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Un jardin pour s’évader
Pour son premier documentaire, Jardins intérieurs, Olivier Gil a posé sa caméra dans les jardins de la Maison centrale de Saint-Martin de Ré. Portraits de détenus en jardiniers.
« Je me demande si je n’ai pas accepté ce projet avec la même insouciance que ces vacanciers à vélo qui longent sans le savoir un pénitencier vieux de trois siècles pour rejoindre le port de plaisance » se demande Olivier Gil dans le dossier de presse du film. Ingénieur du son de son métier, Olivier Gil, installé à Loix depuis 2018, a décidé de lever le pied sur les tournages internationaux lorsqu’il est contacté par un enseignant de la Maison centrale de Saint-Martin : on lui propose d’accompagner les détenus dans la réalisation de tutoriels autour d’ateliers de permaculture. Pascal Dupas, coordinateur du programme « Alimentation, sport et santé », est à l’initiative d’un dispositif qui associe ces derniers avec des ateliers de cuisine et des consultations en diététique. Rapidement, Olivier perçoit le potentiel du sujet. « J’ai eu envie de rendre compte du contraste entre l’aspect minéral et gris des bâtiments et le désordre végétal, vivant, coloré, qui règne dans les jardins. » Il obtient l’autorisation de filmer ateliers et consultations, et pendant deux ans, à raison de trois heures tous les quinze jours, il s’immerge en repérage avec sa caméra parmi les détenus qui se partagent quelques mètres carrés de terre meuble au milieu d’un paysage de béton.
Un film de rencontres
« C’est typiquement un film de rencontres », précise Olivier Gil. « Rien n’est écrit à l’avance, j’ai pris le temps d’entrer en contact avec les personnes, de me rendre disponible à ce que quelque chose advienne. » Quelque chose : une entente, une connivence entre le réalisateur et son sujet, qui s’entendent sur ce qui se cache derrière le geste en apparence anodin de « planter un chou ». « J’ai appelé le film Jardins intérieurs, pour dire que chaque petit jardin offre un accès privilégié à l’intimité de son propriétaire. » Devant la caméra, l’un des détenus témoigne du besoin qu’il avait d’amener de la couleur. Depuis la promenade, dans le désert minéral de la cour extérieure, son carré de jardin où dansent les cosmos est une oasis pour l’oeil. Un autre raconte que jardiner lui permet de maintenir le lien avec sa mère et d’entretenir ainsi une mémoire familiale. « Ce qui m’a touché, ce que j’ai eu envie de transmettre », raconte Olivier, « c’est la façon dont l’être humain, même dans un lieu régi par la contrainte, arrive à se ménager un espace de liberté où la poésie devient possible. » Le jardin, lieu-refuge, est un pas de côté hors de la violence quotidienne, qui rompt la monotonie des jours tous semblables, un espace où le temps s’écoule différemment.
Matière sensible
Petit à petit, de ces moments suspendus qu’il partage avec les détenus, Olivier voit émerger des personnages dont le propos raconte une histoire, celle d’une humanité préservée dans les conditions difficiles de l’incarcération. Mais le projet est fragile et peut à tout moment être remis en question : un détenu qui commet une faute grave et dont la participation au film est refusée, un autre qui décide de se dégager du projet, et tout le travail préparatoire d’Olivier Gil est remis en question. Lorsqu’en 2024, il obtient autorisations et financements, le tournage peut enfin commencer. Soutenu par Isabelle Neuvialle, de Pyramide Production, et en étroite collaboration avec Antoine Favre, chef opérateur et monteur, il suit la trajectoire d’une vingtaine de prisonniers, au jardin, dans leur cellule ou en rendez-vous avec la diététicienne. Du plein jour des terrasses aux néons des longs couloirs où chaque pas résonne, la caméra donne à voir un quotidien contenu en d’étroites limites, où seule la nourriture voyage : graines et semis viennent de l’extérieur, comme les ingrédients que chacun peut se procurer pour améliorer son ordinaire. Dans l’espace exigu de la cellule, les détenus trouvent encore assez de place pour une plaque électrique, un minuscule four, d’où sortira une pizza faite avec les « tomates du jardin », et c’est au tour de l’assiette de voyager d’une cellule à une autre en un geste d’immémoriale hospitalité.
« S’intéresser aux légumes en prison, c’est nécessairement s’interroger sur l’alimentation des prisonniers », remarque Olivier Gil. Incidemment, le film effleure les questions de santé physique et mentale, abordées lors des consultations de diététique. Obésité, diabète mais aussi troubles psychiques s’y manifestent, sans que le réalisateur s’y attarde sinon pour donner à sentir la condition des détenus. Il faut un an à Olivier et Antoine pour mettre en boîte quinze jours d’un tournage sur le fil, où chaque journée compte ; puis deux mois de montage, avant que le film ne soit montré au public.
En apesanteur
Une première projection a lieu le 7 novembre dernier, dans l’enceinte de la prison, devant une partie des participants au film. « J’avoue, j’étais inquiet », s’amuse Olivier rétrospectivement. « J’ai fait un film en apesanteur, je me disais que le rythme serait trop lent pour eux. » Mais la réaction des détenus le rassure. Pour l’un d’eux, il aurait pu durer une heure de plus, tant il était « bien devant les images ». « Ils ont sans doute apprécié la vision positive que le film donne d’eux, loin des clichés spectaculaires qui les accusent. Et la façon dont il rend compte de la complexité de leur vie. » Le lendemain soir, la Maline en accueillait l’avant-première, devant 165 spectateurs. Les échanges à l’issue de la projection ont permis aux représentants du personnel, présents dans la salle, de participer au débat, ajoutant ainsi une parole de terrain à celle, plus technique, de l’équipe du film. L’avenir de Jardins intérieurs se joue désormais dans les festivals internationaux, à Toronto, Thessalonique, Bruxelles ou Biarritz. Il sera programmé à Loix le 20 mars par le Radeau de la Méduse. TV7 Bordeaux en proposera également la diffusion dans le courant du premier trimestre 2026. Autant d’occasions de voir ou de revoir ce documentaire qui rend hommage à la poésie du genre humain, fragile et obstinée comme une dentelle végétale sur le mur d’une prison.
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