Élection

Politique - Election Européennes

L’objectif européen de Benoît Biteau : « Orienter les politiques publiques pour trouver de nouveaux modèles agricoles »

Benoît Biteau : "Le score de notre liste est la preuve que l’écologie est aujourd’hui au coeur de la vie de nos concitoyens."
Publié le 04/06/2019

Parmi les quatre élus néo-aquitains qui siègeront au Parlement Européen, le conseiller régional Benoît Biteau sera le seul député picto-charentais, sous l’étiquette Europe Ecologie Les Verts

Au lendemain de sa victoire, Benoît Biteau est déjà de retour dans les réalités concrètes de sa vie quotidienne. « Cet après-midi, j’ai rédigé une annonce pour trouver un deuxième salarié pour me remplacer sur la partie élevage de mon exploitation », raconte cet agriculteur en bio basé à Sablonceaux, « mon indemnité de député servira à financer son salaire, comme celle de mon indemnité de conseiller régional (2300€ brut/mois) sert à payer mon premier salarié » qui l’aide sur la partie productions végétales qu’il n’avait plus le temps d’assumer. S’il a réussi à concilier jusqu’à présent son mandat à la Région et son métier d’agriculteur, il sait déjà que sa présence au Parlement Européen le lui permettra moins. « C’était encore possible pour moi de m’occuper de mes chèvres le matin, quitte à faire la traite à 5h pour être à Bordeaux ou ailleurs en Nouvelle-Aquitaine à 10h, mais là, ça va être plus compliqué d’être à Bruxelles avec les mêmes conditions ». « Mon objectif, c’est de m’approcher le plus possible d’une opération blanche : contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues, je ne me sers pas de mes indemnités pour faire de l’argent sur mon exploitation. Une fois que j’ai payé le salaire de mon remplaçant avec les charges, il ne me reste rien », précise-t-il.

La problématique de l’eau

Pour concilier ses deux mandats, Benoît Biteau a pensé à tout : « Je suis capable d’évaluer mes forces et de m’organiser pour être efficace dans mes deux mandats. Je vais garder les missions centrales en lien avec l’Europe et me soulager de certaines à la Région, pour être plus disponible sur d’autres sujets ». Il compte laisser sa place dans les conseils d’administration de lycées, ainsi que sa délégation à la mer, mais assure qu’il portera le thème de l’eau et des zones humides au Parlement. « Quand on parle d’écologie, il y a des questions déterminantes liées à la mer : 90% des pollutions en mer viennent de la terre donc ça nous renvoie forcément à la problématique de la gestion de l’eau », explique-t-il, « C’est un enjeu cohérent avec un mandat de député européen ».

Objectif : la décentralisation des pouvoirs

S’il a gardé son mandat à la Région, c’est aussi pour mieux porter d’autres problématiques territoriales au niveau Européen, comme l’agriculture. Car l’objectif d’EELV est de renforcer le partenariat entre l’Europe et les Régions, « en vue d’aller vers une autre étape de la décentralisation ». L’idée ? Supprimer les intermédiaires entre les collectivités et l’Europe « pour interagir directement avec Bruxelles », en façonnant des grandes Régions sur le modèle des Länder allemands ou les divisions supra-régionales italiennes. Dans le collimateur de Benoît Biteau, notamment : l’Agence de services et de paiement (ASP), le service de paiement de la quasi-totalité des aides européennes versées aux exploitations agricoles dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC), dont les bureaux sont à Limoges. L’agriculteur n’a toujours pas digéré le retard de paiement des indemnités de la PAC, pour lequel il s’est battu en 2017. « La raison pour laquelle les agriculteurs ont été gravement mis en difficulté est liée au fonctionnement de l’ASP », estime-t-il, « Le but de mon engagement, c’est de mettre un terme à des fonctionnements absurdes comme celui-ci ».

L’autre cheval de bataille d’EELV concernant l’agriculture sera « d’orienter les politiques publiques pour trouver de nouveaux modèles agricoles. Il faut arrêter d’alimenter ce modèle curatif qui paye pour réparer les dégâts engendrés par la culture extensive et utiliser l’argent public pour une politique agricole au service de l’intérêt commun. L’enjeu, c’est d’en trouver un qui propose de réconcilier les hommes avec la nature, les consommateurs avec l’agriculture et l’agriculture avec l’environnement ».

Itinéraire politique

Du PRG à EELV
Encarté Parti Radical de Gauche de longue date, Benoit Biteau en a surpris plus d’un en s’engageant auprès d’Europe Ecologie les Verts pour cette campagne européenne.

Un engagement que cet ancien conseiller régional du Poitou-Charentes (depuis 2010), puis de la Nouvelle- Aquitaine, assume pleinement : « Je suis un écologiste depuis toujours, et l’écologie est l’enjeu de ce siècle si l’on veut regarder les jeunes d’aujourd’hui droit dans les yeux ». Il balaye d’un revers de la main les critiques d’autres membres du PRG qui n’ont pas manqué d’y voir une trahison : « Certains d’entre eux, comme Virginie Rozière, ont été sollicités par EELV, ils n’ont pas voulu venir. Si le vote qu’ils espéraient n’a pas eu lieu, c’est qu’ils ont fait le mauvais choix. J’ai moi-même été sollicité par d’autres listes, j’ai choisi les Verts par conviction ».

Il explique avoir été convaincu par la démarche de la tête de liste Yannick Jadot, « de s’entourer de personnes ayant une expertise » dans divers domaines pour travailler en complémentarité. « Il m’a dit très tôt « ton profil m’intéresse, dans un contexte où on savait que José Bové ne voulait pas y aller », poursuit-il, « Pour Yannick, j’étais la personne adéquate pour, non pas succéder ou remplacer José Bové, mais pour prolonger son travail ». Positionné à la 11e place de la liste, Benoît Biteau n’a « jamais cru aux sondages qui nous prédisaient 8% des voix », car « ce n’était pas ce que je constatais sur le terrain. Aussi bien des électeurs de droite que des abstentionnistes que nous rencontrions nous disaient qu’ils étaient d’accord avec nos idées, qu’il fallait faire quelque chose pour l’environnement et qu’ils iraient voter Vert. » S’il juge « inquiétante » l’arrivée en tête du Rassemblement National pour ce qu’il traduit en terme de défiance des électeurs modérés vis-à-vis des politiques, il estime qu’EELV est finalement le grand gagnant de cette élection : « Nous sommes la seule liste a avoir obtenu des scores au-delà des diagnostics (13%). On a l’impression qu’il y a un réveil national en faveur de l’écologie.»

 

Anne-Lise Durif

Réagir à cet article

Je souhaite réagir à cet article

* Champs obligatoires