- Patrimoine
- Ecluses à poissons
« Les Bâtisseurs de l’Estran » a soufflé sa première bougie
Les écluses à poissons sont un témoin vivant du patrimoine rétais. Si Ré à la Hune ouvre régulièrement ses colonnes à l’ADEPIR, nous ne nous étions encore jamais fait l’écho de cette jeune association maritaise, Les Bâtisseurs de l’Estran, qui entretient d’ailleurs de bonnes relations avec son aînée.
Les plus anciennes traces écrites, faisant état de la présence de ces murs de pierres, en forme d’arc de cercle sur l’estran, remontent à 1409. Il était, alors, recensé sur l’île de Ré, 7 écluses en bois et 28 en pierres. On a compté, sur le territoire insulaire, jusqu’à 140 écluses (entre les années 1867 et 1875) (1). Il n’en reste, de nos jours, que le dixième. Elles représentaient, pour la population, un véritable « garde-manger » ; mais elles servaient, également, de remparts de protection face aux caprices de l’océan.
Laissées à l’abandon, au cours de la seconde moitié du siècle dernier, plusieurs Rétais ont décidé d’entreprendre des travaux de réfection. C’est ainsi que l’ADEPIR (Association de Défense des Ecluses à Poissons de l’Ile de Ré) a vu le jour, il y a une vingtaine d’années. L’objectif fixé était clair : participer à la sauvegarde du patrimoine maritime, à son enrichissement, sa promotion, son animation. Les responsables ont toujours insisté sur la mise en valeur du biotope maritime rétais. Mais, toutes les écluses ne sont pas sous la « houlette » de l’ADEPIR.
Une association très jeune qui vit sur les principes d’autrefois
Les pêcheurs de deux écluses situées à Sainte-Marie de Ré : « La Jalousie » et « La Vieille Salée », ont décidé de se regrouper et ont donné naissance aux « Bâtisseurs de l’Estran », en décembre 2016. Jean-Philippe Guillemoteau, le président, est l’interlocuteur devant les Affaires Maritimes, la Préfecture et la mairie de Sainte-Marie de Ré. Ce dernier nous confie : « On tenait, absolument, à préserver ce patrimoine familial, la grande majorité de ceux qui ont une part dans chacune de ces deux écluses, venaient y pêcher, étant tout gamins »… L’un d’entre eux ajoute : « C’est mon grand-père qui m’a appris à me servir du treillas (2), pour récupérer les bars et les mulets, sous le regard attentif de mon père. Aujourd’hui, c’est moi qui accompagne mon fils sur l’estran »…
Dès que la moindre brèche apparait sur le mur, sous la responsabilité de Christian Davy et de celle de Jean- Pierre Henry (respectivement chefs d’écluse de « La Jalousie » et de « La Vieille Salée »), les titulaires de parts se rendent sur place pour la colmater, en respectant scrupuleusement les techniques de montage dont ils ont héritées de leurs « aïeux ».
Les membres de l’association (environ une vingtaine) ont édité un calendrier pour l’année 2018. D’autre part, ils ont pris la décision de se lancer dans la remise en état d’une troisième unité, « La Jeune Salée ». Les travaux débuteront dès le printemps prochain. On trouve beaucoup de détermination, de passion, d’enthousiasme chez les « Bâtisseurs de l’Estran », pour qui le treillas symbolise, avant tout, un flambeau qui se transmet de génération en génération…
Jacques Buisson
(1) Sources : Jacques Boucard, « Les écluses à poissons dans l’île de Ré », 1984.
(2) Il s’agit d’un filet accroché à deux bâtons tenus dans chacune des mains pour se saisir du poisson.
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