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- De la conchyliculture à la baignade
Protection des eaux côtières : « harmoniser est capital »
Les premières assises nationales de la qualité des eaux côtières étaient organisées à La Rochelle, mardi 23 juin. Les échanges de la journée, entre les professionnels de la conchyliculture, les responsables de labels et les chercheurs ont conduit à la rédaction de l’Appel de La Rochelle.
Apporter une réponse collective à un problème global qui touche aussi bien les filières conchylicoles que touristiques, d’un point de vue sanitaire, environnemental et économique. Tel était l’enjeu des premières assises nationales de la qualité des eaux côtières, mardi 23 juin, co-organisées par Philippe Le Gal, président du Comité national de la conchyliculture et Sophie Panonacle, députée de la Gironde, présidente du bureau du Conseil national de la mer et des littoraux. Des données existent, des réseaux de surveillance aussi mais les acteurs présents – élus, professionnels de la mer et de l’assainissement et chercheurs -, s’accordent sur l’importance de mieux travailler ensemble.
La conchyliculture se place en sentinelle
Le Comité national de la conchyliculture se place en sentinelle de surveillance des eaux côtières car en cas de pépin, leurs coquillages sont les premiers touchés. L’alarme a été tirée à la suite de la contamination du bassin d’Arcachon par un norovirus en 2023, entraînant des pertes économiques « importantes et persistantes », rapporte Olivier Laban, président du comité régional de la conchyliculture d’Arcachon-Aquitaine. A la suite de cette crise, le CRC a lancé un observatoire Oxyvir et un réseau de surveillance destiné à anticiper les contaminations, afin de « connaître en temps réel le statut sanitaire de nos productions dans un objectif zéro malade ».
Penser un réseau de surveillance virale
L’enjeu, pour les conchyliculteurs, est d’être alertés en amont de la contamination afin de mettre les coquillages à l’abri dans un délai très court. Tout cela demande du temps et des moyens matériels et financiers. « Oxyvir est un premier pas », concède Laetitia Jourdan, co-directrice de Rivages Pro Tech – Suez. Mais elle plaide pour un outil permettant de « tracer l’origine du virus », de « caractériser les sources de contamination pour mettre en place un modèle prédictif ». « Nous menons des expérimentations sur le risque bactériologique », glisse-t-elle, en appelant à répliquer ce modèle sur le risque viral.
Joanna Ollivier, chercheuse à l’Ifremer, explique de son côté : « le norovirus est résistant aux traitements physicochimiques des stations d’épuration et persistant dans le milieu naturel. S’il arrive aux huîtres, il est déjà trop tard. Nous devons chercher en amont ». Et pour cela penser un réseau de surveillance virale à l’image de Remi, le REseau de contrôle Microbiologique, mis en place par l’Ifremer. Celui-ci estime la qualité microbienne des zones conchylicoles, grâce à 5 000 prélèvements par an, réalisés sur 400 points. Objectif : « identifier les zones à risque et travailler un système d’alerte précoce pour avoir les quelques jours nécessaires à la sortie des huîtres à terre ». Pour « gérer les crises, poursuit la chercheuse, il faut une collaboration entre les collectivités locales, les professionnels et les chercheurs ». « Les comités de rivières et la filière conchylicole partagent leurs informations », illustre Yann Bufferand, directeur du Cycle de l’eau à Auray Quiberon Terre Atlantique. Un profil de vulnérabilité conchylicole est ainsi établi, permettant « une lecture d’impact de nos actions. Les informations sont croisées avec Remi ».
Fabien Boileau, de l’OFB, insiste sur le « lien terre mer » et sur l’importance d’une « politique cohérente de recherche et d’action », tout en « améliorant les politiques publiques pour cibler les urgences ».
Eaux de baignade : « des données à foison »
« La baignade est le principal usage de la mer. Nous avons besoin d’uniformiser le système de surveillance de la qualité des eaux », plaide Christophe Le Visage, vice-président d’Eau et Rivières de Bretagne, qui a créé le label La belle plage. Il tire la sonnette d’alarme : « Nous avons commencé à cartographier la qualité des eaux de baignade, la situation ne s’améliore pas », regrette-t-il.
A ses côtés, Ghislain Fenouil, responsable national du Pavillon bleu, abonde : « Nous avons besoin d’un suivi sanitaire » des eaux de baignade, qui inclut « les paramètres chimiques et pas que ceux bactériologiques ». Le label Pavillon bleu est né en 1985 en France et existe aujourd’hui dans « cinq mille sites dans le monde, répartis dans cinquante pays ». « Mille huit cent soixante-seize plages du littoral français sont analysées chaque semaine par l’Agence régionale de santé (ARS) », reprend Christophe Le Visage. Il rappelle aussi aux baigneurs que la première des choses à faire pour connaître la qualité de l’eau est « de regarder l’affichage sur la plage ».
En parallèle, Bertrand Moquay, administrateur de la Fédération française des ports de plaisance (FFPP) et directeur du port de La Rochelle, explique : « la certification Port propre, française et internationale, se donne pour objectif d’aller au-delà de la loi. En France, sur cinq cents ports de plaisance, cent quarante sont certifiés et quatre-vingt-dix sont dans la démarche d’obtention de la certification ». La certification comprend des critères de bonnes pratiques de gestion « des eaux noires ou des huiles alimentaires », par exemple, mais aussi de « formation du personnel et d’information des usagers ».
« Nous collectons et nous avons des informations mais elles ne sont pas assez harmonisées », conclut Ghislain Fenouil. « Il existe des données à foison. Les harmoniser est capital. »
Les cinq axes de l’Appel de La Rochelle
A l’issue de la journée, un Appel de La Rochelle a été transmis à Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la pêche. Il résume les propositions émises en s’appuyant sur des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques. Il se décompose en cinq axes, chacun avec des propositions concrètes. Le premier, améliorer l’efficacité des réseaux d’assainissement des eaux usées. Par exemple : réaliser, conformément aux dispositions de la directive révisée relative aux eaux résiduaires urbaines, des études de risques sur les masses d’eau accueillant des usages sensibles, tels que la baignade ou la conchyliculture. Le deuxième : protéger et garantir la qualité sanitaire des coquillages. Exemple : créer un « Fonds de Garantie Conchylicole » abondé par une partie de la redevance perçue par les Agences de l’eau au titre de la lutte contre la pollution, visant à indemniser les entreprises conchylicoles contraintes, par arrêté préfectoral, de stopper leur production et leur commercialisation. Le troisième : défendre une bonne qualité des eaux de baignade. Exemple : conforter la surveillance en élargissant les paramètres suivis, les points de suivi et en prévoyant une fréquence régulière toute l’année (notamment le week-end), tout en veillant à connecter et coordonner les réseaux de surveillance déjà existants (eaux de baignade et eaux conchylicoles). Le quatrième : planifier et mieux communiquer. Exemple : mettre en place un dispositif d’alerte et de vigilance destiné au grand public, en lien avec les centres antipoison hospitaliers. Et enfin, cinquième point ; assurer un financement pérenne multisource, grâce notamment à une éco-contribution sur le principe du pollueur payeur.
« Ce document est le point de départ d’une mobilisation collective au service de la protection de nos territoires littoraux et de la pérennité de leurs activités conchylicoles, économiques et touristiques », conclut Sophie Panonacle. L’édition numéro 2 des assises et prévue : rendez-vous à Sète, en juin 2027.
Estuaire 2025 alerte contre la mégaferme de saumons
Le collectif Estuaire 2050 était présent, autour de Benoît Bite au, député européen de Charente-Maritime, mardi matin pour rappeler son op position « au projet mortifère » de mégaferme de saumon, porté par Pure Salmon, une entreprise basée à Singapour, et prévu dans l’estuaire de la Gironde. « Il met en danger l’estuaire mais aussi les nappes phréatiques du haut médoc », alerte Eric Bentz, porte-parole. « Il va nuire à la qualité des eaux de tout le bassin, y compris les îles de Ré et d’Oléron. »
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