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Santé animale et humaine

Le cas de rage chez un chien a été détecté grâce à la perspicacité d’un vétérinaire rétais

© Nathalie Vauchez
Publié le 15/03/2020

L’Institut Pasteur a confirmé jeudi 13 février 2020, par un communiqué de presse, un cas de rage chez un chien de type croisé détenu à Saint-Martin de Ré.

« Ce jeune chien, beige avec des taches blanches, museau fin, oreilles tombantes, de type chien ”jaune” typique des pays d’Afrique du Nord, avait l’habitude d’être promené par son propriétaire dans Saint-Martin ou dans les fossés des remparts de la ville, souvent accompagné d’une autre chienne de type croisé Sloughi. » a fait savoir la préfecture de Charente-Maritime dans un communiqué de presse daté du 14 février 2020.

Son maître l’a emmené en consultation à la clinique vétérinaire de l’île de Ré, située à La Flotte, le 3 février 2020, car le chien semblait anxieux et commençait à devenir un peu agressif, par moments. Bien que la France soit officiellement indemne de rage depuis 2001, les rares cas (douze) observés depuis cette date le sont sur des chiens infectés dans leur pays d’origine et importés illégalement dans notre pays, sans les vaccins obligatoires. Le Docteur François Dommanget, vétérinaire associé expérimenté, qui aurait très bien pu passer à côté, a été intrigué surtout par la façon qu’avait ce chien d’exprimer son agressivité, par séquences furtives, avant de retrouver un comportement normal.

Les investigations et les premières mesures prises

« Son maître a accepté de laisser le chien à la clinique pour observation, ce qui n’était pas une obligation, nous n’avons pas de pouvoir en la matière. » nous a-t-il expliqué. « En raison d’un changement de comportement brutal, des symptômes nerveux et d’une dégradation de l’état de santé de l’animal, le jeune chien a été euthanasié le 4 février 2020. L’autre animal a été placé en observation. » a précisé la Préfecture dans son communiqué. Le docteur vétérinaire nous a confirmé la mort inévitable par encéphalite de tout animal atteint de rage.

« J’ai signalé immédiatement mes suspicions à la Direction Départementale de Protection des Populations, un prélèvement a été réalisé et envoyé à l’Institut Pasteur qui a rapidement fait une première confirmation avant de confirmer définitivement mon diagnostic le 14 février 2020. Il a pu identifier très précisément la souche et sa région d’origine, au Nord-Est du Maroc, dans un environnement de quelques kilomètres, c’est assez impressionnant. Ce chien ayant été trouvé sur une route d’Espagne le 9 décembre 2019, les Espagnols sont confrontés à la forte difficulté de savoir comment il est entré dans le pays (dans le ventre de sa mère, en compagnie d’autres chiens ?) et avec qui il a été en contact, autant dire qu’ils sont inquiets face à la menace sous-jacente.

Une période d’incubation jusqu’à six mois

Ce cas datant du 8 février 2020, les mesures prescrites par arrêté préfectoral seront de rigueur pendant six mois à Saint-Martin de Ré. En effet, la difficulté avec ce virus, par ailleurs très fragile, est que l’animal concerné est contaminant dans les quelques jours qui précédent les premiers symptômes et durant évidemment tout le développement de sa maladie. La période d’incubation de la rage est longue entre quarante jours et jusqu’à six mois. La contamination se fait notamment par la salive dans une plaie ».

Immédiatement l’enquête « de voisinage » réalisée par la direction départementale de la protection des populations (DDPP) et l’Agence régionale de santé (ARS) a visé à rechercher d’autres personnes ou d’autres carnivores (chiens, chats, furets, etc) qui ont pu être en contact avec l’animal atteint de rage.

« Dans l’attente des résultats de ces investigations, un arrêté préfectoral portant déclaration d’un cas de rage pris vendredi 14 février 2020, a restreint sur la commune de Saint-Martin, les mouvements des chats et chiens qui doivent être tenus en laisse ou en caisse. De plus, les autorités municipales seront amenées à renforcer les mesures vis-à-vis des animaux trouvés errants » a fait savoir la Préfecture de Charente-Maritime.

C’est l’occasion de rappeler que l’irresponsabilité d’une seule personne peut ruiner les efforts de plusieurs décennies de lutte contre la rage et mettre en danger la vie d’animaux et d’humains. Les spécialistes vétérinaires ne cessent de dénoncer l’ampleur des importations illégales d’animaux non vaccinés et l’insuffisance des contrôles aux douanes. Les conditions sanitaires pour l’admission d’un carnivore domestique sur le territoire de l’Union Européenne sont pourtant connues et affichées : l’animal doit être identifié (tatouage ou puce électronique), il doit être vacciné contre la rage, et il doit avoir subi un titrage d’anticorps antirabiques dans un laboratoire agréé.

 

Recommandations importantes :

– Les propriétaires de carnivores (chiens, chats, furets, etc) résidant à Saint-Martin doivent tenir leur animal en laisse ou en cage. Ils ne doivent pas les laisser sortir librement sous peine d’être ramassés et mis systématiquement en fourrière et sous surveillance.

– Tout carnivore (chien, chat, furet, etc) ayant mordu ou griffé une personne doit être présenté à un vétérinaire par son propriétaire dans les 24 heures suivant la blessure. L’animal fait obligatoirement l’objet d’une surveillance sanitaire par un vétérinaire pendant 15 jours.

– Il ne faut pas manipuler les animaux sauvages ou errants surtout lorsqu’ils sont trouvés malades ou blessés ; – Il faut acheter tout animal de compagnie selon les circuits légaux afin d’éviter la réintroduction de la rage en France et limiter les risques pour soi-même ou les autres ;

En cas de morsure :

– Il faut impérativement nettoyer la plaie avec de l’eau et du savon, rincer abondamment et appliquer une solution antiseptique ;

– Il est indispensable de consulter rapidement un médecin, qui pourra selon le contexte orienter la personne mordue vers un centre antirabique et vérifier le statut à jour de la vaccination antitétanique.

Source : Communiqué de la Préfecture de Charente-Maritime

 

Statut de la France et modes de transmission de la rage :

La France métropolitaine est indemne de rage sauvage des carnassiers, en particulier les renards : la rage du renard a été éliminée en 2001, après de vastes campagnes de vaccination des renards menées dans les années 1980-1990, la rage canine a également disparu.

Les chauve-souris peuvent être porteuses de la rage en France. La France est officiellement indemne de rage depuis 2001. Les rares cas observés chez l’animal dans notre pays concernent d’une part des chauves-souris, mais également des chiens et des chats, ou encore d’autres animaux infectés dans les pays où sévit la maladie, puis importés illégalement.

La rage animale fait l’objet d’une surveillance épidémiologique en France. Il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire. Dans le monde, la rage continue de sévir dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe Centrale, du Moyen-Orient, d’Amérique du Sud… Les mammifères sont le réservoir de cette maladie, et peuvent accidentellement la transmettre à l’homme.

Le virus se transmet de l’animal à l’homme par morsures, griffures et aussi simple léchage d’une peau excoriée ou des muqueuses. La transmission d’homme à homme n’a jamais été démontrée en dehors du contexte de greffes d’organes ou de tissus.

Source Ministère de la Santé et AFSSA

Nathalie VAUCHEZ

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