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Jules Caspar, un maraîcher peu conventionnel
Jules Caspar cultive des légumes à La Couarde depuis cinq ans. Il est labellisé bio mais il va au-delà du cahier des charges : il produit ses plants et ne travaille qu’avec des variétés anciennes. Double actif, il sera désormais sur le marché de la commune à partir de juillet.
Jules Caspar, maraîcher à La Couarde, fait partie de ceux que l’on peut qualifier de puristes. Installé en bio, il n’utilise pas d’engrais ni de produits phytosanitaires, et va plus loin que ce qu’exige le cahier charges du label : « mon sol est toujours couvert et je le travaille le moins possible. J’ai des verres de terre à gogo ». Et surtout, « je produis mes propres plants de légumes. Je recherche ainsi l’autonomie de ma ferme vis-à-vis des fournisseurs extérieurs », rapporte l’homme de 34 ans et enfant du pays rétais. Il assume « des choix politiques contre l’asservissement du monde agricole » et en faveur de « légumes vraiment bons pour la santé ».
En Inde et dans le Lot-et-Garonne
Au départ, « rien ne me destinait à aller vers le maraîchage », reprend Jules Caspar, qui pense plutôt au métier de thérapeute depuis l’adolescence. Passé l’âge de 18 ans, il bosse comme saunier l’été à l’île de Ré et vagabonde l’hiver. Et c’est en Inde qu’il découvre le maraîchage, « chez un Anglais qui pratiquait la permaculture. Je suis resté six mois chez lui, puis un an. J’ai adoré le contact avec la nature, être en extérieur et travailler avec des convictions ». En parallèle, Jules Caspar se forme à la psychothérapie hors cursus d’Etat. Il apprend « dans le privé » et s’oriente vers des approches moins conventionnelles, se forme à des outils psycho-corporels ainsi qu’à l’accompagnement avec les états modifiés de conscience tels que l’hypnose. « Vers mes 22-23 ans, j’ai ouvert mon cabinet et j’ai travaillé en maraîchage dans le Lot-et-Garonne. J’ai aussi beaucoup appris là-bas. » Quelques années plus tard, on lui propose de reprendre un cabinet à Sainte-Marie-de-Ré. L’enfant du pays, où il est arrivé à l’âge de 6 ans, saute sur l’occasion. « J’ai fait les aller-retours tous les quinze jours entre le Lot-et-Garonne et l’île de Ré. Je pensais que trouver un terrain ici pour du maraîchage serait mission impossible. Et finalement, j’ai eu une opportunité ici, à la tour des Prises, avec un logement. C’était un vrai bon alignement des planètes. »
Qualité nutritionnelle et autonomie
« J’entame mon cinquième été ici en tant que maraîcher », retrace Jules Caspar. En quelques années, il a mis ses choix à l’épreuve et rodé son système. Jules Caspar refuse ainsi chez lui toutes les variétés hybrides, largement majoritaires en France, qui sont reconnues pour être productives, uniformes mais dont les graines sont non reproductibles. « Je cultive uniquement des variétés anciennes », aussi appelées variétés de population. « Ces variétés, dont les graines sont fertiles, sont créées pour s’adapter au territoire et elles favorisent la biodiversité. Elles sont reconnues pour leur qualité gustative et surtout, ce qui me plait, leur potentiel nutritionnel ». Jules Caspar achète ses semences d’aubergine, poivrons, courges, carottes, betteraves, mesclun, salade, blette, poireaux, persil, ciboulette, basilic, artichaut et piment chez un artisan semencier labellisé bio. En revanche, « je fais mes semences de tomates moi-même, car je veux faire ma propre sélection de variétés, dont j’en ai une quinzaine. » Tous légumes confondus, Jules Caspar compte « cent cinquante variétés ».
Un sol vivant, même en été
Une fois les graines achetées, le maraîcher produit les plants. Exemple avec les aubergines : « j’achète les graines en fin d’année. Je les sème début février, en conditions maîtrisées sous serre. Je dispatche chaque variété dans du terreau. Au bout de trois semaines, les graines sortent de terre. Lorsqu’elles sont au stade 3-4 cm, je les place dans un godet individuel. Puis, lorsque j’obtiens un plant de 15 cm, je les plante en extérieur, souvent autour de mi-avril, pour une récolte l’été ».
Une fois les plants en terre, Jules Caspar applique le principe du maraîchage sol vivant : non travail du sol, un sol couvert et alimenté en continu. Pour la couverture, il utilise des bâches plastiques ou tissées. « Cela évite l’enherbement et garde l’humidité du sol et donc son activité, même l’été. » Pour l’alimentation, il apporte du fumier de cheval, qu’il récupère auprès d’un centre équestre rétais. « En échange, j’aide à curer les boxes. » La combinaison des techniques favorise ainsi la vie bactériologique du sol : « j’ai plein de vers de terre qui travaillent et aèrent le sol. Ils mangent certaines bactéries, qu’ils transforment en d’autres bactéries assimilables par les légumes, apprécie-t-il. Je ne passe surtout pas d’outil, pour ne pas casser la structure du sol ».
Sur le marché de La Couarde, l’été
Jules Caspar vend 75 % de ses légumes sur le marché de La Couarde. Et le reste à la Biocoop (15%) et à des restaurateurs (5%). « Un pied de tomates en variété de population va donner environ 3,5 kg, contre une vingtaine de kilos en variété hybride en culture biologique », estime Jules Caspar. Pour autant, « ma ferme fonctionne financièrement, elle est viable ». Il justifie : « je n’ai pas fait de gros investissements de structure et je n’ai pas de charges de matériel ni de mécanisation. Mis à part le terreau et les graines, je suis autonome en tout ».
« Jusqu’à l’année dernière, j’étais présent sur le marché à partir de début avril.
Mais j’ai décidé d’arrêter les légumes de printemps à la suite d’une demande importante au cabinet », informe le double actif. « Je serai désormais sur le marché trois fois par semaine en juillet & août et une fois par semaine en septembre & octobre. »
Vers une coopérative de semences
Les variétés de population, dont les graines sont fertiles et donc reproductibles à la ferme, « sont créées pour s’adapter au territoire », rapporte Jules Caspar. Alors, plutôt que de les acheter sur catalogues à des artisans semenciers pas forcément du coin, et à la suite du contact de l’association Graines de troc, il lance un essai avec des maraîchers de La Rochelle, Ré et Oléron. « Nous voulons créer une coopérative de semences. Mais la production de semences demande beaucoup de temps et de surveillance, surtout au moment de la récolte, car il faut trier les graines pour ne garder que les propres. Alors, nous nous sommes dispatché les légumes. Moi, je m’occupe des tomates et je teste les oignons. » Projet à suivre.
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