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Sur les traces du couple Cognacq-Jaÿ
Le mythique magasin de La Samaritaine, dont le fondateur est né à Saint-Martin de Ré, ouvrira ses portes en avril 2020 à Paris, après quinze ans de travaux. Michel Gaudin, historien, a fait paraître dans ce contexte un ouvrage très documenté sur la success story du couple Cognacq-Jaÿ.
Michel Gaudin a donné, le 21 janvier, à La Rochelle, dans les locaux des Archives Départementales de Charente- Maritime, une conférence sur l’histoire du couple Ernest Cognacq- Marie-Louise Jaÿ. Basé sur l’énorme travail de recherche que Michel Gaudin a effectué durant sept ans dans les archives nationales, départementales et familiales son ouvrage « La vie Samaritaine des Cognacq- Jaÿ », publié en 2019, retrace la vie du couple depuis les origines de chacun, moins modestes qu’on ne l’a parfois dit.

Des informations inconnues
L’ouvrage réfute un certain nombre d’idées reçues. Par exemple, Gabriel, petit-neveu d’Ernest, qui prendra leur suite à la Samaritaine, n’a jamais été adopté légalement. Ernest n’était pas totalement démuni lorsqu’il a créé le futur grand magasin dans l’annexe d’un café de la rue de la Monnaie à Paris. Il avait hérité de sa mère, de son oncle Théodule Button et un peu de son père, une somme qui globalement s’élevait à 15 430 € et sa soeur lui vint en aide lui prêtant 10 000 € pour payer la première location.
Michel Gaudin a découvert, dans les archives familiales des informations inconnues jusque-là, qui lui ont permis de reconstituer la véritable vie du couple. Dans l’attelage qu’ils forment et qui les conduira à la réussite, Ernest vendeur hors pair, s’occupe des tissus et Marie-Louise de la confection. Or c’est le rayon confection et le catalogue réalisé par Marie-Louise qui feront le succès de la Samaritaine. Marie-Louise est le pilier sur lequel Ernest se reposera pour donner libre cours à son tempérament de vendeur et à ses aspirations. Vendeuse à « La Nouvelle Héloïse », Marie-Louise progresse de poste en poste, se formant au contact chic de la clientèle d’« Au Coin de Rue », s’imprégnant des méthodes de vente et de fonctionnement qui lui feront édicter pour La Samaritaine les critères suivants : faibles marges, réinvestissement des bénéfices, réduction des frais généraux et la devise « le vêtement élégant à la portée de tous ». Michel Gaudin donne au personnage de Marie-Louise une dimension qui va au-delà du personnage d’avare qu’on lui confère généralement.
Sensible à la modernité, La Samaritaine est le premier grand magasin à posséder une succursale à l’étranger et Marie Louise, qui croit dans le développement des loisirs, instaure des rayons de vêtements pour la bicyclette et le ski. Avançant en âge, les deux protagonistes font de plus en plus de choses ensemble même si chacun a son domaine de prédilection : les oeuvres philanthropiques pour madame et l’art pour monsieur. L’ouvrage aborde longuement le développement immobilier de La Samaritaine. Bien avant LVMH, Ernest avait une vision grandiose de l’emplacement que son grand magasin devait occuper !
La vie Samaritaine des Cognacq-Jaÿ : Michel Gaudin – Éditions La Dame aux Oies – 536 pages, 26 €
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