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L’art : une nécessité humaine
La galerie d’art Clipperton a vu le jour à Sainte-Marie cet été. Idéalement située rue du 14 juillet et pratiquement sur la place d’Antioche, elle est facile d’accès et ouverte à tous.
Passionnée d’art, Emmanuelle Auzary est ravie de se lancer dans l’aventure d’une galerie d’art contemporain dans ce village de Sainte-Marie qu’elle apprécie au point d’y posséder une maison. Artiste elle-même à ses moments perdus, elle a, dans le cadre de ses responsabilités précédentes, beaucoup travaillé sur les émotions. Elle est accompagnée dans cette entreprise par son époux, tout autant intéressé qu’elle par l’art. L’important pour tous deux est de créer un lieu où les oeuvres sélectionnées feront naître avant tout chez ceux qui les regardent une intensité émotionnelle.
Le local de la galerie n’est pas immense, mais suffisamment vaste pour que chaque oeuvre trouve sa respiration et son éclairage. Les sources de clarté ont été astucieusement exploitées et au fond de la galerie, un grand puits de lumière éclaire les sculptures les plus spectaculaires. Une décoration discrète et de bon goût s’efface devant la puissance émotionnelle des oeuvres présentées.
L’émotion et le talent
La dizaine d’artistes, peintres et sculpteurs, présents pour cette ouverture révèle des sensibilités artistiques différentes mais tous ont en commun l’émotion et le talent.
David Daoud, franco-libanais, peintre, dessinateur et sculpteur, a été marqué par la guerre civile dans son enfance et l’art deviendra très tôt son refuge. La couleur est centrale dans sa peinture où l’on trouve des bleus profonds et des rouges vibrants qui lui donnent une formidable puissance émotionnelle. Ami avec le musicien Ibrahim Maalouf, il a illustré la pochette de son album Levantine Symphony N°1 réalisé en 2018 et ce dernier a écrit la préface de la première grande monographie sur Daoud parue aux Editions Lord Byron.
Isabelle Malmezat, artiste d’une grande sensibilité aux toiles éclatantes et poétiques, explore la matière pour atteindre, dans une atmosphère brumeuse, une réflexion sur la condition humaine. La création de Khaled Alkhani est elle aussi marquée par les événements qu’il a vécus et son exil depuis la Syrie. Son oeuvre élégante et engagée, qu’il expose dans le monde entier, est forte et colorée. Jean- Claude Buffle, journaliste suisse, écrit à propos de Catherine Duchêne, dont la peinture est une expression vitale basée sur son instinct, ces mots qui semblent une bonne introduction à son univers : « La beauté ne réside plus dans la perfection des corps, mais dans le bouillonnement des énergies qui les enfle et les déforme. » Catherine Duchêne nous rappelle aussi que « l’expressionisme est toujours protestation » ce qu’elle s’applique à faire de son mieux avec « des couleurs qui ne sont pas faites pour être jolies ». Nathalie Gioria, pastelliste s’adonne à l’huile de temps à autre mais la plus grande partie de sa production est consacrée au pastel. Elle créée des mondes imaginaires faits de douceur, de nature et de dégradés de couleurs.
Ivan Kawun, d’origine ukrainienne, aujourd’hui décédé, a marqué sa peinture de la formidable envie de vivre qu’il avait en lui. Il a évolué avec les années et on considère que les années 72 à 75 représentent la période majeure de son oeuvre, mais tout son cheminement, qui passe de l’abstraction à l’expressionisme, est passionnant. Helen Teede, a grandi et vit au Zimbabwe. Ses peintures sont empreintes de rêve dans lesquels apparaissent et disparaissent des corps et des objets. Elle s’intéresse en fait à la façon dont nous sommes empêtrés dans le monde. Enfin, Simon de Cardaillac, décédé en 2019, qui avait grandi dans un environnement lié à Nicolas de Staël et s’était initié à la peinture sous son regard bienveillant. Ce peintre exigeant qui ne faisait pas de concession a laissé une oeuvre humaniste.
Côté sculpture, on découvre des bronzes de David Daoud et les surprenantes sculptures de Sabine de Courtilles où bois, écorce et branches deviennent entre ses mains, selon un procédé de fabrication qui brûle le bois, des sculptures en bronze. Ses oeuvres uniques qui conservent la trace de la matière originelle sont gracieuses et pleines de poésie. La galerie possède de nombreuses oeuvres d’Anousté, artiste qui brûle ses sculptures selon une technique traditionnelle japonaise et utilise la flamme pour révéler les veines du matériau. Le résultat est à la fois sévère et somptueux et l’une de ses grandes sculptures est installée dans le puits de lumière de la galerie.
Tous ces artistes donnant vie à la galerie représentent des mondes variés, mais un seul univers, celui du talent. Ils seront rejoints à l’avenir par d’autres artistes, cependant le choix qu’opèrera Emmanuelle Auzary reposera toujours sur les mêmes critères, l’émotion avant tout et sur la confiance que lui font les artistes en lui confiant leurs oeuvres.
Galerie Clipperton
68 rue du 14 juillet – Place
d’Antioche – 17740 Sainte-Marie
07 67 04 62 30
www.clipperton.art
La galerie sera ouverte à l’année avec des horaires variables selon les saisons.
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