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Portrait du moi

Marius Menuteau, la mémoire de l'île de Ré et du marais (témoignage)

Marius Menuteau ou la mémoire vivace !

Marius Menuteau
Publié le 05/05/2015

Marius a fêté ses 94 ans en janvier et il n’est nul besoin de l’engager pour qu’il partage ses souvenirs : sa mémoire galope ! Alerte et digne à la fois, aux côtés de sa femme, Lucienne, avec laquelle il a célébré leurs noces de platine, (soixante-dix ans de mariage tout de même !) il y a six mois, en présence de toute l’équipe de l’Ephad de Saint-Martin, il se projette en un clin d’oeil…

Tout petit, dès la sortie de l’école d’Ars, il courait rejoindre son père dans le marais (la famille n’était pas propriétaire, mais exploitait un marais en métayage). À cette époque, tout le monde cultivait la vigne, la pomme de terre et récoltait du sel.

Marius fut des travaux, sous l’occupation allemande

La guerre survient alors qu’il a dix-huit ans, et Marius voit son père partir travailler dans une poudrerie à l’âge de cinquante ans. Enfant unique, il reste auprès de sa mère et assure avec l’aide des voisins, les vendanges de septembre. Il se souvient de ces familles alsaciennes venues se réfugier, et de ce copain musicien Marcel, qui lui prêtait mains fortes. Il l’avait d’ailleurs recommandé à un foyer, qui, tout comme le sien, manquait d’homme. La guerre sévissant, Marcel a quitté l’île en mars 1940, mais ils ont continué à s’écrire toute leur vie. « Cheval, charrette, outils de l’époque, on allait indifféremment au varech, dans les champs ou les marais ». Son père finit par rentrer et avec lui l’occupation allemande de s’installer. L’organisation nazie Todt, mobilise à cette époque, toutes les forces vives pour construire près des plages, de nombreux blockhaus (dont quelques-uns ont été convertis en maisons d’habitation) et remettre en fonction le Petit train de l’île de Ré. Marius, comme tous les jeunes sur place, fut des travaux. Et l’injonction de rejoindre le front allemand tombe pour Marius, épargné jusque-là (le hasard de la classe 21 ?). Sur les conseils d’un officier nazi, attaché à la France pour y avoir fait ses études, il se soustrait à la convocation médicale à La Rochelle, et échappe ainsi au départ.

« Le marais c’était sacré ! »

Une photo de l'album de famille d'un témoin de l'occupation et de la vie des marais sur l'île de Ré au XXe siècle

Une photo de l’album de famille

Enfin, les cloches du village sonnent, c’est le débarquement du 6 juin 44, et la possibilité de se marier avec Lucienne ! La fête est organisée, quatre jours plus tard, pendant une permission de Marius, grâce à la solidarité des cousins de Marans. Les Rétais apportent le sel, à Marans, ils fournissent, le pain, le beurre, le vin qui accompagnent les huîtres. Deux garçons et une fille viennent épanouir le couple. En 1954, grâce au remembrement, Marius achète deux petits marais en friche de vingt-six carreaux au total. « Pour tous les copains, le marais c’était sacré, ne pas y aller quotidiennement était impossible ! ». Et puis dans les années 90, Marius participe même au développement du « sel solaire » en Guinée. Il m’explique : « la mangrove reculait de façon alarmante, car le sel était obtenu par combustion sur ces terres ». Les Guinéens sont donc venus s’inspirer de notre savoir-faire et Marius a contribué à les former. Entre–temps il est administrateur bénévole, durant plus de vingt ans, de la boulangerie coopérative d’Ars-en-Ré, créée en 1870, et initie des échanges avec les jeunes en formation. Le blé et l’orge à profusion sur les bosses du marais d’Ars étaient vendus à la minuterie de Courçon qui acheminait ensuite, le pain sur l’île par bateau. Marius a fait sa dernière récolte en 2000, à l’ancienne. Son petit-fils Loïc Picard, fils de Nicole, a repris le flambeau et modernisé l’exploitation. Je laisse Marius en pleine forme, presque déçu de voir l’entretien s’achever, prêt pour un autre footing dans le temps.

Marie-Victoire Vergnaud

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