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Romain Pedurant, de A à sel
Romain Pedurant est saunier à La Couarde. Passionné et bosseur, il a opté pour le statut d’indépendant. En 2016, il a créé son entreprise, PickSel, pour gérer son produit de la récolte à la vente.
Romain Pedurant, 42 ans, se sent « privilégié ». Dans son marais salant à La Couarde, mi-mars, l’heure est à la remise en état de ses soixante carreaux, ainsi qu’à l’entretien des abords du site, à la tonte et au désherbage. « J’ai une chance incroyable de travailler dans ce cadre, au milieu de la nature », savoure ce natif de Savoie. Dans quelques semaines, il remettra « l’eau en route » dans les circuits du marais. « Quand l’eau sera assez concentrée – fin mai début juin si la saison démarre bien – ce sera parti pour récolter le gros sel et cueillir la fleur », explique le producteur indépendant. Jusqu’en septembre, il sera dans le marais, sur les marchés et à la livraison. L’été, le saunier ne compte pas ses heures. « Ce sont des moments vraiment très chouettes. Il ne faut rien lâcher mais la charge de travail ne me fait pas peur.»
Sportif et Savoyard
On peut dire que Romain Pedurant a l’esprit combatif. « J’ai toujours été sportif, Quand j’étais jeune, je faisais du tennis, du volley et du foot en compétition. J’ai aussi joué au hockey », sans oublier le ski qu’il pratiquait dans ses montagnes natales. Et c’est grâce au sport, justement, qu’il débarque à l’île de Ré à 18 ans, pour travailler en tant qu’animateur sportif en village vacances. A l’époque, il habite à Poitiers, où il rentre fin août pour suivre une fac de sport. Un été, il répond à une annonce pour récolter du sel. « Ça m’a plu tout de suite, car c’est un travail où il faut être en forme physiquement, dans un cadre magique au contact avec la nature. » Il n’en faut pas plus, le jeune homme est piqué. Sa licence en poche, il s’installe à l’île de Ré. Il profite des hivers pour valider un CAP menuiserie puis passe un an chez les Compagnons du devoir. L’été, il est au marais.
Rapidement, l’idée germe de devenir producteur de sel indépendant. « Le métier de saunier peut vite être redondant », glisse-t-il. « J’avais envie de de suivre mon sel de A à Z, de la récolte à la vente, d’aller au bout du processus. » En 2016, Romain Pedurant reprend « un petit marais de vingt-huit carreaux à La Couarde ». Il réfléchit au nom de son entreprise et à son logo. Ce sera finalement PickSel, dont l’identité et le visuel font référence à ses origines montagnardes. « Je voulais créer une marque qui me ressemble et qui me différencie des autres ».
Partir d’une feuille blanche
En 2022, il décide de s’installer sur un nouveau marais, de soixante carreaux, toujours à La Couarde. « Il n’y avait pas eu de trace de sel ici depuis longtemps, peut-être depuis les années 1960. Tout était à refaire, à la main. Je suis parti d’une feuille blanche avec une pelle en bois. Mais j’ai été aidé par l’association des étangs et des marais. » En parallèle, en 2023, il valide un BPREA option saliculture en candidat libre, « surtout pour me challenger ».
Esat et visites
Pendant huit ans, Romain Pedurant récolte, ensache et vend son sel sur le marché. L’emploi du temps est chargé, « mais ça me plaît ». La partie chronophage, c’est le conditionnement. « L’ensachage me prenait entre trois et quatre heures par jour. » Mais depuis 2024, il délègue cette partie à Iris, une entreprise adaptée de Périgny, et à un Esat (Etablissement et service d’accompagnement par le travail). « Ça se passe très bien », savoure-t-il. « J’aimerais qu’ils viennent voir mon marais. »
Ce temps libéré, Romain Pedurant le consacre en partie à la prospection et à la distribution. « Je vends 40 % de ma production sur l’île de Ré, sur le marché, à la Bio Coop, dans des épiceries et à des restaurateurs. Sur le continent, je livre dans un rayon de 80 kilomètres et parfois jusqu’à Poitiers. Je rencontre beaucoup de monde, c’est super enrichissant. » Il apprécie aujourd’hui une « clientèle fidèle » qu’il juge comme « un bon gage de reconnaissance. Ça fait dix ans que je suis installé, le travail paie ». Quand le produit part plus loin – en Belgique ou aux Etats Unis par exemple – « je fais appel à un transporteur », rapporte celui qui propose également de la vente en ligne. « Mon site internet est un vrai support, qui me donne de la visibilité et où je parle de mon métier. » Accro à « la magie du sel », Romain Pedurant prend le temps de transmettre, de vive voix, savoir et passion : l’été, il assure des visites quotidiennes de son marais et il accueille des séminaires d’entreprises, en collaboration avec Destination île de Ré.
Le hangar, « ça va tout changer »
Pour la deuxième année, Romain Pedurant embauche une personne à temps plein l’été. « En septembre on souffle un peu, la production est faite. Puis, il y a le charroi. » Il doit alors assurer la logistique du gros sel, qu’il qualifie de « gigantesque. Il faut un tracteur, une remorque, pouvoir stocker le matériel l’hiver et avoir de la place pour mettre la production à l’abri ». Depuis 2016, « je bidouille. J’en ai un peu à droite à gauche, chez des amis. Beaucoup de gens m’aident, il y a une super entraide, car le foncier est compliqué ici ». Afin de gagner en temps et en efficacité, mais aussi pour sécuriser son entreprise, le saunier a cherché, « pendant six ans », un emplacement où installer un hangar. Finalement, « la mairie de La Couarde m’a proposé un terrain ». Alors, cet hiver, il s’est attelé à la construction du bâtiment. Objectif : qu’il soit opérationnel avant le lancement de la saison.
Le nouveau site de stockage va surtout lui permettre de sécuriser des stocks tampons, pour compenser les mauvaises années et gagner en stabilité dans ses ventes. « Ça va tout changer. Je vais pouvoir mettre ma production et mon matériel à l’abri, au même endroit. C’est un investissement nécessaire pour pérenniser mon entreprise, pour gagner en qualité et en confort de travail », apprécie-t-il. Par ricochets, cela devrait lui permettre de se dégager un peu de temps pour revenir vers le sport. « Quand je peux, je fais du surf et du skiroue. C’est comme du ski de fond mais sur les pistes cyclables », sourit-il, rattrapé par son côté savoyard. Pourtant loin de l’altitude, Romain Pedurant résume, serein : « la mer m’apporte autant que la montagne. Et l’essentiel, c’est d’être bien là où on se trouve. Pour ça, j’ai une chance incroyable ».
Laboratoire, séchoir et fumoir
Romain Pedurant récolte, sur ses 60 carreaux, « jusqu’à 50 tonnes de gros sel et 5 tonnes de fleur les grandes années ». Dès le début de PickSel, il installe un laboratoire. « J’ai aussi un séchoir solaire et je travaille avec un copain, Fredo, poissonnier du village, qui a un fumoir. Je propose de la fleur de sel aromatisée au piment d’Espelette, fumée au bois de hêtre, du sel gravlax pour les poissons. Ou encore du sel omegasio, avec des graines de lin et de tournesol qui viennent d’un producteur de Charente-Maritime. »
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