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La pointe des Baleines, haut lieu du patrimoine maritime rétais
La pointe des Baleines regorge de vestiges de notre passé couvrant une large période allant du Moyen Âge à la Seconde Guerre mondiale. Elle témoigne du lien particulier qu’a toujours entretenu l’île de Ré avec l’océan.
Située à l’extrême nord-ouest de l’île de Ré et au carrefour de deux courants contraires, celui du pertuis!Breton et celui du pertuis! d’Antioche, la pointe des Baleines est l’un des endroits les plus tempétueux, et peut-être les plus dangereux, de l’île de Ré. Mêmes les baleines en auraient été victimes! : cette pointe rocheuse tirerait son nom des nombreux cétacés qui seraient venus s’y échouer.
Lieu stratégique
Avec l’intensification du transport maritime, le pointe des Baleines est vite devenue un enjeu majeur de la protection maritime. La Vieille Tour des Baleines, toujours debout et visible sur le site du phare, est érigée entre 1669 et 1682 par Vauban sur ordre de Colbert pour des raisons défensives. Coiffée d’une lanterne en pierre, ses petites ouvertures sont constamment encrassées par les fumées issues de la combustion de l’huile de poisson. En 1736, le dôme en pierre est remplacé par une couverture en fer forgé et le feu alimenté en charbon. Mais les ouvertures restent ténues et son efficacité est critiquée par les marins qui ne cessent de réclamer un vrai phare pour mieux sécuriser la navigation à l’approche de cette zone dangereuse.
Guidage des navires
La construction du phare des Baleines et celle du phare des Baleineaux débutent simultanément en 1849. Le chantier des Baleineaux, situé à!trois kilomètres au large, est particulièrement difficile et nécessite l’édification d’une jetée de trois cents mètres de long pour permettre l’acheminement des matériaux. Tous deux sont mis en service en 1854. Haut de 57,10 mètres et éclairant l’océan à une portée de 53,7 kilomètres, le phare des Baleines est un repère de navigation classé de premier ordre. La pyramide de Chaume, située à six cents mètres à l’est du phare, venait compléter le dispositif. Cet amer d’une hauteur de quatre mètres cinquante, toujours visible au tout début de la plage de la Conche, servait de repère en plein jour pour les bateaux.
Le sémaphore, quant à lui, est construit dans les années 1860. Ce poste de guet de la Marine Nationale française surveille jour et nuit les côtes et coordonne d’éventuels sauvetages en mer. Il transmet également au continent des données scientifiques, météorologiques et des informations sur la faune marine.
Canot de sauvetage
Au sud de ces deux phares et du sémaphore, l’abri du canot de sauvetage est un autre témoin de l’histoire maritime de la pointe des Baleines. Construit en 1869, cet édifice servait à abriter le canot de sauvetage en mer qui portait secours aux naufragés au large de la pointe des Baleines. Cette embarcation en bois était insubmersible!: elle se vidait automatiquement de son eau et se redressait lorsqu’elle chavirait. Plusieurs canots furent utilisés à la pointe des Baleines, dont le Cabiou-Charron, le Baron-Larrey ou encore l’Armand-Forquenot. Le concours de dix rameurs, d’un patron à la barre et d’un sous-patron à l’avant était nécessaire à son fonctionnement. Beaucoup étaient des cultivateurs qui possédaient des bateaux pour la récolte du varech et savaient donc manier la rame, mais ils n’étaient pas des marins professionnels.
«Témoin de la violence des flots, l’abri du canot de sauvetage des Baleines est aussi la marque de la solidarité insulaire », explique Hélène Gaudin,!guide conférencière du service patrimoine de la Communauté de Communes. «Entre la fin du 18e et le 20e siècle, on compte près de trois cent quatre vingt-dix naufrages au large de l’île de Ré. Et si les naufrages se font moins nombreux au début du 20e siècle, ils ne disparaissent pas totalement. Parmi eux, la disparition du paquebot l’Afrique en janvier 1920, avec ses six cents passagers. Seulement trente-cinq seront sauvés.»
La Moufette
Si l’océan est synonyme de danger pour les habitants de l’île de Ré, c’est aussi un garde-manger précieux. Sur l’île de Ré,! cent quarante écluses à poissons étaient en activité au Moyen Âge. Ces gigantesques pièges à poissons positionnés sur l’estran rocheux couvraient pas moins de quatre cents hectares et permettaient aux paysans rétais de tirer une partie importante de leur subsistance. Les écluses sont construites selon un savoir- faire séculaire et les pierres sèches sont érigées sans liant. Mais elles sont soumises à de fortes pressions, notamment lors des tempêtes d’hiver, et nécessitent un entretien permanent.
A la pointe des Baleines, juste en contrebas du phare, l’écluse Moufette est encore visible à marée basse. L’association! «L’Amicale de Moufette» s’évertue à la remettre en état. « Son nom, «Moufette», veut dire «Mal fait», explique Hélène Gaudin. «Ça ne veut pas dire qu’elle a été mal construite, bien au contraire, mais en revanche, elle est située à un endroit où elle va forcément être défaite à cause des courants contraires des pertuis Breton et d’Antioche. Lors des grandes marées, les pressions sont très fortes et l’écluse souffre beaucoup.»
Mur de l’Atlantique
Enfin, la pointe des Baleines nous replonge aussi dans une histoire plus contemporaine avec ses vestiges de la Seconde Guerre mondiale. L’armée allemande, présente sur l’île entre 1942 et 1944, y bâtit tout au long de ses côtes des ouvrages de défense rapprochée, des batteries anti-aériennes, des stations- radar de détection navale ainsi que des batteries d’artillerie de côte. Ces ouvrages forment des maillons du Mur de l’Atlantique. Un blockhaus est encore en place dans l’enceinte même du phare des Baleines, mais les vestiges les plus impressionnants se situent tout autour. Sur la Conche, notamment, à l’est du phare. Lieu éminemment stratégique, la Conche des Baleines offre une vue imprenable sur les côtes vendéennes et le pertuis Breton. Longue de près de trois kilomètres, les Allemands y redoutent un débarquement. Ils y installent deux points d’appui défensifs dont un seul a été conservé : la batterie Klara, constituée de trois casemates doubles et d’une casemate simple. Elles disposaient chacune d’une plateforme de tir extérieure, et derrière la dune plusieurs abris et soutes en tôle assuraient la logistique. La Conche et ses blockhaus ont notamment inspiré le producteur du film «Le jour le plus long», dont les scènes de débarquement ont été tournées en 1961 sur les plages de la Conche.
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