Commerce

Réactions rétaises

Paquet de cigarettes à dix euros dès 2020 : quel avenir pour les buralistes ?

Tabac, jeux et bientôt succursale du Trésor Public.
Publié le 18/09/2019
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En écho au projet de réforme prévu par Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics de l’Etat, pour engager les buralistes à diversifier leur activité, nous avons interrogé plusieurs d’entre eux dans l’île de Ré, pour savoir ce qu’ils en pensent.

Un plan de transformation pour les buralistes

Annoncée pour 2020, la prochaine hausse du paquet de cigarettes qui atteindra le prix fortement symbolique de dix euros, risque de dissuader les fumeurs d’entrer dans un bureau de tabac… Sauf à y trouver, non seulement du tabac, mais aussi d’autres produits ou services très utiles au quotidien ! L’Etat encourage les buralistes à travers un important plan de transformation accessible aux 24 500 buralistes de France, doté d’un fonds de 20 millions d’euros par an sur quatre ans. Il est conçu pour répondre en priorité aux nouveaux usages et aux attentes actuelles des consommateurs, dans un contexte de baisse annoncée du marché du tabac.

Les CCI se mobilisent aux côtés des Buralistes pour les aider dans leur transformation

Objectif : permettre aux buralistes de réaliser, avec l’appui des experts des Chambres de Commerce et d’Industrie, un audit global de leur activité. Cette prestation est réalisée sur une courte durée (deux ou trois jours) et peut être prise en charge si le buraliste engage effectivement les actions suite au rapport remis. Enfin, l’Etat peut également accorder une aide financière qui couvre au moins 30% du montant du projet de transformation des bureaux de tabac dans la limite de 33 000 euros.

Dans le cadre de la convention signée le 12 février 2019 par leurs organisations nationales, les Présidents de la Chambre Syndicale des Buralistes et des deux CCI de la Charente-Maritime déclinent localement ce partenariat.

Informations recueillies par Nathalie Vauchez

Famille Marotte ou la reconversion continue

Ouvert tous les jours et toute l’année, bureau de tabac et relais FDJ, boutique de cartes postales, de souvenirs, et tant d’autres choses encore, l’affaire Marotte est sur tous les fronts.

-50% de volume

C’est la baisse estimée par Régis Marotte sur la vente de tabac, sur une période de dix à quinze ans. Et suite aux augmentations successives de prix, il précise que « le traficotage et la contrebande sont très préjudiciables », estimant cette dernière à environ 26%. Alors bien sûr, il n’a pas attendu la dernière circulaire pour songer à sa reconversion. Ou plutôt à sa diversification.

Timbres, etc.

En fait, chez Marotte, on trouve au fil du temps de plus en plus de choses. On ne fume pas (ou plus) ? On peut se fournir en timbres, postaux ou fiscaux (carte d’identité, passeport, mais aussi permis bateau ou titres de séjour). Depuis bientôt trois ans, on trouve ici sa baguette de pain et ses croissants du matin, mais aussi sa bière préférée parmi une belle sélection.

Et depuis ce printemps, on peut venir chercher son déjeuner. Sur une partie du magasin, Régis a aménagé une vraie cuisine et régale les alentours de petits plats fait maison avec des produits du marché. Il faut dire que c’était son premier métier.

Bientôt Trésorerie de substitution

Régis montre sans ambages la circulaire reçue récemment. Dans le cadre d’un plan de reconversion visant à compenser la perte financière liée à la baisse de vente de tabac, il lui est proposé de se substituer au Trésor Public pour l’encaissement de créances fiscales pour l’Etat : Taxe d’Habitation, Taxe Foncières, FPPS (PVS) mais aussi factures des collectivités locales type cantine, crèche ou hôpital.

Comment ça marche ? Côté technique l’Etat a conclu un partenariat avec la FDJ pour sa capacité technologique et sa présence sur tout le territoire. Pour le buraliste, il suffira donc d’utiliser le même Terminal, soit aucun coût technique supplémentaire. Et c’est la Confédération des Buralistes qui assurera la formation. Combien ça rapporte ? 1,50 € par acte d’encaissement. C’est pour quand ? Après la période de contractualisation allant de septembre à fin novembre 2019, suivra la formation de novembre 2019 à fin janvier 2020, pour une mise en place effective à partir du 20 février prochain.

Alors, adhésion ou pas ?

Oui, Régis Marotte a l’intention d’adhérer à cette opportunité. « Pas vraiment pour les gains », précise-t-il car, entre le temps de gestion passé, les frais de comptabilité et bancaires, cela risque de coûter plus que de rapporter. « Mais », ajoute Régis, « il faut raisonner en terme de flux, c’est-à-dire en nombre de personnes que cela va faire venir à la boutique ». « La reconversion se fait aussi en fonction de la clientèle », explique-t-il, « de la situation mais aussi de l’envie et des moyens. C’est une remise en cause ».

Quant au tabac, Régis est lucide : « l’Etat veut à la fois la moralité (on fait la guerre au tabac) mais aussi la manne financière. Une totale hypocrisie », conclut-il.

Propos recueillis par Pauline Leriche Rouard

Tabac-presse des Tilleuls à La Noue, Franck Raynaud

« Je ne suis pas convaincu. L’État part du principe que la réforme créera du passage et donc plus de ventes sur les produits connexes, mais pour ma part, je crains que cela n’engendre plus de frais bancaires que de commissions sur l’acte de vente ».

Tabac-presse place d’Antioche à Sainte-Marie, Christophe Rouze

« Du travail en plus et sans doute une rémunération moindre… Nous ne savons que peu de choses sur l’opération au final. En tant que membre de la fédération et tabac-pilote, nous avons reçu un courrier nous invitant à une formation « dématérialisation » au travers du système de la FDJ (Française des jeux). Je ne sais pas trop que penser… ».

Tabac-presse de Rivedoux- Plages, Sébastien Defosseux

« Je suis plutôt très favorable à l’idée de développer des activités qui puissent nous faire rebondir dans notre métier, et tirer notre épingle du jeu. Cependant chaque chose mérite d’être étudiée au cas par cas. Si j’ai le souci constant d’accompagner mes clients, conscient d’exercer un métier de service, pour autant qu’en sera-t-il de la vente de billets SNCF ? Saurons-nous nous transformer en agence de transports ? Avec les timbres fiscaux, les relais-colis, le principe est intégré dans nos caisses, mais concrètement quel temps devronsnous consacrer et pour quel coût ? Il faut que l’effort consenti soit gagnant-gagnant ».

Bar-tabac du Bois-Plage, Daniel et Corinne Pouyaud

Lui : « Moi je refuse de m’investir ! Je dirais non ». Elle : « On y comprend pas grand-chose et sommes très mal informés. Déjà qu’on ne s’en sort pas, comment fournir davantage d’efforts sans connaître les enjeux ? »

Jérôme Grolleau, anciennement à Rivedoux et ponctuellement encore en renfort

« La vérité c’est qu’il y a une hypocrisie latente servie par un double discours. D’un côté, on vous plante le business avec des paquets de cigarettes qui vont passer dans quelques mois à 10 €, d’un autre, on vous donne plus de travail, sachant que nous faisons des métiers rémunérés à la commission. Le salaire horaire est impossible chez nous, et c’est pour cela que la plupart du temps nous exerçons en famille, et pour cette raison aussi que je n’ai pas repris l’affaire de mes parents, même si j’aurais bien aimé… En tant que collecteurs de taxes, nous sommes auxiliaires des douanes, pour autant, cela ne choque personne que nous puissions vendre tout ce qui est nécessaire à, selon l’hygiène publique, nuire à la santé. Les colis, les impôts, les billets de train avec sans doute plusieurs minutes pour renseigner correctement les client… À quel tarif ? »

Propos recueillis par Marie-Victoire Vergnaud

Trois questions à… Gwendal Charvet, co-gérant du bureau de tabac des Portes-en-Ré

Ré à la Hune : Quels sont les impacts de l’augmentation constante du prix du tabac pour votre commerce ?

Gwendal Charvet : Cela va faire baisser le nombre de fumeurs, donc c’est un mal pour un bien. Cependant nous allons forcément perdre de la clientèle car beaucoup nous disent que passé le cap des 10 euros le paquet, ils arrêteront de fumer.

Dans ce cas comment envisagez-vous de pallier cette baisse de chiffre d’affaires ?

En multipliant la diversité des articles que nous proposons. Le tabac fait entrer la clientèle mais nous ne touchons qu’une petite commission dessus, pour gagner de l’argent, il faut qu’ils achètent d’autres produits. C’est pourquoi nous avons développé la librairie, la « caféterie » ou encore la « bibeloterie ».

Quelques mots sur l’avenir des buralistes ?

Paix à leurs âmes ! Je dis cela surtout pour les commerces frontaliers, qui vont encore beaucoup souffrir de ces futures hausses de prix. Ici heureusement nous avons moins de souci à nous faire.

Propos recueillis par Aurélie Cornec

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