Artisanat

Portrait - Métier

Soane Tauataina Paninia, artiste tatoueur polynésien

En fonction de la réalisation, le tatouage peut se faire en plusieurs fois et s’étaler sur six mois
Publié le 09/11/2021

Originaire de Wallis et Futuna, petite île polynésienne dans le Pacifique Sud, Soane s’est installé à La Flotte il y a quelques mois, après avoir eu un gros coup de coeur pour l’Ile de Ré. Il y exerce son art : le tatouage d’inspiration Maori, Wallis, Samoa… au design unique.

Historiquement, la culture polynésienne n’a pas d’écriture. Les Polynésiens utilisaient donc l’art du tatouage, riche en signes distinctifs, pour exprimer leur identité et leur personnalité. Les tatouages indiquaient leur statut et leur rang dans une société hiérarchisée ainsi que la maturité sexuelle ou la généalogie. Presque tout le monde dans l’ancienne société polynésienne était tatoué. Parmi les symboles et significations de ces tatouages, on distingue : le Tiki (un être mi-dieu mi-homme), le coquillage symbole de longévité et de paix, la tortue (force et protection), le soleil (grandeur et prospérité), l’océan qui renvoie à la vie et la fertilité mais aussi l’au-delà, la pointe des lances (combativité et courage)…

Cette pratique ancestrale du tatouage perdure et les nouvelles générations, à l’image de Soane, continuent de la perpétrer. Dans son village de Aka-Aka, il réalisait déjà des tatouages à l’âge de treize ans auprès de sa famille ou ses camarades de classe et il adorait ça !

Une passion plus forte que tout… qui deviendra son métier

En 1999, il part en Nouvelle Calédonie pour débuter des études culinaires en école hôtelière tout en continuant à assouvir sa passion du tatouage. Les nombreux voyages qu’il a effectués grâce à son métier de cuisinier (Nouvelle Zélande, Tahiti, Australie, Fidji, Wallis…) lui ont permis de découvrir bon nombre de cultures. En 2001, il débarque en France, où il tatoue toujours en parallèle de son activité professionnelle. C’est en 2004 qu’il décide de se lancer comme tatoueur professionnel à Paris. Suite à quelques déconvenues et mauvaises expériences auprès de différents tatoueurs parisiens, il décide de faire des tatouages à son domicile. Et c’est en 2005 qu’il est contacté par l’une des plus grosses boutiques parisiennes : Abraxas. Pendant son expérience auprès de Loïc d’Abraxas, il réalise la dureté de ce métier. « On a tendance à limiter le tatouage à l’action de tatouer sans prendre conscience du réel investissement personnel que cela implique », nous confie Soane. En 2006, toujours aussi motivé, il décide d’ouvrir son premier salon en région parisienne. A partir de là, il consacre tout son temps à son art, le tattoo polynésien et à faire évoluer son niveau et sa technique. En 2010, travaillant déjà beaucoup, il ouvre un deuxième salon, à Biarritz cette fois. Entre Paris et le Pays Basque, il fait déjà quelques haltes en Charente- Maritime… Puis en septembre 2011, il s’installe avec sa famille sur l’Île de Pâques, dont est originaire son épouse.

Une nouvelle page

C’est en venant tatouer à La Rochelle de nombreux joueurs de rugby, qu’il a découvert l’Ile de Ré. C’est grâce à Uini Atonio, le pilier le plus massif de l’effectif du Stade Rochelais, né en Nouvelle-Zélande et fils de Samoa, son client et ami, qu’il passe le Pont pour aller déguster un repas chez Julien Thobois, restaurateur réputé du Port flottais. Là, la magie de Ré la blanche opère. Un coup de foudre immédiat pour ce territoire lui fera rapatrier femme et enfants pour s’installer définitivement à La Flotte.

Quelque peu intrigués par ce nouveau commerce qui a pris place dans la Zone Artisanale de la Croix Michaud, les riverains et passants sont curieux de savoir de quoi il retourne à l’intérieur. Ses clients viennent de toute la France, mais aussi de l’étranger avec notamment ce Coréen qui vit à Londres et qui se déplace régulièrement chez Soane. Alors de de quoi s’agit-il ?

Pas un artisan mais un artiste

Tout simplement de l’art. Ce trentenaire consacre toute son énergie à sa passion. C’est un artiste qui ne fait pas de tattoo minute. Pour lui, chaque pièce est unique et doit être construite au préalable ensemble, entre l’artiste et la personne qu’il rencontre, à son écoute et en toute confiance. Soane met une partie de lui-même dans chacune de ses créations. Pour donner vie aux motifs polynésiens qu’il imagine, il utilise une encre très noire, full black, à base d’hamamélis, une plante hypoallergénique. Quand le rendez-vous est programmé, il y a tout d’abord le temps du dialogue et du dessin puis vient celui du tatouage. Ces deux phases peuvent être espacées entre trois et quatre heures. Cet esprit perfectionniste réfléchit à l’assemblage des motifs pour créer les plus belles harmonies possibles. Des traits que l’on peut voir sur son compte Instagram, sa page Facebook où se mélangent les tatouages fraîchement réalisés sur un bras, un dos, une jambe…

Au-delà de son métier-passion, Soane a aussi un rôle culturel puisqu’il transmet, comme un ambassadeur de sa civilisation, son savoir-faire.

Wallis Maori Tattoo – Soane Tauataina Paninia 06 44 33 00 18 soanetattoo@gmail.com www.soanetattoo.com

Florence Sabourin

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