Territoire

Interview

Lionel Quillet fait sa rentrée

© philbar
Publié le 14/09/2021

Après un printemps rude pour lui, le président de la Communauté des Communes s’est rapidement remis en selle, a travaillé tout l’été et préparé la rentrée politique qui sera marquée par le Conseil communautaire du 23 septembre. Nous l’avons interrogé sur le quotidien et les projets de l’île de Ré

Ré à la Hune : Quels enseignements tirez-vous de votre défaite aux élections départementales de juin dernier ?

Lionel Quillet : Cela a été surprenant. On n’a jamais été sur le terrain du bilan de notre action départementale, mais beaucoup plus sur les dossiers de la Communauté de Communes et sur les personnalités. C’est dans l’air du temps, on ne pose pas les choses, on est dans l’immédiateté et la critique est très valorisée. Pour certain, la vérité est sur les réseaux sociaux.

Je n’ai pas entendu de remise en cause de ce qui a été fait par la CdC depuis douze ans, des 80 millions d’€ d’investissements et des actions menées, comme par exemple les digues pour 100 M€ ou les logements, au nombre de mille aujourd’hui avec pour objectif deux mille à terme. Notre communication est à retravailler avec plus de modernité ainsi que notre proximité avec les Rétais.

Il y a une confusion, le président de la CdC n’est pas le Maire de l’île de Ré, la proximité est d’abord celle des Maires et délégués municipaux, qui m’ont élu il y a un an et restent en soutien. La proximité, c’est d’abord les communes, tandis que la CdC est plus sur les projets d’ensemble, structurants pour l’île de Ré. Elle mutualise les moyens financiers et les compétences sur lesquelles les communes ne peuvent plus aller tels les logements sociaux (seuil de 20 logements minimum), les digues, les crèches, le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) et désormais l’adolescence.

Le rôle de la CdC est par exemple, au travers du PLUi, de décider l’arrêt de la constructibilité demandée par 95 % des Rétais et acceptée par 9 Maires. Mais quand un permis de construire est refusé, cela crée de la frustration. Il faut de l’autorité pour mettre en place les projets de moyen et long terme, le rôle du politique n’est pas de satisfaire des demandes immédiates, de court terme, avec démagogie, mais parfois de prendre des décisions peu populaires.

« Il faut que les Rétais se réapproprient les projets, nous allons davantage les écouter »

 

Quelles vont être les évolutions la CdC ?

Nous avons retravaillé avec les Maires sur le Plan pluriannuel d’investissement et redéfini notre communication. Nous aurons une présence plus importante sur les réseaux sociaux et une communication plus dans l’air du temps. Rien ne changera quant à la défense et la protection de notre territoire, extrêmement fragile. Cela demande énormément d’engagement et de travail, nous restons très motivés.

Ces élections ont eu un effet positif, elles ont réaffirmé la solidarité des neuf Maires qui ont vu une île de Ré qu’ils ne cautionnent pas. Il faut de l’humilité pour savoir évoluer. On sent beaucoup de frustrations sur notre territoire, il faut que ses habitants se réapproprient le projet. Nous allons organiser beaucoup plus de réunions publiques et des moments de rencontres avec la population, il nous faut réexpliquer les choses.

Le fonctionnement de la Communauté de Communes évolue-t-il ?

Nous sommes à maturité en termes de nombre de collaborateurs, à compétences constantes. Nous recruterons si nous récupérons de nouvelles compétences seulement.

Hong Do Cao, Directeur général des services, coordonne quatre directeurs de pôles, dont deux nouveaux. Annie Léauté, directrice du pôle Services à la population , part prochainement à la retraite, son successeur est recruté. Au 1er novembre arrivera un directeur de communication et un animateur du Plan Alimentaire Territorial.

Nous faisons le point très régulièrement, individuellement et collectivement, avec les services.

Conséquence des élections, il s’est avéré que je suis trop présent, que j’incarne tout… et que je travaille trop aussi ! Je vais autant travailler, mais les vice-présidents seront plus en première ligne, et aussi dans la prise de parole. Nous allons aussi davantage écouter la population. Le Comité Consultatif Citoyen (dans le cadre du Schéma de développement durable) va tenir sa première réunion le 21 septembre et travailler à partir de fin septembre/début octobre dans des ateliers autour de six thématiques. Nous allons faire venir des intervenants extérieurs pour alimenter les débats. L’objectif est de déboucher sur des projets réalistes et à réaliser… Il nous faudra aussi faire percevoir à chacun les difficultés techniques, financières, réglementaires pour réaliser certains projets, afin d’éviter de la frustration.

La majorité des délégués communautaires a pris une position forte défavorable au projet éolien off-shore, quelle est la suite ?

J’ai prévu en octobre une grande réunion publique sur ce sujet, à laquelle seront conviés tous les intervenants autour de ce dossier, y compris France énergie éolienne, la Commission Nationale du débat public (CNDP), les associations, le collectif NEMO, etc. L’objectif est d’informer le plus complètement possible sur ce projet et que chacun puisse se faire une opinion éclairée.

« J’ai prévu une grande réunion publique en octobre au sujet du projet éolien »

 

Quel bilan tirez-vous de la saison estivale 2021, même si elle n’est pas terminée ?

Nous suivons de près les choses entre maires. La saison a été bonne au plan économique, l’île de Ré a bien travaillé. L’image de l’île de Ré, qui est devenue une marque, est porteuse. Au-delà des bons résultats, à souligner dans une période de crise sanitaire, nous avons tous vu les comportements changer. Nous avons constaté un manque de respect à l’égard des élus et des employés municipaux, mais aussi de l’agressivité et des tensions. Il y a un avant et un après Covid. Les polices municipales vivent aussi difficilement ce rejet de l’autorité. Nous allons devoir trouver les financements pour renforcer les équipes de police municipale et mieux les équiper. Il y a eu beaucoup de bandes d’adolescents de 14-16 ans, ils s’alcoolisent de plus en plus jeunes et certains parents ne les cadrent pas toujours suffisamment.

Êtes-vous satisfait de la rentrée scolaire ?

Nous n’avons pas eu de fermeture de classe dans les écoles de l’île de Ré cette année. Mais il faut s’attendre en 2022-2023- 2024 à des fermetures liées à la baisse de la natalité consécutive à la crise sanitaire depuis deux ans, or on sait combien le maintien de nos classes et la bonne santé de nos écoles, qui sont les poumons de nos villages, nous tiennent à coeur.

Côté collège, nous avons eu une bonne nouvelle avec une classe en plus et un effectif qui a continué de légèrement progresser, après le bond de la rentrée précédente. Plusieurs phénomènes expliquent ce dynamisme. Le collège a une image positive et revalorisée, grâce au travail du principal, des enseignants et des élus ; Quelques personnes venues sur l’île de Ré au début de la crise sanitaire ont aussi décidé d’y rester ; Enfin, l’internat de 50 places, dont la construction a commencé pour une ouverture à la rentrée scolaire 2022/2023 va garantir une certaine stabilité au collège.

Venons-en aux projets. En matière de collecte des déchets nous annoncions dès cet été dans nos colonnes l’inversion prochaine des fréquences des collectes des poubelles vertes et jaunes, ce qui a fait beaucoup réagir….

En matière de collecte des déchets, les poubelles vertes sont à moitié vides l’hiver, on les collectera donc une fois tous les 15 jours entre le 1er novembre et les 31 mars, tandis que les poubelles jaunes, qui contiennent des déchets recyclables, seront collectées toutes les semaines à cette période. Même si cela n’est pas porteur auprès des électeurs, il nous faut connecter la collecte à la réalité et aller dans le sens de l’avenir, encourager le tri qui engendrera des économies pour tout le monde via une baisse de la Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) en 2022.

La reconstruction du centre de transfert entre enfin dans sa phase opérationnelle, un jury de concours a été lancé auprès de trois cabinets de Maîtres d’oeuvre spécialisés en la matière, nous aurons un pré-projet avant la fin de l’année 2021 pour le lancement des travaux en 2022 et une livraison finale à la fin de 2023. Le coût est estimé à 2,5 M€.

Nous devons aussi transférer la déchèterie du Morinand aux Gachettes et remettre le site en bon état environnemental et nous voulons agrandir la déchèterie de Sainte-Marie de Ré, nous sommes en discussion avec le Préfet et le Secrétaire général de la préfecture.

« Il faut encourager le tri des déchets, pour pouvoir baisser la taxe »

 

Où en sont les travaux de bâtiments et quels sont les prochains chantiers de logements dits sociaux ?

Nous arrivons à la fin des travaux de La Maline qui ouvrira ses portes en janvier 2022, après trois ans de fermeture. L’outil va nous être livré en octobre ou novembre 2021.

Le marché pour la rénovation du bâtiment du quai de la Criée à Arsen- Ré a été lancé.

Concernant les logements locatifs à loyers modérés, les prochains chantiers concerneront la Poizière au Bois-Plage (50 logements), la Vague Bleue à Grignon à Ars-en-Ré (20), les Hirondelles à Sainte-Marie (20), et le Petit Noue à La Couarde (20 à 25). Sur ces quatre projets l’Etablissement public foncier (EPF) doit procéder aux acquisitions foncières. Concernant le projet des Ouches à Saint-Clément des Baleines, c’est beaucoup plus complexe, nous devons travailler avec les services environnementaux de l’Etat sur une architecture qui serait résiliente.

Concernant le projet dit du Château à Rivedoux-Plage il a été dévoyé. Alors que la CdC va engager 2 millions d’€ pour l’acquisition du foncier, la commune vend les parcelles pour les dix accessions à la propriété à 710 € le m2. Les impôts de la CdC doivent servir à financer du logement social. Cette promotion immobilière est inacceptable, il y a un pacte entre toutes les communes de l’île de Ré pour développer le logement social, en locatif et en accession à la propriété. Les quatre communes du Sud – qui ont un peu moins de contraintes que celles du Nord – jouent le jeu, une seule ne le fait pas. Un prix social serait de l’ordre de 200 €/m2. Le pacte intercommunal a permis de porter à 1000 le nombre de logements locatifs et de fixer un objectif de long terme à 2000 logements. Le pacte est rompu. Rivedoux-Plage n’a construit que 14 logements en quinze ans, depuis 2008. Cela va dans la continuité de la vente par la commune d’un terrain d’1 ha à Odalys pour 3 M€ alors qu’il y aurait pu avoir 70 logements sociaux sur un tel terrain.

« 4 nouveaux projets de construction de logements sociaux »

 

Quels sont les projets de la CdC en matière économique ?

Nous avons lancé les acquisitions foncières pour la nouvelle zone artisanale de Sainte-Marie, nous aurons début novembre les premiers résultats de l’étude menée cet été sur le logement saisonnier et les quatre intercommunalités concernées (CdA La Rochelle, Aunis Atlantique, Aunis Sud et l’île de Ré) lancent une étude macro-économique dans le cadre de l’élaboration du Plan alimentaire territorial, sur lequel deux personnes sont dédiées.

Vous prenez la compétence Adolescence au 1er janvier 2022, quel sera le projet ?

Les élus et nos services accomplissent un gros travail dans le domaine social. Pour les adolescents, il y a une forte demande de la part des familles, nous travaillons sur le projet pédagogique et aussi sur le sujet de la mobilité, notamment sur le Nord de l’île, afin que les adolescents puissent se déplacer sur les différents centres de jeunesse et activités que nous proposerons.

Cela se fait dans le cadre de la Convention territoriale globale (CTG) qui a défini un nouveau cadre partenarial avec la CAF.

Où en sont les chantiers rétais de protection contre la submersion marine ?

On reste à fond sur les digues, le PAPI 2 a été accordé par les différents porteurs de ce Plan d’actions de prévention des inondations 2 qui concerne avant tout le Fier d’Ars et les communes du nord et représente un financement global de 60 M€. Nous sommes dans l’attente des signatures des différents partenaires.

Les travaux d’enrochement de Montamer (Sainte-Marie de Ré – La Noue) ont démarré et le projet de La Couarde est en finalisation. Concernant la Corniche de Rivedoux, nous sommes en attente des solutions techniques que proposeront les services du Département.

Enfin à Saint-Martin, un gros travail de réflexion est fait autour de la protection du port : nouveau brise-lame, porte du bassin à flot, protection individualisée des quais. Le projet représente au moins 3 M€…

Le mot de la fin ?

Pour ce qui concerne le cadre de vie et l’environnement, l’élaboration du Schéma de développement durable est en cours et il sera aussi alimenté par le Comité consultatif citoyen qui se réunit donc de façon pleinière pour la première fois ce 21 septembre puis va travailler autour des ateliers thématiques.

Nous avons aussi un projet d’installation d’une ferme solaire sur une commune qui a donné son accord, des discussions sont en cours avec les services de la préfecture. Cette ferme solaire couvrirait largement la consommation électrique totale de l’île de Ré. C’est notre réponse alternative aux éoliennes… qui ouvrirait une porte au développement du solaire sur l’île. Tout comme nous voulons avancer sur la résilience architecturale.

Nous continuons d’accomplir un travail de fond au bénéfice de notre très beau territoire, et d’être en mode projets.

Propos recueillis par Nathalie Vauchez

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