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La Java, lieu de culture et troupe artistique
Pour sa 9è saison La Java des Baleines a poursuivi sa progression de fréquentation, attirant tous les profils. Surtout, l’essentiel réside dans l’évolution de son modèle économique et artistique, avec une vraie volonté de création interne. Jonathan Odet revient pour Ré à la Hune sur 66 jours d’ouverture et plus de 70 spectacles proposés.
Ré à la Hune : Commençons par le bilan chiffré. Comment s’est passée cette saison ?
Jonathan Odet : La fréquentation a continué d’évoluer comme depuis neuf ans, avec 55 000 personnes estimées sur 66 jours d’ouverture en juin, juillet et août, soit une augmentation autour de + 10 %, et la billetterie a suivi la même tendance. On a essayé de diversifier l’offre de restauration avec deux soirs par semaine des stands méchoui et cochon à la broche des Semi Croustillants et veillé à ce que nos visiteurs n’aient pas à faire trop la queue, c’est important.
Mais la grande nouveauté, c’est que nous avons voulu forcer sur notre création propre, faire vibrer encore plus les gens, tout en maintenant le niveau de création externe. Avec 36 créations internes – on les a doublées – pour 35 prestations réalisées par des artistes venant de l’extérieur, La Java devient une compagnie, une troupe de spectacle. Nous avons proposé cinq représentations de notre création « Les contes du pipoteur », spectacle jeune public mêlant contes improvisés et théâtre d’ombre. Nos bals des pop-ups (treize en tout), nos cabarets quiz ou bingo, tout comme nos cabar’express de 15 mn mélangeant cirque, danse, théâtre, chant et musique, ont beaucoup plu, la fréquentation a été incroyable. Nous glissons en permanence des popups d’acrobatie, danse, théâtre, etc. au cours des soirées, qui donnent du rythme à La Java.
Nous avons aussi travaillé un nouveau numéro de cabaret burlesque, contemporain avec une danseuse chorégraphe qui a réuni autour d’elle des personnes de l’équipe de La Java. Nous avons également créé des spectacles thématiques pour certains festivals comme celui des mammifères marins le 10 août avec les musiciens Matthieu Nauleau et Matthieu Desbordes, participé au spectacle Queer Bloom de la compagnie de danse Sine qua non art dans le cadre du festival Queer Codes ou encore créé en 2025 le spectacle Ode à l’envol, pour le festival du Nord « A vol d’oiseau », joué cette année aux écuries de Loix.
Comment ont justement fonctionné cette année les festivals ?
On a au fil des années gardé ceux qui rencontrent le plus leur public, en les améliorant aussi. Pour le festival élaboré avec Ré nature environnement La Java des dauphins – et cette année des phoques – nous avons créé en interne un vrai spectacle et trouvé un bon équilibre, c’est un beau partenariat. Le festival Queer est fortement monté en puissance, il fait partie des évènements pour lesquels on draine un tourisme dédié, un tourisme de site, on avait une centaine de festivaliers au camping, l’engouement est énorme, parmi toutes les classes sociales et générations.
Le festival de danse avec ContempoRé danse était magnifique, tout comme celui de cirque. Pour Summer of Love nous devons revoir un peu la programmation.
La boum des familles de 19h à 21h que nous avons organisée à deux reprises a rencontré un vrai succès. Les bals conceptuels du samedi ont fait carton plein, les gens ont vraiment envie de danser. Et nous agrémentons ces bals toutes les 20 minutes de micro saynètes de 3 minutes composées de danse burlesque, cirque aérien, etc. Les Clubby électro avec un DJ techno et plein de petits spectacles ont aussi rencontré un large public.
Les jeunes de 18 à 25 ans ont désormais investi aussi La Java, ce qui n’était pas trop le cas avant. Et notre dizaine de partenariats avec des structures locales fonctionne très bien.
Les frères Enhco, qui sont venus pour la deuxième fois à La Java, nous ont offert des moments extraordinaires.
Le festival A vol d’oiseau, qui a rassemblé quinze structures locales sur quatre communes du nord de l’île – Les Portes, Saint-Clément, Ars et Loix – et se déroule donc en partie hors de La Java – est un peu plus compliqué, on a du mal à faire sortir les gens de La Java. Les concerts dans les marais par exemple ont attiré moins de monde. Mais on tient à ce festival et on va continuer de travailler son concept, pour le faire décoller.
Y-a-t-il eu d’autres points plus mitigés ?
Oui on constate que les soirées payantes – pourtant à des tarifs modérés entre 3 et 8 € – attirent moins de monde, il y a une barrière psychologique. Si on veut que le nombre de soirées payantes diminue, nous devons ainsi développer la création interne, moins coûteuse au final.
Malgré tous nos efforts pour diminuer les nuisances sonores – nos pics étaient à 93 décibels cette année conte 103 les précédentes années – on a encore une pression forte sur ce sujet. On a quelques marges de manoeuvre comme le réglage des micros, la cadence des soirées…
Même si Label Oyat – association qui assure la programmation de La Java. NDLR – a organisé la soirée disco dans la salle du Godinand, une belle réussite, il serait compliqué pour nous d’y délocaliser en été des spectacles, cela demanderait un travail énorme d’installation.
Une autre marge de manoeuvre réside dans la programmation, par exemple le rock n’est pas adapté chez nous, ni les gros cuivres ou batteries… Tout ce qu’il est possible de le faire, nous le faisons.
Le maire de Saint-Clément a évoqué lors de l’AG de l’APSSC un éventuel site envisageable pour implanter le chapiteau de La Java, vers le Gillieux. Qu’en pensez-vous ?
Nous sommes ouverts à toute proposition. Il ne faut toutefois pas juste déplacer les problèmes. Quand la végétation du Moulin rouge poussera cela pourra faire baisser un peu la nuisance sonore.
Concernant l’esthétisme du site, on a fait aussi de vrais efforts, on a caché par exemple l’arrière des foodtrucks, et mis en place plein de petites choses qui mises bout à bout ont un impact visible sur l’aspect global extérieur, tout le monde a pu le constater.
Pendant plusieurs années vous avez hésité à continuer, où en êtes-vous au plan financier ?
Nous fonctionnons avec environ un tiers de bénévoles et deux tiers de staff, douze salariés au SMIC. Nous avons travaillé dans de meilleures conditions que l’an passé et tout le monde veut rempiler l’an prochain, même si c’est très dense pendant trois mois.
Côté recettes nous avons dénombré 8815 entrées en billetterie sur 33 spectacles payants, sans compter les cinq cabarets cirque d’Ophidie et les cinq spectacles de Donin dont nous ne connaissons pas les chiffres. Les subventions de la CdC et du Département sont restées à l’identique, nous n’avons pas eu cette année le Fonds de Développement de la Vie Associative (Ministère) notre projet étant abouti. Avec cela et une gestion très rigoureuse on est à l’équilibre pour la deuxième année, après plusieurs années déficitaires. Il faudrait qu’on arrive à être bénéficiaire, pour payer nos dettes…
Quid de La Baleine blanche, dans les Pyrénées ?
Tout est rose et tout est noir à la fois. Le site et son concept fonctionnent très bien mais on a énormément de travaux de restauration des bâtiments à prévoir, à commencer par la toiture. Il y a plus de 700 K€ d’investissement à envisager…
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