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Des moments inoubliables malgré les difficultés
Une 39e édition du festival Musique en Ré, brillante par l’interprétation de ses musiciens et égale à la précédente par la fréquentation.
Kamiar Kian, directeur de Musique en Ré, a toujours souhaité rendre la musique classique accessible à tous et en particulier au jeune public. Il est certain que les prix pratiqués lors du festival ne peuvent l’être que grâce aux subventions accordées et la crainte de Kamiar Kian, si le niveau de celles-ci venait à diminuer à l’avenir, serait de ne pouvoir conserver ce merveilleux grand orchestre du niveau des orchestres nationaux qui ravit tous les publics chaque année. Est-ce une raison suffisante pour que Musique en Ré cesse d’exister avant d’avoir atteint son 40e anniversaire ? Certainement pas. Kamiar Kian qui a connu bien des difficultés pour maintenir à flot ce festival n’a pas l’intention d’abandonner Si les circonstances l’y obligent, il sera triste de ne plus programmer ce grand orchestre, mais réfléchira à comment survivre et « de toute manière quelle que soit la formule, Musique en Ré continuera d’exister » comme il l’affirme.
D’ailleurs cette dernière édition qui s’annonçait dans une triste conjoncture a donné d’aussi bons résultats que l’an passé avec une fréquentation identique et des moments forts ; l’ouverture du festival était l’un d’entre eux avec « Mémoire du bagnard Papillon » une histoire qui touche l’île de Ré. Écrite par un enfant du pays, car Vincent Beer- Demander avait deux grands-parents rétais, ce spectacle a été un grand succès. Le concert jeune public à la salle de la Prée à Ars, avec Pierre et le Loup de Prokofiv, a comme à chaque fois, séduit son public et les enfants ont aimé découvrir physiquement les instruments présentés. Ce festival de musique classique qui interprète régulièrement tous les grands auteurs du répertoire, à commencer par Mozart, est plébiscité par les Rétais et le concert « Les Trésors de la musique classique » sous la direction de Théo Fouchenneret, de même que celui du lendemain au Bois-Plage avec au programme Mozart, Beethoven et Brahms ont affiché complets. La soirée en l’église de La Flotte fut elle aussi remarquable par les prouesses des solistes Ludivine Moreau à la flûte et Alexandra Bindi à la harpe interprétant le concerto pour flûte et harpe de Mozart et la direction du chef d’oeuvre de Beethoven, la Symphonie N°5, par Sara Nemtanu qui jouait en même temps du violon.
Sara Nemtanu que l’on retrouvera avec Jean-Claude Casadesus le 7 août à Saint- Martin pour la clôture du festival. Un final toujours extraordinaire sous la direction de ce grand monsieur.
Le plus court chemin d’un coeur à un autre*
Ce final sera suivi quatre jours plus tard, le 11 août, à la salle des fêtes d’Ars, d’une conférence-musicale, instaurée à l’initiative de Pierre Boeuf, maire d’Ars et ami de longue date de Jean-Claude Casadesus, l’idée étant de mieux faire connaître le métier ainsi que l’éthique et les engagements du musicien. Plutôt qu’un monologue, la formule retenue était une conversation avec Jacqueline Brochen, fidèle collaboratrice amie du maître et administratrice générale de l’Orchestre National de Lille durant 32 ans. C’est grâce à elle que nous savons désormais que le chef d’orchestre est au Japon une légende vivante de la musique et considéré comme monument national !
Au milieu des sujets abordés, allant de sa formation au rôle politique ou non d’un orchestre dans la cité, Jean-Claude Casadesus rappela que la musique était une émotion accessible à tous et que la servir et la transmettre était essentiel, mais qu’il fallait aussi être digne de le faire. Elle est à la fois moyen et ouverture et permet d’élargir tous les langages.
Cet interprète de la musique classique a beaucoup défendu la musique contemporaine et jamais dédaigné les autres formes de musique. On se souvient qu’il a collaboré entre autres avec Aznavour lors de directions d’orchestres symphoniques pour accompagner le chanteur.
Cette longue conversation entre les deux protagonistes fut ponctuée d’extraits musicaux montrant Jean-Claude Casadesus dirigeant son orchestre à des moments significatifs pour lui, comme ce passage de La Résurrection de Mahler, enregistré huit jours après l’attentat du Bataclan en novembre 2015. Pour clôturer cette séance conviviale et instructive, le dernier extrait diffusé montre bien l’ouverture de Jean-Claude Casadesus sur le plan religieux et le respect et la confiance que lui montrent les dirigeants étrangers à ce sujet. Dans le cadre du retour du Pape François au Maroc en 2019, après trente-quatre ans d’absence, Mohammed VI avait demandé à Jean- Claude Casadesus de diriger l’Orchestre Philharmonique du Maroc à l’Institut de formation des Imams à Rabat, pour interpréter l’Ave Maria de Cuccini. Trois chanteuses accompagnaient l’orchestre : une chrétienne Caroline Casadesus, une musulmane Smahi El Harati et une juive Françoise Atlan. Un grand moment de musique.
*Titre d’un ouvrage de Jean-Claude Casadesus
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