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Les Maires en première ligne dans la gestion de proximité de la crise sanitaire

Replacer l'humain au centre des politiques territoriales est plus que jamais l'objectif de bien des maires et l'un des enseignements forts de cette crise sanitaire
Publié le 04/05/2020

Les maires sont en première ligne pour une gestion de proximité de la crise sanitaire, et la sortie du confinement. Nous avons interrogé trois maires rétais : Patrick Rayton, Gisèle Vergnon et Patrice Raffarin.

 

Voeux de Patrick Rayton, maire d'Ars-en-Ré

Maire de La Couarde-sur-Mer

Patrick Rayton : « Ce mandat sera celui de l’humain et de l’économique »

Ré à la Hune : Quelles ont été vos premières inquiétudes et les premières mesures que vous avez mises en place à partir du 17 mars ?

Patrick Rayton : Dès le jour des élections du 15 mars, nous avions engagé les procédures sanitaires dans le bureau de vote : distanciation sociale, gants, gel, voies d’accès avec des séparations d’un mètre… A l’heure de ma pause, je suis allé sur la plage et j’ai constaté qu’il y avait beaucoup de monde. Dans un second temps, nous avons eu l’annonce du confinement à partir du mercredi midi. Les comportements de certains, et pas que des touristes, ont rendu les choses compliquées, tout le monde n’a pas bien perçu d’emblée les enjeux de la crise sanitaire et du confinement, cela m’a un peu stressé.

Nous avons fermé la mairie dès le début du confinement en nous organisant en télétravail, en assurant une permanence.

Nos premières mesures, en collaboration avec la Communauté de Communes et les autres Communes ont été la fermeture des pistes cyclables, afin d’éviter les déplacements entre communes, puis devant les comportements sur les plages où les gens se retrouvaient en groupe, leur accès a été fermé et surveillé, dans le cadre d’un arrêté préfectoral.

Pensez-vous avoir pu prendre en compte toutes les personnes et familles les plus isolées ou précaires de votre commune ?

Pour la mise en place de la logistique en faveur des personnes les plus fragiles, j’ai mobilisé le CCAS, afin de définir « qui fait quoi ? », en nous basant sur le fichier des personnes fragiles, tenu à jour par le CCAS. Des membres du CCAS et certains élus ont régulièrement contacté chaque personne concernée.

Les personnes âgées ou seules, ou encore certaines ayant des problèmes de santé qui nous ont été signalées par les médecins, sont livrées chaque semaine en courses et médicaments

Nous avons aussi créé un groupe WhatsApp avec les médecins et l’Adjoint aux Affaires sociales afin de contacter les personnes et leur apporter de la nourriture, en tenant compte de leurs pathologies.

C’est une collaboratrice de l’école, formée par le médecin à la procédure à respecter, qui prend les commandes une fois par semaine, ensuite préparées par Carrefour Contact, qu’elle va chercher et livre aux environ dix familles concernées.

Côté CCAS on se répartit les tâches en appelant chaque semaine les personnes isolées. Nous avons aussi fait le point sur les besoins financiers et identifié trois familles fournies par la Banque Alimentaire. On s’est aussi regroupés avec quelques communes pour offrir à celle-ci, à tour de rôle chaque semaine, des fruits et légumes cultivés par des producteurs locaux, via des bons d’achat. En effet, Gisèle Vergnon a eu une demande de la Banque Alimentaire qui manquait de fruits et légumes.

Avez-vous le sentiment que le rôle essentiel du Maire dans la gestion du quotidien et la relation de proximité – d’autant plus dans une telle crise – est reconnu à sa juste valeur notamment par l’Etat ? Comment vivez-vous la gestion par l’Etat de cette crise et ses annonces ?

La population de manière générale est assez « consommatrice » de services publics, mais certains se rendent bien compte de notre rôle de proximité. Là où c’est plus problématique, c’est la reconnaissance du rôle des élus locaux par L’État dans les cas de gestion de crise. Il n’y a que peu de prise en compte des élus locaux dans la gestion par l’Etat, peu d’écoute des gens de terrain, il n’y a certainement pas de reconnaissance de l’Etat dans ses actes.

Je ne le vis pas très bien. J’ai conscience que ce n’est pas facile pour L’État dans ce contexte d’incertitudes médicales et de contradictions, mais j’ai du mal à admettre qu’il n’écoute pas le terrain pour sa prise de décision. Nous apprenons les annonces de L’État par les médias. Nous sommes sur le terrain, on nous traite de la même façon que si nous n’y étions pas

Cette crise n’est-elle pas l’occasion de montrer aux administrés justement que l’échelon mairie est primordial (cf les faibles taux de participation aux dernières Municipales dans les Communes n’ayant qu’une seule liste) ?

Nombreux sont les administrés fragiles ou âgés m’ayant prévenu qu’exceptionnellement ils ne viendraient pas voter, pour se préserver, du fait de la présence d’une seule liste. L’abstentionnisme important – à La Couarde nous avons enregistré un taux de participation de 35 % contre 60 % en 2008 et 70 % en 2014 (la configuration de la liste unique était la même) – est essentiellement lié à la crise sanitaire. Sans doute un phénomène d’usure a-t-il joué, à la marge.

Quel est l’impact de la crise sanitaire Covid-19 sur le budget de votre Commune ?

Il est très important, à la fois en termes de recettes en moins et de charges en plus. Le camping municipal, qui fait l’objet d’un budget à part, va devoir être intégré dans le budget de la Commune. A fin juin, le déficit sera de – 150 k€, et si on n’ouvre pas cet été, où va-t-on ? Ce déficit va devoir être absorbé par le budget général.

Les droits de mutation ne vont pas non plus être du même montant (- 200 à – 300 K€ ?), on ne va par ailleurs pas faire payer les terrasses, ou encore les tennis ou la base nautique que la Commune loue on proposera au moins une part de gratuité pour la période de non ouverture, on estime le manque à gagner à 100 K€. Idem pour les droits de place des marchés, on évalue la perte de recettes à 120 K€.

En gros, on devrait avoir entre 500 et 700 K€ de recettes en moins, sur un budget de fonctionnement de 2 millions d’€, sans compter les charges que l’on ignore encore (par exemple : masques, gel, combinaisons, etc.). Notre excédent sur le budget de fonctionnement d’un million d’euros ne pourra être affecté à de l’investissement cette année, ni l’année prochaine, on sera toutefois obligés de faire des travaux d’entretien. Aujourd’hui nous n’avons pas de visibilité.

Vous avez été élus avec votre équipe au 1er tour des Municipales, n’est-ce pas frustrant de n’avoir pu installer votre nouveau Conseil municipal ? Est-ce que les anciens élus s’impliquent toujours dans la gestion de cette crise au quotidien et avez-vous commencé à impliquer les nouveaux élus ?

Nous avons hâte d’installer le nouveau Conseil municipal, d’autant que mes deux premiers adjoints, Rémy Palito et Tony Berthelot, étaient sur le départ. J’ai impliqué de nouveaux élus dans la gestion de la crise, même s’ils n’ont pas encore de responsabilités officielles. Demain on gérera avec ces futurs adjoints et conseillers délégués, il était donc important qu’ils commencent à s’impliquer dans la prise de décision.

Puisque le Gouvernement peut avoir un débat à l’Assemblée Nationale, on devrait prochainement pouvoir installer le conseil municipal, d’autant que chaque conseiller peut avoir deux pouvoirs. Il suffit de six élus présents seulement pour le faire (La commune de La Couarde compte quinze conseillers municipaux – NDLR), ce qui nous permettra de nous projeter et d’avancer. Idem au niveau de l’intercommunalité : comment aujourd’hui un vice-président, un maire par intérim, peut-il s’impliquer sur des dossiers intercommunaux ?

La coordination entre les mairies et avec la Communauté de Communes a-t-elle bien fonctionné ?

Oui cela fonctionne bien, sur des sujets liés au confinement comme la fermeture des plages ou des pistes cyclables entre les communes, ainsi que par exemple pour l’ouverture de la crèche de La Couarde, pour les enfants des personnels soignants. Ou encore comment gérer la demande de la Banque Alimentaire.

Également pour la préparation du déconfinement, la commande groupée des masques par exemple ou encore le planning de redémarrage des travaux de la piscine… On a repris les réunions de travail hebdomadaires, cela fonctionne pour le moment avec un noyau d’élus, mais on a besoin de clarté.

Quels sont les enseignements que vous tirez de cette crise et en quoi, au niveau communal voire intercommunal, elle va changer certains fonctionnements ou priorités ?

J’avais raison quand j’ai annoncé à ma nouvelle équipe que ce mandat ne serait pas fait de gros projet, mais serait celui de l’humain et de l’économique. Quand on analyse cette crise, on voit que ce sont ces deux aspects qui vont primer dans les prises de décisions futures sur nos territoires, le sanitaire étant géré au plan national via la politique de santé publique. Soutenir les acteurs économiques et remettre l’humain au cœur des questions, voilà ce à quoi nous devons nous atteler.

Comment envisagez-vous ce nouveau mandat intercommunal ?

J’aimerais y assumer des responsabilités autres et avec plus de délégation, dans le cadre d’un mode de fonctionnement différent. Cela suppose que le président donne plus de délégation aux vice-présidents et les laisse gérer les interfaces avec les équipes, la prise de décision, les opérations… La confiance n’excluant pas le contrôle. Nous réussirons à cette condition.

Je souhaiterais aussi que la CdC assume pleinement sa compétence économique. Elle est aujourd’hui organisée autour de quatre grands pôles. Par exemple le pôle « Aménagement du territoire » comprend l’urbanisme et le PLUi, les bâtiments intercommunaux, les digues… Il faut que l’un de ces quatre pôles intègre une entité concernant l’économie. Il va falloir rapidement mener une politique de relance économique, qui – au-delà des politiques communales – doit être portée par la CdC, pour une vraie stratégie économique de territoire.

 

Patrice raffarin, maire de Rivedoux Plage

Maire de Rivedoux-Plage

Patrice Raffarin : « Je suis plus déterminé que jamais à me faire entendre »

Ré à la Hune : Quelles ont été vos premières inquiétudes et les premières mesures que vous avez mises en place à partir du 17 mars ?

Patrice Raffarin : Je me suis posé beaucoup de questions, j’ai trouvé que le confinement arrivait tard et je pense qu’il aurait été préférable de reporter ce premier tour des élections municipales. Il y a eu un certain illogisme.

Dès le début du confinement il s’est agi de le faire respecter. Dans les 48 premières heures j’ai réuni tous les agents communaux et tous les élus pour nous organiser. Notre première action a été, sur la base du Plan de Sauvegarde Communal (PSC), d’établir la liste des aînés en situation difficile, seuls, isolés ou faisant l’objet d’un suivi médical. J’ai réparti cette liste à raison de trois à cinq aînés par élu, à charge pour chacun de les appeler deux à trois fois par semaine, pour prendre de leurs nouvelles, discuter, faire leurs courses ou leur apporter leurs médicaments, ce que nous faisons depuis le 17 mars.

J’ai associé à la réflexion et à l’action les nouveaux élus, mais aussi les élus du mandat qui s’achève, toujours très impliqués. C’est l’avantage de l’échelon communal, nous œuvrons avec trente anciens et nouveaux élus, qui ont une bonne connaissance du territoire.

Pensez-vous avoir pu prendre en compte toutes les personnes et familles les plus isolées ou précaires de votre commune ?

Une autre action mise en place rapidement a consisté à être à l’écoute de façon plus large de personnes fragiles au plan économique, avec la Banque Alimentaire, le Rotary, le CCAS. La durée du confinement fait que des personnes fragiles le sont encore plus pour des raisons professionnelles et économiques. Elles ont parfois une certaine pudeur à venir demander de l’aide et on peut passer à côté de personnes méritant une aide.

Que se passe-t-il dans la tête d’un Maire, une fois l’effet de sidération passé, après l’annonce du confinement passée ?

Après effectivement une vraie sidération, j’ai ressenti une très grande fébrilité, une impatience réelle et beaucoup d’énergie avec pour seule obsession de préserver la santé de mes administrés, cela m’a empêché de dormir pendant plusieurs jours. Je réfléchissais la nuit à comment mettre en œuvre nos actions.

Au plan sanitaire, nous avons mis en place un groupe composé des médecin, infirmières, kiné de Rivedoux-Plage afin d’imaginer ensemble ce qu’il fallait mettre en place : fabrication de masques, gel, respect du confinement, feuille d’instructions et gestes barrières, notre médecin a élaboré une fiche afin d’alerter chacun sur les premiers symptômes, nous avons réfléchi avec toutes les composantes socio-économiques du village sur la mise en place des actions à mener.

Avez-vous le sentiment que le rôle essentiel du Maire dans la gestion du quotidien et la relation de proximité – d’autant plus dans une telle crise – est reconnu à sa juste valeur par L’État ? Comment vivez-vous la gestion par l’Etat, ses annonces ?

Je n’ai pas de raison de douter et Emmanuel Macron met souvent à l’honneur le rôle des maires et s’appuie sur eux. A l’égard des services de l’Etat, je suis un peu plus dubitatif, nous sommes en contact avec la seule cellule Covid-19.

Les décisions de L’État ont été hésitantes au début, cela a rajouté au climat anxiogène, comme par exemple sur l’opportunité ou non de porter des masques. La population a besoin de certitudes. Or c’est très compliqué, il y a une méconnaissance scientifique réelle, on découvre au fur et à mesure ce qu’est ce virus. La vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain, en fonction des avancées scientifiques.

Cette crise n’est-elle pas l’occasion de montrer aux administrés justement que l’échelon mairie est primordial (cf les faibles taux de participation aux dernières Municipales dans les Communes ayant une seule liste) ?

Je pense que le rôle du maire est très ancré et reconnu. L’abstention importante observée lors de ce premier tour des élections municipales est principalement liée au contexte sanitaire Covid-19. A juste titre, car je pense qu’il aurait été plus raisonnable de le reporter, il a largement contribué à la propagation de ce virus.

Je n’ai pas savouré ma victoire. C’est le seul reproche que je fais à L’État, d’avoir cédé à la pression politique et d’avoir maintenu le calendrier du premier tour.

Etes-vous inquiet à l’égard du déconfinement ? Quelles sont vos principales inquiétudes et interrogations ?

Je suis très inquiet, d’autant que le déconfinement a déjà commencé si j’en crois la circulation qui passe devant mon bureau, plus dense depuis plusieurs jours. Les gens ont bien intégré les gestes barrières, mais je crains une seconde vague dans quinze jours ou un mois.

La rentrée scolaire à partir du 11 mai m’inquiète, j’aurais préféré que l’Etat suive les préconisations du Conseil Scientifique (reprise de l’école en septembre. NDLR). Sur Rivedoux, nous souhaitons accueillir prioritairement les enfants des personnels soignants et d’autres catégories socio-professionnelles, notamment les enfants en grande difficulté sociale et scolaire. Pour les autres élèves, nous assurerons la continuité pédagogique via le travail à distance. Les familles sont pas mal équipées en informatique et nous aurions pu mettre des tablettes que nous avons en mairie à la disposition des familles qui en auraient eu besoin, plutôt que de rouvrir l’école.

Nous allons donc rouvrir l’école, mais pas forcément tel que le Gouvernement l’envisage, nous préparons les modalités avec le directeur d’école, les parents d’élèves du CE, l’ALSH, nous n’excluons pas d’être force de proposition et je ne suis pas certain de faire tout ce que l’on me demande au niveau de l’Etat. On se doit d’accueillir parfaitement ceux qui vont venir à l’école.

J’envisage aussi pour cet été deux semaines de rattrapage scolaire pour les CM2, par demi classe. Ce sera proposé aux enseignants sur la base du volontariat, et ce sera rémunéré. Les modalités doivent encore être définies, ce pourrait être travail le matin et loisirs organisés l’après-midi.

Je pense que même si les élèves n’ont pas tous le niveau qu’ils auraient eu avec la poursuite d’une scolarité normale ce n’est pas dramatique, et je pense même qu’une grande majorité d’enfants apprécient de travailler avec leurs parents, il ne faut donc pas surestimer un possible retard. Ce qui est plus inquiétant est le décrochage scolaire.

La coordination entre les mairies et avec la Communauté de Communes a-t-elle bien fonctionné ?

Pendant cette crise les maires ont eu une parfaite autonomie. Nous avons échangé régulièrement une à deux fois par semaine entre nous sur nos idées, pratiques, ressentis. J’ai aussi pu échanger avec la DGS de la CdC, Florence Durand, chaque semaine, je tenais à la féliciter, elle a été très disponible, ainsi que les services de la CdC, elle a par exemple coordonné les commandes de masques, ainsi que certaines actions ponctuelles menées avec la CdC.

Je voudrais décerner aussi une mention spéciale à l’AMF départementale (Association des maires de France, NDLR), présidée par Michel Doublet. Elle a été très présente, nous a envoyé par courriel, chaque semaine, plein d’informations qui nous ont été très utiles.

Le président du département, Dominique Bussereau, m’a aussi impressionné par sa réactivité sur les masques ainsi que les actions mises en place, dès le début de la crise, à l’égard de différents professionnels, comme par exemple les aides médicales ou ménagères.

Je m’interroge toutefois sur le maintien des barrières du Pont ouvertes, cela va favoriser un déconfinement avant le jour J, un déconfinement trop brutal aussi.

Quels sont les enseignements que vous tirez de cette crise et en quoi, au niveau communal voire intercommunal, elle va changer certains fonctionnements, modes de vie, organisation socio-économique, etc ?

Très sincèrement j’en retiens plein de choses, on n’en ressortira pas indemne et je veux m’attacher aux enseignements positifs. Je ne tiens pas à m’attarder sur les réactions de discrimination ou de haine. Ce que je constate est que notre société a, par le passé, manqué cruellement d’humanité et qu’il faut réapprendre à construire des liens. Notre regard sur la Nature a changé également, parce que l’on a eu très peur aussi.

Je voudrais féliciter tous ces citoyens qui ont proposé leurs services, agi pour fabriquer des masques, distribuer des cagettes de fruits et légumes, porter les courses et médicaments aux plus fragiles… Par exemple, la mairie a commandé chaque semaine 55 cagettes de légumes à des producteurs locaux, ensuite distribués aux aides-soignants, pompiers volontaires, employés de la Coved… habitant notre Commune…

Au niveau communal, cela me conforte dans la campagne que j’ai menée depuis deux ans, dans laquelle j’ai annoncé que je souhaitais que l’on se recentre sur l’humain dans ce nouveau mandat, beaucoup de travaux ont été faits, il est temps de revenir à l’humain, cette crise me conforte dans cette idée. Depuis plusieurs semaines les trente élus (du mandat qui s’achève et de celui qui commence, NDLR) travaillent tous, c’est formidable ce réseau.

Côté intercommunal, je me sens plus déterminé que jamais à me faire entendre et mieux faire partager mes idées, exposer et partager mes convictions, je jouerai un rôle important dans ce sens.

 

Maire de Sainte-Marie de Ré

Gisèle Vergnon : « Il faut savoir donner pour plus tard bien recevoir »

Ré à la Hune : Quelles ont été vos premières inquiétudes et les premières mesures que vous avez mises en place à partir du 17 mars ?

Gisèle Vergnon : J’ai pris réellement conscience de la crise le 12 mars, lors de l’allocution du Président de la République, qui a parlé de responsabilité personnelle et collective. Nous étions avec quelques collègues dans mon bureau de la Mairie et je leur ai dis qu’il était de notre responsabilité d’annuler notre dernière réunion publique prévue le lendemain. Nous avons travaillé jusqu’à 3 heures du matin sur la réalisation d’un flyer, que nous avons imprimé dans la nuit à 2500 exemplaires et distribué entre 8h et 11h du matin dans toutes les boîtes à lettres de la commune.

A ce moment-là la première préoccupation a été de ne pas mettre les gens en péril en passant outre la campagne électorale.

Les premières mesures mises en place ont été d’organiser le personnel de la commune en télétravail, une partie étant aussi en confinement. Nous avons continué à payer les factures, nous sommes restées à trois à la mairie : une secrétaire, une comptable et moi-même.  Le directeur des services techniques et deux collaborateurs de cette direction sont aussi restés là en permanence depuis le 16 mars, pour le marché, la voirie et autres sujets quotidiens. Deux policiers municipaux sont aussi sur le terrain, y compris pour des paroles de soutien à la population.

Nous avons aussi mis en place l’accueil scolaire et périscolaire pour les enfants du personnel soignant, l’ALSH étant fermé, ce sont les écoles qui ont accueilli entre 7h30 et 18h45 chaque jour huit enfants : deux personnes de l’Accueil de loisirs ont travaillé, la directrice de l’école et des enseignants volontaires.

L’obligation de proximité que l’on a habituellement n’est plus possible dans le fonctionnement quotidien pendant cette crise et c’est un supplice.

Avez-vous le sentiment d’avoir pu prendre en compte toutes les personnes, familles, les plus isolées, fragiles, précaires de votre commune ?

Dès les premiers jours, nous avons recensé, sur la base des listes électorales, la population de plus de 75 ans, les personnes isolées ou fragiles et avons constitué un groupe de 20 personnes, afin d’appeler chacun de ces habitants une fois par semaine. En règle générale, la plupart sont entourés d’enfants ou de voisins, mais cela n’empêche que notre appel hebdomadaire leur fait du bien et nous proposons de faire les courses.

Comment vivez-vous la gestion de la crise par L’État, ses annonces ?

Le sujet des masques qui n’arrivent jamais, c’est de l’« enfumage », j’aurais préféré que l’on ne nous balade pas ainsi. Idem pour la réouverture des écoles, au lieu de nous donner la main en amont afin que nous puissions anticiper et bien préparer cette réouverture, on nous la donne bien tard et en pleines vacances des enseignants…

Le Département s’est occupé d’acheter les masques pour les habitants de Charente-Maritime, via la Communauté de Communes, les maires de l’île de Ré ont regroupé leurs commandes de masques complémentaires pour les résidents secondaires. A Sainte-Marie nous avons constitué un groupe de cinquante bénévoles qui va les distribuer aux administrés de la main à la main, afin de nous assurer qu’ils soient bien distribués à tous. J’ai commandé 5000 masques pour adultes et adolescents (pas pour les enfants de moins de 10 ans).

Au niveau du BTP, nous allons suivre les recommandations de la Préfecture et j’aimerais que nous ayons sur l’île de Ré une uniformité entre les communes, afin que toutes nous autorisions les travaux jusqu’au 6 août (habituellement les travaux sont interdits en été, NDLR).

Vous avez été élue avec votre équipe au 1er Tour des Municipales, n’est-ce pas frustrant de n’avoir pu installer votre nouveau Conseil municipal ? Est-ce que les anciens élus s’impliquent toujours dans la gestion de cette crise au quotidien et avez-vous commencé à impliquer les nouveaux élus ?

L’abstentionnisme lié à l’inquiétude légitime du virus nous a privés d’une partie de notre électorat, notamment les aînés, ce qui a généré des inquiétudes quant au résultat de notre liste. Nous avons échangé dans la journée du 15 mars avec Jean-Pierre Gaillard, nous avons eu le sentiment d’être sur la corde raide. Jean-Pierre Gaillard (le maire du Bois-Plage a été battu au 1er tour par son concurrent Gérard Juin, NDLR) a fait le décompte en reprenant le registre électoral de sa commune, il lui a manqué clairement une partie de son électorat, qui n’est pas venue voter du fait du contexte sanitaire.

Bien que ma liste l’ait emporté, nous n’avons pas pu fêter cette victoire entre nous, ce qui est bien sûr frustrant.

Si j’ai sollicité l’ancien conseil municipal dans la gestion quotidienne de cette crise, nous avons aussi échangé régulièrement avec les nouveaux élus, les informations circulent.

Mais c’est dur psychologiquement de ne pouvoir encore se mettre au travail avec le nouveau conseil municipal.

Quels sont les enseignements que vous tirez de cette crise, au niveau communal voire intercommunal ?

Il y aura à n’en pas douter un avant et un après confinement, aux plans sociétal et environnemental. Par exemple, les producteurs locaux ont été valorisés, nous avons créé une chaîne avec toutes les communes pour alimenter cent personnes en fruits et légumes, via les Restos du cœur, les communes achetant à prix coûtant aux producteurs.

J’espère que les habitants continueront à acheter en circuit court, je pense qu’il s’est aussi passé quelque chose dans la tête des gens dans leur rapport à la Nature et l’Environnement.

Au niveau intercommunal, Destination île de Ré (Gisèle Vergnon est directrice générale de cet Office de tourisme intercommunal, NDLR) a fait le geste très fort de rembourser tous ses partenaires présents sur ses supports de communication papier et numérique, ce qui représente 500 000 € au global. Les acteurs touristiques ont vraiment apprécié le geste.

Il faut savoir donner aujourd’hui, pour bien recevoir demain, ce sera ma conclusion !

Interviews réalisées par Nathalie Vauchez

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