- Île de Ré Mag’
- Nature
Les veilleurs du rivage
À l’aube, l’Île de Ré semble retenir son souffle. La mer s’est retirée sans bruit, abandonnant sur le sable une lumière pâle, presque nacrée. Le vent glisse sur les dunes, e!ace les traces de la nuit, et déjà trois silhouettes avancent, lentes et attentives... Il n’y a ni empressement, ni mise en scène. Seulement une fidélité au rivage.
Depuis plus de trente ans, le Réseau National Échouages Rétais, composé de Patricia Caillaud, Grégory Ziebacz et Jean-Roch Meslin, au sein de l’association Ré Nature Environnement, veille sur ces terres mouvantes où la mer laisse parfois des créatures surprenantes. Leur action s’inscrit dans le travail plus vaste coordonné par l’Observatoire Pélagis, à La Rochelle – un réseau de femmes et d’hommes unis par la même passion des mammifères marins.!
Mais ici, tout commence par une marche en hiver dans le froid.
Un dauphin repose à la lisière de l’eau…
Le monde alentour semble s’effacer.
Il y a d’abord l’émotion – sourde, contenue – puis le travail. S’agenouiller. Observer. Mesurer. Noter. Photographier. Les gestes sont précis, presque rituels. Ils sont empreints de respect pour l’animal.
Chaque corps échoué est un fragment d’histoire : la mer, les courants, les rencontres invisibles, les blessures parfois infligées par l’activité humaine. Chercher une trace, une marque, un indice – c’est tenter de traduire ce qui s’est passé.
Rien n’est spectaculaire. Pourtant tout est essentiel.
Car de ces relevés naît une connaissance patiente, qui éclaire les causes de mortalité, qui dessine l’état fragile des populations marines.
Le sable garde la mémoire de ces passages. Les correspondants du Réseau échouages en recueillent le sens…
D’autres jours, l’histoire n’est pas achevée
La marée s’est retirée trop vite. Dans un chenal étroit, des silhouettes grises tournent, désorientées. Des grands dauphins ont suivi un banc de poissons jusqu’à l’impasse. L’eau baisse et disparaît.
Les animaux sont échoués, tous encore en vie. Le temps se resserre.
Alors il faut entrer dans la vase.
Approcher sans brusquer. Soutenir ces masses vivantes, parfois trois cent cinquante kilos de puissance vulnérable. Maintenir l’évent libre. Verser de l’eau sur la peau pour empêcher qu’elle ne se dessèche. Attendre…
Attendre que la mer revienne…
Dans ces instants, tout se réduit à la respiration – celle des animaux, celle des hommes. Puis l’eau remonte, imperceptiblement d’abord, puis plus franchement. Les dauphins retrouvent l’élan, glissent vers le large, disparaissent dans l’écume.
Il reste le battement du coeur, encore un peu trop rapide.
Les hôtes du sable
Un phoque gris allongé sur la plage.
Autour de lui, la curiosité humaine.
Il faut expliquer, rassurer, apprendre à regarder autrement. Un phoque sur le sable n’est pas un drame : c’est un besoin ancestral de repos, de régulation, de halte entre deux traversées.
Rester à distance.
Tenir les chiens en laisse.
Offrir le calme comme premier secours.
Si l’animal est blessé, affaibli, une action de sauvetage se met en place avec l’Observatoire Pélagis, puis avec le centre de soins de l’ACMOM à Brest. Là-bas, d’autres veilleurs prennent le relais.
Protéger, c’est aussi transmettre cette délicatesse au public.
Et parfois pas que des mammifères
Un matin d’hiver, au Bois-Plage-en-Ré, une tortue caouanne – Caretta caretta – est découverte, engourdie par le froid, son corps alourdi de pouces-pieds agrippés à sa carapace.
Elle porte sur elle les stigmates du voyage.
Avec précaution, elle est confiée à l’Aquarium La Rochelle, au Centre d’Étude et de Soins des Tortues Marines. Commence alors un autre rythme : celui des soins patients, de la chaleur retrouvée, de la force qui revient.
Un jour, lorsque le retour vers!l’océan sera de nouveau possible, elle glissera entre les vagues. Et personne ne saura vraiment ce qu’elle emportera de cette parenthèse terrestre.
Reconnaître les fidèles des Pertuis
Il existe aussi des jours magiques.
En mer, la lumière danse sur les pertuis charentais. Soudain, des ailerons fendent la surface. Chaque encoche sur la nageoire dorsale est une signature, une cicatrice devenue identité.
Grâce à la photo-identification, près de quarante grands dauphins sont suivis depuis une décennie autour de l’île. Ils reviennent. Saison après saison. Fidèles au territoire, fidèles aux courants.
Les reconnaître, c’est éprouver une forme de continuité dans le mouvement perpétuel de l’océan.
Veiller
Être correspondant du Réseau Échouages, c’est accepter l’appel imprévu, la pluie battante, le sable gelé sous les pas. C’est se tenir à la frontière de deux mondes, là où la mer touche la terre.
Il n’y a ni héroïsme a »iché, ni éclat particulier. Seulement une présence. Une attention constante.
Sur l’Île de Ré, à chaque marée, quelqu’un veille.
Parce qu’au bord de l’océan, la protection commence souvent par un simple regard attentif et par la bienveillance envers tous les êtres vivants.
En cas de découverte :
Pour tout mammifère marin, mort ou vivant
Observatoire Pélagis : 05 46 44 99 10
Pour une tortue marine
Aquarium La Rochelle : 05 46 34 00 00
Lire aussi
-
Île de Ré Mag’Une île à préserver
-
Île de Ré Mag’Lumières rétaises
-
Île de Ré Mag’Entre marais et Fier d’Ars, une balade au grand air
Joyau de l’île de Ré, le Fier d’Ars est une baie intérieure riche de sa biodiversité. Ce site unique borde les marais salants et la réserve naturelle de Lilleau des Niges. Un lieu privilégié pour observer la nature et les oiseaux tout en marchant.

Je souhaite réagir à cet article