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Des naturalistes de terrain, pour protéger faune et flore
Ré Nature Environnement a tenu cette année son Assemblée générale sur le terrain de L’Ecole Buissonnière, en présence d’Allain Bougrain-Dubourg, président de la LPO et Rétais de coeur.
Philippe Favreau, secrétaire général de l’association, a évoqué les actions de communication, passant notamment par le site renatureenvironnement. fr et par l’OEillet des dunes, diffusé dans les pages et sur le site de Ré à la Hune. Après plusieurs mois de suspension, ce périodique naturaliste de seize pages va être à nouveau publié, Cécile Rousse succédant pour la maquette à Danielle Siron. Des tomes regroupant plusieurs éditions de l’OEillet des dunes sont aussi diffusés. De multiples animations, notamment à l’ANCRE Maritaise, où Ré Nat s’associe avec la LPO, Les Tardigrades, Ré Astronomie et l’Adépir pour une riche programmation, contribuent à informer et sensibiliser Rétais et vacanciers à la richesse de la biodiversité rétaise. Ainsi Christine Malbosc, vice-présidente de Ré Nat, est-elle présente chaque jeudi matin à Montamer.
Plusieurs festivals organisés par l’association et mêlant science et art ont rencontré un vif succès, sur différents thèmes : coquillages et crustacés en 2023, insectes version 1 en 2024, insectes version 2 en 2025. Un festival autour des habitants de l’estran est programmé pour 2027.
Installation d’un hydrophone dans la baie de Loix
Ré Nat est aussi très présente pour l’observation et la protection des mammifères marins, grâce aux trois membres du Réseau national d’échouage Pélagis : Patricia Caillaud, Jean-Roch Meslin et Grégory Ziebacz. Le rorqual boréal (3è plus grande des espèces de baleines) échoué à Rivedoux et auprès duquel ils sont intervenus a été autopsié : il est décédé d’une péritonite aïgue, d’une infection généralisée très grave et du plastique a aussi été retrouvé dans son estomac. « Une euthanasie sur un tel animal n’est pas possible, mais il est mort assez rapidement. Il dérivait depuis le grand large vers nos côtes depuis des jours et des jours », ont-ils expliqué.
Jean-Roch Meslin a aussi évoqué le projet de poser un hydrophone dans la baie de loix – de nombreux dauphins s’y échouent, pris au piège de la marée descendante, une soixante d’échouages a été constatée de 1 à 17 dauphins par les correspondants Pélagis. Un tel appareil permettrait d’être alerté en temps réel de la présence de dauphins dans la baie et d’intervenir le plus rapidement possible afin d’éviter l’échouage. « Techniquement cela existe, il faut trouver le meilleur système. Un seul hydrophone peut permettre de couvrir la baie, cela fonctionne avec l’Intelligence artificielle et rayonne sur un diamètre d’un km. Nous avons obtenu cet été l’autorisation du Parc naturel marin. LPO et Pélagis financeront le dispositif. Ce serait une première en France, cela n’y existe pas. On voudrait aussi doubler cela d’un système d’effarouchage au large. Si cela fonctionne bien, l’installation d’hydrophone pourrait être ensuite étendue à tout le golfe de Gascogne », a expliqué Jean-Roch Meslin.
Le festival des mammifères marins prévu à La Java des Baleines- il s’est déroulé les 10 & 11 août. NDLR – avait pour thème cette année les phoques gris. Douze phoques sont venus sur les côtes rétaises cet hiver, ils sont de plus en plus nombreux (lire notre article en page 9).
Le Réseau national d’échouage dispose d’une camionnette Trafic Le Globi et d’un bateau, La Janthine 2. L’aide du Rotary Club et d’un donateur anonyme ont permis de financer ce matériel. « On sauve des phoques et de plus en plus de dauphins », a conclu Jean-Roch Meslin.
L’Aire marine protégée a donné lieu à un travail participatif avec les enfants, animé par Patrice Giraudeau et Pascal Gauduchon.
Observations, actions et vigilance
La lutte contre l’implantation d’éoliennes continue avec le collectif NEMO, au sein duquel le président de Ré Nat notamment est très actif. « Après l’échec du premier appel d’offres, l’Etat en a relancé un nouveau, en y rassemblant onze projets pour 11 GW, l’équivalent de sept centrales nucléaires, dans les pertuis charentais, en Bretagne et en Méditerranée. Le Gouvernement est passé outre le Parlement, il passe en force et risque donc le contentieux. Un tel projet représente des dizaines de milliards d’€. », a mentionné Dominique Chevillon. Une conférence NEMO permet chaque été d’informer et sensibiliser (le 17 août à Saint-Clément, à lire prochainement).
Deux refuges LPO ont été inaugurés cette année, celui de La Grainetière à La Flotte et celui de Saint-Martin, composé en réalité de trois sites : Vert Clos, jardin du Musée, parc de La Barbette. Ré Nat y recense et suit insectes et champignons, La LPO évidemment les oiseaux.
Ré Nat s’intéresse aussi aux nudibranches de l’estran, de petites limaces de mer, elle en fait le recensement. Déjà vingt-neuf espèces ont été répertoriées dont deux tiers qui n’avaient jusqu’ici jamais été vues sur l’île de Ré. Sans guère de doute, le changement climatique est pour quelque chose dans leur migration.
« Ré Nat s’intéresse à des genres et des espèces rares et fait avancer la connaissance. Plus la pression d’observation est forte, plus elle permet de découvrir de nouvelles espèces vivantes sur l’estran, ce sont les invertébrés de l’estran », a expliqué Dominique Chevillon.
Allain Bougrain-Dubourg a évoqué la pêche aux civelles autorisée par l’Etat français, alors que cette espèce est en danger, 96 % de sa population ayant disparu. Entre 55 et 65 tonnes de civelles sont pêchées chaque année. Le président de la LPO, accompagné de Grégory Coutanceau, essaie d’obtenir une interdiction, alors même que l’Europe a autorisé la France à prélever 50 tonnes, là où Italie, Angleterre, Espagne n’en pêchent qu’une tonne. « On la pêche dans la Baie de l’Auiguillon, dans une réserve naturelle nationale ! Nous prévoyons une opération coup de poing, mais chut ! », a-t-il juste soufflé. « Il faut a minima interdire la pêche à la civelle dans la réserve naturelle ! ».
Des motifs de satisfaction
Dominique Chevillon, président de Ré Nat, a fait part de plusieurs points de satisfaction. L’association a obtenu son agrément préfectoral. Elle intervient sur toutes les communes et travaille déjà avec les nouveaux élus issus des élections municipales et communautaires : « Les élus on en a besoin, ils sont toujours à portée d’engueulade ». Autre « raison de se réjouir », les actions et moyens mis au service d’une meilleure connaissance du vivant. Parmi les satisfecit du président, l’état de la nature dans l’île de Ré, dans un contexte particulier : une période extrêmement pluvieuse, suivie des canicules à répétition. Très agacé par ceux qui fustigent les naturalistes qui « s’émerveillent », le président a taclé : « On ne fait pas que nous émerveiller, on oeuvre à la conservation des plantes et des animaux. »
L’OEillet des dunes prend un nouveau souffle après une longue pause, Danielle Siron ayant réalisé la maquette pendant près de vingt ans passe la main à Cécile Rousse, le président est ravi de pouvoir bientôt diffuser le périodique naturaliste via Ré à la Hune et en ligne.
Un déclin inquiétant de la biodiversité
Allain Bougrain-Dubourg, toujours présent aux AG de Ré Nat, a dressé le constat du déclin inquiétant de la biodiversité depuis les années 70, « une vraie catastrophe » pour certaines espèces, même si quelques espèces emblématiques ont pu renaître, grâce à la pression exercée par les associations naturalistes. « Il faut pour faire avancer les choses être au plus près des bêtes et des plantes. En écoutant le bilan de Ré nature environnement, je vois l’illustration de ce que chacun d’entre nous peut faire. Dans les années 1970, seulement quelques initiés protégeaient la Nature, elle était sous cloche, on n’en parlait pas. Aujourd’hui, les mentalités ont totalement changé, les citoyens s’engagent pour ce patrimoine naturel, ils donnent l’alerte, on protège davantage. Mais il faut être lucide, on a réussi à sauver quelques espèces emblématiques, mais on est en train de tout perdre sur la biodiversité de proximité. Il est beaucoup plus difficile de donner un souffle à ce vivant, on est dans un changement de paradigme total. Plus que sauver une espèce, il faut sauver un milieu naturel, ce qui relève du défi politique. Première cause de la disparition de la biodiversité, l’agriculture intensive et son cortège chimique, partout dans le monde. Deuxième raison, l’artificialisation qui gagne du terrain chaque année en France. Mais aussi les espèces invasives et le réchauffement climatique. Il faut se battre sur cette question et aussi accroître la prise de conscience sur la biodiversité. C’est notre devoir d’humain d’être dans la compassion pour les plus faibles faisant partie du vivant sur notre planète et ceux qu’on ne connaît pas. »
« L’Europe ne tient plus ses engagements, par exemple pour le loup qu’elle a accepté de sortir du statut des espèces protégées. C’est scandaleux, tout comme l’est la Loi Duplomb. Nous vivons une période très douloureuse. La ministre Monique Barbut est courageuse. »
« Le monde n’est pas dangereux à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire, disait Albert Einstein. Ré Nat ne laisse pas faire », a conclu le président de la LPO, avant que les sympathisants de l’association se retrouvent devant un buffet bien garni.
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