Lionel Quillet, 18 ans au service de l’île de Ré
Self-made man, maire de l’une des plus petites communes rétaises, il a réussi le tour de force de présider la Communauté de Communes de l’île de Ré pendant trois mandats, de 2008 à 2026, tout en devenant aussi un temps 1er vice-président du Département auprès de Dominique Bussereau et en gérant l’une des plus importantes entreprises locales. Qu’on apprécie ou non l’homme, à la stature imposante et à la volubilité légendaire, il est difficile de ne pas saluer son action politique au bénéfice de notre territoire.
Son ambition et certains traits abrupts de son caractère l’ont desservi, tout comme quelques décisions prises au nom de l’intérêt général mais venant heurter des intérêts particuliers. Difficile de faire l’unanimité, même si, comme il se plaît souvent à le rappeler, sous sa présidence plus de 95 % des délibérations de la CdC ont justement été votées à l’unanimité.
« Le président de la Communauté de Communes n’est pas un super maire de l’île de Ré, ni un patron, il n’impose pas à un maire une décision qui peut être contraire à l’intérêt de sa commune, il doit en permanence composer et négocier avec les dix maires, du nord et du sud de l’île, pour les convaincre d’adhérer à un projet collectif, qui n’est parfois pas à leur avantage. Comme par exemple la compétence GEMAPI à laquelle a adhéré le Bois-Plage alors que la commune n’est pas concernée par la submersion. Au-delà de toutes les réalisations, c’est là où on passe le plus de temps, il faut être un très bon négociateur. »
Très bon négociateur, il faut l’être aussi avec l’ensemble des représentants de l’Etat, tant celui-ci est prégnant en matière d’aménagement et de préservation d’un territoire, a fortiori aussi protégé que celui de l’île de Ré. Les municipalités et la collectivité intercommunale sont loin de faire ce qu’elles veulent, la plupart des décisions importantes doivent passer par une validation des services de l’Etat, voire d’un ministère. SCOT, PPRL, PAPI (en tant que président de la Mission Littoral au Département), Convention Insularité (avec l’Education nationale) et plus récemment Stratégie locale de gestion de la bande côtière (SLGBC) sont autant de dossiers structurants et essentiels à la pérennité de notre île, qui ont nécessité des mois et même des années d’allers-retours, et une force de conviction exceptionnelle.
« Xynthia a rebattu les cartes »
« La seule bataille vraiment perdue a été celle du PPRL (Plan de prévention des risques littoraux), même s’il fallait mener ce combat, c’était intenable » face au principe de précaution érigé en doctrine d’Etat suite au traumatisme de Xynthia. On se souvient de la mobilisation en masse des Rétais au côté des élus, lors de la découverte des cartes d’aléas de l’Etat et de ses fameuses « zones rouges ».
« La CdC a été extrêmement présente dès la nuit de Xynthia, cet évènement a soudé les maires, la mobilisation de tous a été exceptionnelle. Xynthia a aussi tout rebattu, la protection contre la submersion et l’élaboration des PAPI 1 et 2, représentant un budget de 115 M€ pour l’île de Ré ont demandé une énergie phénoménale, les PAPI je les ai portés personnellement, grâce à Dominique Bussereau et à la Mission Littoral (300 M€ pour la Charente-Maritime) qu’il m’a confiée, avec les équipes du Département qui ont fait un énorme travail. »
« Le président de la CdC n’est pas le super maire de l’île de Ré »
Trois mandats analysés avec le recul
Aujourd’hui, Lionel Quillet pose un regard qui se veut plus distancié sur les trois mandats réalisés : « Le premier mandat (2008-2014) a été celui de la croissance et du développement de l’intercommunalité ; le suivant (2014- 2020) a vu la structuration de l’intercommunalité et l’élaboration du PLUi (plan local d’urbanisme intercommunal) ; enfin le mandat 2020-2026 a été marqué par la maturité de l’intercommunalité et la préparation de l’avenir. »
Ainsi la CdC de l’île de Ré est-elle passée de trente collaborateurs et d’un budget d’à peine 30 M€, avec des compétences limitées – déchets, deux crèches, SIG (Sytème d’information géographique), PEL (projet éducatif local), défense des côtés, deux écogardes – à son arrivée en 2008 à une collectivité de cent trentecinq collaborateurs au budget consolidé de plus de 70 M€.
Parmi les transferts de compétences imposés ou rendus nécessaires par la loi, on peut citer l’instruction des autorisations d’urbanisme en 2013, l’office de tourisme intercommunal (loi NOTRe), le PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal), la GEMAPI (loi NOTRe) et d’autres.
Les transferts de compétences facultatifs concernent notamment le logement (programmes de plus de 10 puis de plus de 20 logements sociaux) en 2008, le Plan éducatif local (2010), la réalisation d’un PAPI (Plan d’actions prévention inondations) à partir de 2011, la modernisation et l’aménagement de La Maline (2011), le suivi du trait de côte (2012), l’entretien des chemins d’intérêt communautaire (2013), l’adolescence (2022) et enfin l’érosion (2024).
On se souvient de la mobilisation générale (président de la CdC, député- maire de La Rochelle, président du Département…) pour le déplafonnement de l’écotaxe obtenu à partir de 2012. Mais qui se souvient de la négociation concomitante avec le Département et surtout les dix maires ayant abouti à son actuelle répartition entre le Département et la CdC de l’île de Ré, succédant aux onze parts (10 communes et CdC) ? L’écotaxe qui permet aujourd’hui de financer tant de projets d’intérêt environnemental, sur la part départementale et sur la part communautaire.
« Mon premier mandat a été le plus dur, il a demandé une énergie phénoménale et on manquait de personnel, la CdC représentait un travail à plein temps, au coeur de mes préoccupations jour et nuit, au détriment de mon équilibre familial. Tout était à faire », se rappelle Lionel Quillet.
« Le second mandat et la structuration de l’intercommunalité commence par un projet évident, une prise de compétence qui s’impose, mais qui avec le recul m’a coûté extrêmement cher au plan politique, celle de l’instruction des autorisations d’urbanisme. La CdC en est venue à instruire près de mille cent actes par an, avec six à sept personnes et un directeur, une équipe extrêmement qualifiée, un coût élevé et une compétence qui surcharge la CdC en travail. Même si la signature des actes d’urbanisme relève de la compétence des maires, qui peuvent aller à l’encontre de l’avis formulé par la CdC, qui reste un avis, certains maires ont eu tendance à rendre la CdC responsable des refus de permis de construire, en faisant un bouc émissaire facile. D’autant que les services ont toujours été d’une rigueur absolue dans ce travail d’instruction. »
« Le passage direct du SCoT de 2012 au PLUi (Plan local d’urbanisme intercommunal) voté en 2019, sans passer par la case des PLU (communaux) a été d’une complexité sans nom, il a fallu travailler sept jours sur sept, mener des discussions en continu avec les maires, dans le cadre strict de la demande de l’Etat. J’ai ainsi par exemple été amené à dire non à l’ouverture à la constructibilité des Bragauds (Rivedoux) : non seulement cela aurait été la porte ouverte aux demandes de tous les maires, mais l’Etat aurait bloqué notre PLUi. », estime Lionel Quillet.
biens seulement par personne morale ou physique…) ont été impopulaires, la mise en oeuvre pas claire pour tout le monde, et surtout les impacts sur la vie économique sans doute insuffisamment anticipés.
« Tout était à faire »
Les gros investissements
La politique d’investissement de la CdC a été très soutenue, avec 115 M€ de réalisations entre 2008 et 2026 : 89 M€ sur le budget principal, 5,5 M€ au titre du budget écotaxe, 15 M€ sur le budget déchets, 7 M€ pour La Maline.
Parmi les bâtiments et grands travaux, on peut citer AquaRé (réalisée par Léon Gendre, inaugurée par Lionel Quillet) et la très longue bataille juridique (13 ans) pour obtenir l’indemnisation de la multitude des malfaçons, un centre aquatique représentant 13 M€, avec des indemnisations des assurances à hauteur de 6 M€, les crèches, l’internat et les centres ados (5 M€), la construction de la gendarmerie (5 M€), la réalisation des pistes cyclables (4,5 M€), l’aile Saint-Michel (3 M€), le quai de la Criée à Ars (3 M€) et les terrains de sports de sable (1,5 M€).
Le fonds de concours pour les équipements sportifs, mis en place à partir de 2013, a permis de verser près de 4,5 M€ aux dix communes en treize ans, créant un effet de levier essentiel.
Les projets dont Lionel Quillet est le plus fier
Quelles sont aujourd’hui, avec un premier recul, les plus grandes fiertés de Lionel Quillet lors de ses dix-huit années de présidence ? « Avoir réussi à passer d’une « petite » CdC à une intercommunalité structurée, reconnue et respectée ; avoir construit deux cents logements locatifs sociaux et mis en projet deux cents autres ; avoir protégé les Rétais contre le risque de submersion avec les PAPI 1 et 2 et avoir anticipé le risque érosion en élaborant la stratégie 2025/2035 ; avoir protégé l’île de Ré de l’expansion immobilière à outrance et avoir su préserver un environnement remarquable ; avoir réussi de grands projets pour la vie permanente : La Maline, le quai de La Criée ; ne pas avoir augmenté les impôts et avoir diminué la TEOM de 16,68 % en 2008 à 12,9 % en 2025. », énumère-t-il.
« Une fierté ? Avoir construit 200 logements et mis en projet 200 autres »
Qu’attend-il de la nouvelle mandature de la CdC ?
« J’espère que l’action communautaire engagée sera poursuivie dans le respect des élus. En termes d’aménagement et de protection du territoire, j’espère que le PLH 2025/2030 sera mis en oeuvre et la régulation des meublés maintenue, que la stratégie de gestion de la bande côtière (érosion) 2025/2035 sera aussi lancée, que le PAPI 2 aboutisse. La révision du PLUi, la réalisation de la ZAE de Sainte-Marie, la mise en oeuvre du Schéma directeur cyclable 2023/2030 sont attendus. »
« En matière de vie permanente, j’espère que les programmes communautaires d’environ deux cents logements sociaux aboutiront, tout comme la réflexion débutée sur la mutualisation de la restauration collective ainsi que celle sur la réutilisation des eaux usées. Que le soutien à la vie associative (1 M€/an) et le service des minibus soient maintenus. Nous avions aussi pour projet le regroupement des acteurs du social (Ré-Clé-Ré, assistantes sociales, ADMR) sur un même lieu avec des activités intergénérationnelles. Le projet sur le site du Bois-Plage étant trop coûteux, nous avions pour idée de les regrouper au sein des locaux vides de l’EHPAD que nous avons proposé à la direction du groupe hospitalier de louer. J’espère qu’avec le soutien financier de la CdC de l’île de Ré annoncé (30 %), le Département pourra lancer rapidement la construction des nouveaux centres d’incendie et de secours d’Ars et de Saint-Martin. Evidemment le maintien des services publics sur l’île (EHPAD public, écoles…) me paraît essentiel. »
« Côté préservation de l’environnement, j’attends la poursuite de la mise en oeuvre du Schéma de développement durable 2023/2030, j’espère le démarrage des travaux de création de la déchetterie des Gâchettes au Bois- Plage, le maintien des cinq déchetteries communautaires, l’aboutissement du projet d’une ferme solaire sur l’île (qui se heurte notamment à l’opposition de deux associations) et la poursuite de la mise en oeuvre du CTMA (gestion milieux aquatiques) 2022/2027. »
Une nouvelle page de l’intercommunalité s’est ouverte le 9 avril dernier, le nouveau président Jean Paul Héraudeau a annoncé se donner le temps, avec sa nouvelle équipe d’élus, d’analyser les actuelles orientations, maintenir celles qui lui paraissent aller dans le bon sens, mais aussi impulser de nouvelles actions, dans le cadre d’un projet partagé pour l’île de Ré.
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