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L’histoire de la pêche à pied dans l’île
« Les conflits entre administrateurs de la Marine et les pêcheurs à pied sur Ré au XIXe siècle » : une conférence de Jacques Boucard, jeudi 23 avril au musée Ernest Cognacq, riche en informations et abordant les difficultés rencontrées par les Rétais pour vivre de la mer.
De tous temps des conflits ont eu lieu entre les pêcheurs à pied et l’administration et pour bien comprendre l’origine des différends entre cette population vivant le long du littoral Atlantique et sur les îles et l’administration, l’historien est remonté au Moyen Âge. Ces paysans et sauniers vivant des produits de la mer, avaient mis en place une société complexe possédant une connaissance du milieu marin qu’ils ont exploité avec une étonnante compréhension des grands équilibres écologiques.
La disette de poisson
Le droit de pêche au Moyen Âge est libre sur l’île de Ré. Les poissons appartiennent au pêcheur qui doit évidemment en rétrocéder une partie au seigneur. Il est difficile d’identifier précisément les espèces réservées à celui-ci et rentrant dans la catégorie de poisson qualifiée dans les textes de « gros ou ayant lart », expression qui se transformera en « poissons royaux » à partir du XVe siècle.
Les premiers conflits apparaîtront quand le poisson se fait rare. C’est le cas avec la reprise de la guerre en 1565, accompagnée de mauvaises récoltes (1573,1585,1586). De plus, des épidémies ravagent le pays de 1578 à 1580. Le pouvoir royal se penchera sur le problème, mais ignorant la réalité du terrain estimera que si le poisson manque c’est qu’il est trop pêché. Une nouvelle réglementation mise en place à partir de 1544 montre clairement que l’objectif du pouvoir royal est de contrôler les pêcheurs et de réglementer la pêche en limitant les pouvoirs locaux.
A partir de la réorganisation centrale de l’administration au XVIIIe siècle, les officiers des amirautés furent chargés d’effectuer de réelles visites de contrôle le long des côtes de leur juridiction tous les deux ans. Sans grand résultat apparemment. Le nouveau ministre de la Marine, Maurepas, crée alors le poste d’inspecteur des « pesches » afin de mieux combattre les abus et le confiera à Le Masson du Parc. Celui-ci déterminera lors de ses contrôles, qui se dérouleront entre 1723 et 1730, qu’il existe dans Ré 114 pêcheries en pierre dont 5 à détruire.
Le manque de marins pour armer les navires
De 1792 à 1815, la France est perpétuellement en guerre. Les hommes manquent et le problème est crucial pour la marine. Il faut un millier d’hommes pour armer un vaisseau et le total des marins français (enquête de 1688) ne dépasse pas 80 000 hommes (chiffre jamais dépassé avant le XIXe siècle). Ce sera d’ailleurs l’une des difficultés majeures de Napoléon à qui il aurait fallu 100 000 matelots pour armer une centaine de vaisseaux.
Toutes sortes de moyens sont mis en place pour tenter d’accroître les effectifs de marins en élargissant entre autre la notion de gens de mer et en mettant en place des classes auxquelles la population est assujettie. Ces mesures entraineront des conflits entre les fonctionnaires de la Marine et les paysans insulaires, l’administration considérant « les côtes habitées par des peuples sauvages et des individus cupides » et les insulaires n’acceptant pas une tutelle de la Marine sur un domaine qu’ils estiment leur appartenir. A la fin du XVIIIe siècle, la destruction des écluses n’est plus justifiée par la disette du poisson mais par la nécessité de fournir toujours plus de marins aux navires du roi.
Dès 1814, les conflits vont se multiplier avec les autorités et à partir de 1818, l’administration mène une offensive contre les écluses accusées d’être dangereuses pour la navigation alors qu’elles fournissent la plus grande partie de la nourriture des plus pauvres. La population rétaise est touchée : sur 4 000 personnes, 2 405 vont se trouver privées des ressources des pêcheries. Les insulaires ne comprennent pas les dispositions des autorités et le maire d’Ars écrit : « Dans un pays où il n’y a pas de bétail, le poisson est notre seule ressource. »
Il faudra le décret du 21 décembre 1867 pour que la construction de pêcheries soit de nouveau autorisée dans les îles de Ré, Oléron et Noirmoutier. De 1867 à 1976, cinquante écluses seront construites dans l’île. Le seul critère pouvant empêcher la construction sera la sécurité de la navigation. « Oublié le fait que l’on détruisait des pêcheries fixes pour que les populations du bord de mer achètent du poisson aux pécheurs en bateaux pour développer la flotille et le nombre de marins classés. ».
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