terrestres », dont les limaces et les carabes.

 

Les référents communaux

Les Portes : Dominique Morel ; Saint-Clément : Jean-Jacques Enet ; Ars : Jérôme Bertin ; Loix : Pascal Lemoine et Francis Vion ; Le Bois-Plage : Jonathan Henry ; La Couarde : Paul Brullon ; La Flotte : Eric Mounier et Romain Canteau ; Sainte-Marie : Anthony Cordon ; Rivedoux : Harald Lesaigle

Jean-Pierre Pichot

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