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« Ce qu’on a commencé à vendanger est joli »
Les viticulteurs ont commencé à livrer les premières bennes de raisin mardi 11 août. Les rendements ne seront peut-être pas au rendez-vous, toutefois les producteurs saluent un état sanitaire correct des vignes.
Mercredi 12 août, deuxième jour de vendanges sur l’île de Ré. Les adhérents de la Cuma* de Sainte-Marie-de-Ré récoltent, ce matin-là, du Chardonnay. « Nous avons démarré à 4h30, car le but est de ramener du raisin frais à la coopérative. On livrera notre dernière benne vers 10h30- 11h », cadre Éric Mounier, viticulteur adhérent de la Cuma de Sainte-Mariede- Ré et aujourd’hui chauffeur de tracteur. La cinquième canicule est là, et les grappes de raisin chauffent dès le lever du soleil. « Hier, nous avons livré du raisin à presque 30 degrés. Normalement, il ne faut pas dépasser les 25. »
Associer les parcelles et les cuvées
Cette année, les vendanges relèvent d’un caractère « vraiment exceptionnel », avance Anthony Cordon, viticulteur, président de la coopérative Uniré (480 ha, 50 adhérents) et membre de la Cuma de Sainte-Marie. Et pour cause, elles commencent avec presque un mois d’avance, la chaleur et l’absence de pluie ayant poussé le raisin à maturité précoce. Pour donner le top départ de la récolte, Jérôme Poulard, responsable technique des cultures à la coopérative, s’appuie sur plusieurs contrôles de maturité. D’abord ceux effectués tous les lundis depuis quatre semaines, dans une vingtaine de parcelles historiques. Il regarde, pour chaque cépage, notamment le taux de sucre, l’acidité et le pH ou encore le poids de vingt grappes afin d’avoir une estimation du rendement. Enfin, s’il estime qu’un cépage est prêt, il lance un échantillonnage de chaque parcelle chez tous les adhérents pour valider la maturité. Puis il organise le chantier de récolte.
Concrètement, il s’agit de coordonner les équipes de terrain et celles de la cave. « C’est un jeu de logistique selon les cuvées que l’on veut faire, sachant que nous avons une vingtaine de bouteilles différentes à la coopérative », relate Jérôme Poulard. Etienne Blanchon et Benoît Penanhoat, les oenologues, et Jérôme Poulard anticipent ainsi la disponibilité des cuves, du pressoir ou encore le temps de maturation, qu’ils croisent avec la maturité de la parcelle et le temps d’avancement des huit machines que compte la coop en Cuma ou en propre. « On reçoit minimum deux bennes par machine et par jour », établit Jérôme Poulard.
S’organiser en pleine saison touristique
Les viticulteurs reçoivent donc, la veille au soir, leur planning du lendemain avec la liste des parcelles à vendanger. Pour Sainte-Marie, par exemple, la Cuma compte deux machines et quatre bennes. Les producteurs adhérents se répartissent les matériels. Sur la machine, les chauffeurs se relaient toutes les deux heures. L’organisation millimétrée doit cette année composer avec le pic de fréquentation touristique que connaît le territoire autour du 15 août. « La taille des parcelles va de 15 ares à 1,5 hectare. Nous commençons par celles éloignées des villages ou des campings, pour ne pas réveiller les gens qui sont là pour profiter de leurs vacances », s’accordent Anthony Cordon et Éric Mounier. Ensuite, ils déterminent une boucle pour optimiser le temps de déplacement. « Nous avons prévenu la Communauté de Communes, qui a prévenu les mairies, la police et la gendarmerie », rapporte le président d’Uniré. Sur la route, malgré des ralentissements, « ça se passe bien, les gens font attention et nous sommes vigilants », apprécie Éric Mounier, au volant du tracteur qui livre les bennes à la coopérative.
40 hL/ha en chardonnay
Les premières bennes arrivent à partir de 6h du matin à la coopérative. « Le raisin ne doit pas passer plus de deux heures dans la benne, entre le moment où il est récolté et son arrivée à la coop pour éviter qu’il ne chauffe ou qu’il ne produise du jus, ce qui pourrait favoriser l’oxydation », campe Jérôme Poulard. A leur arrivée, les bennes sont échantillonnées pour déterminer la qualité et in fine le prix auquel sera payé le raisin. Et, malgré la précocité de la récolte, les premiers résultats ne semblent pas si mauvais. « Aujourd’hui, le Chardonnay est à 13 degrés de sucre », note Anthony Cordon. « Normalement, il doit être entre 12,5 et 13,5. » Dans les clous, donc. D’un point de vue sanitaire, techniciens et viticulteurs sont optimistes. « Nous n’avons pas eu de pluie, donc peu de pression maladie », poursuit Anthony Cordon. « La vigne est saine. » « Ce qu’on a commencé à vendanger est joli », abonde Frédéric Johan, chef de culture, au volant d’une machine. En revanche, les volumes, eux, semblent à la baisse. « Le stress hydrique bloque la maturité. La vigne puise alors de l’eau dans le raisin, ce qui fait baisser le rendement », explique Anthony Cordon. En Chardonnay, le rendement tourne autour de 40 hL/ha, contre près de 60 hL/ha normalement.
Jeudi 13 août, au troisième jour de récolte, les 20 ha de Sauvignon blanc et les 30 ha de Chardonnay étaient finis de vendanger. Doivent suivre, le Négrette, le Merlot, le Cabernet franc, le Colombard, le Cabernet sauvignon et l’Ugni blanc. « Tout est mûr en même temps. Alors nous faisons au mieux et les viticulteurs s’entraident entre eux », glisse Jérôme Poulard. Car, potentiellement, la vigne peut gagner « 0,2 à 0,3 degré d’alcool par jour. Soit + 2,1 degrés en une semaine ». En clair, il ne faut pas traîner.
*Cuma : Coopérative d’utilisation de matériel agricole.
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