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CAP Douleur, créé sur l’île, fête ses dix ans
Le vétérinaire rétais Thierry Poitte a lancé avec son confrère Luca Zilberstein, le 16 mai 2016, la structure CAP douleur (Change animal pain), basée à Montamer et qui rayonne désormais partout en France, dans plusieurs pays européens et au Québec. A l’occasion de cet anniversaire, un colloque ouvert au grand public est organisé à l’Aquarium le 23 octobre prochain, qui s’annonce passionnant.
Diplôme de docteur en médecine vétérinaire (Toulouse) en poche et doté déjà de quatre années d’expérience, Thierry Poitte arrive en 1985 sur l’île de Ré et s’associe dès 1987 avec le Docteur Jacques Breuilh au sein de la clinique vétérinaire rétaise, alors basée à Saint-Martin de Ré. En 1987 Thierry Poitte ouvre la première clinique de La Flotte, et en 1997 le Docteur François Dommanget s’associe à son tour au sein de la SCP. En 2010 la nouvelle et vaste clinique vétérinaire de La Flotte créée sur 400 m2 ouvre ses portes et au 1er avril 2025, la clinique de Saint-Martin ferme définitivement.
Des formations à la prise en charge de la douleur animale
Après avoir suivi lui-même un DIU (diplôme inter-universitaire) dédié à la douleur humaine à Rennes et avoir de la pratique en la matière auprès des animaux, Thierry Poitte propose aux vétérinaires au début des années 2010 des formations à la prise en charge de la douleur animale. « J’ai voulu transposer au monde vétérinaire ce que j’ai appris. Les confrères sont venus, très vite nous avons dispensé trente à quarante jours de formation par an, à titre indépendant. Le cursus d’études vétérinaires de huit ans comprend moins de vingt heures dédiées à la douleur animale ! »
En 2016, il échange de façon approfondie avec l’équipe de médecins spécialisés de la Société française d’étude et de traitement de la douleur (SFETD) et décide de créer un réseau scientifique afin de réunir une grande majorité de vétérinaires autour d’un patrimoine commun de connaissance de la douleur. « On avait besoin de savoir ce qu’il se passe dans les cliniques, c’était un vrai défi, un changement de paradigme car on proposait à des vétérinaires indépendants de se constituer en réseau et de travailler ensemble. On a eu cette chance qu’ils adhèrent à CAP Douleur. La douleur était alors considérée juste comme un symptôme et non une discipline, or elle est à la croisée des chemins de toutes les disciplines. Il a fallu changer le regard, pour prendre en charge la douleur animale. Nous avons fondé cela ensemble, avec Luca Zilberstein, spécialiste en anesthésie, analgésie et soins intensifs, ces regards croisés de différentes disciplines – physiologie, comportement, médecine interne, orthopédie… – ont eu beaucoup de succès. Nous avons fait énormément de recherches bibliographiques et réuni les connaissances théoriques mais aussi de terrain. »
800 cliniques et 2400 vétérinaires
Ainsi le 16 mai 2016 les deux vétérinaires décident de fonder ensemble CAP douleur, dont Thierry Poitte est le directeur général et Luca Zilberstein le directeur scientifique. La structure regroupe aujourd’hui 800 cliniques, cabinets ou centres hospitaliers vétérinaires adhérents, soit plus de 2400 vétérinaires et 2100 assistants vétérinaires et s’est donné pour mission de changer le regard et la prise en charge de la douleur animale multi-espèces : chiens, chats, nouveaux animaux de compagnie (NAC) et espèces équines rurales, ruminants tels les veaux et les vaches…
CAP Douleur a trois types d’activités : c’est d’abord un organisme de formation reconnu par l’Etat, et par le Comité de formation continue vétérinaire, certifié Qualiopi. Il dispense plus de 80 journées ou soirées conférences par an dédiées à l’analgésie et l’anesthésie, en présentiel ou en E-Learning. Les regards sont croisés, avec des thèmes tels « cancérologie et douleur », « gériatrie et douleur », ou encore « soins palliatifs et fin de vie ».
Une approche transdisciplinaire
L’approche est transdisciplinaire, car la douleur ne relève pas seulement de la médecine vétérinaire. CAP Douleur croise l’algologie humaine, les neurosciences, la physiothérapie, la psychologie, les sciences humaines, etc. « Cette transversalité est portée par le concept « One pain, one health » : une seule douleur, une seule santé », qui fait en quelque sorte converger les connaissances des médecines humaine et vétérinaire.
Par ailleurs, la douleur chronique est envisagée comme phénomène biopsychosocial, elle n’est pas réduite à une lésion ou à un symptôme mais résulte de l’interaction entre des mécanismes biologiques, l’histoire de l’animal, son comportement, son environnement et sa relation avec son propriétaire.
« Il s’agit de sortir du dogmatisme, car il y a de plus en plus de consensus sans raisonnement clinique, face à des clients de plus en plus exigeants. Les jeunes vétérinaires veulent se protéger en appliquant le consensus, sans raisonnement. »
Cet organisme propose aussi une formation d’excellence, la « Consultation douleur » étalée sur dix mois, destinée à des promotions de vétérinaires déjà impliqués dans la prise en charge des douleurs chroniques.
Un maillage scientifique
CAP Douleur est aussi un Réseau, offrant un maillage scientifique dédié à la prise en charge de la douleur. Il a créé des outils digitaux d’évaluation et a fait émerger en médecine vétérinaire la notion de « fardeau du propriétaire-aidant : « accompagner durablement un animal malade ou douloureux peut entraîner fatigue, anxiété, contraintes financières, renoncements personnels et sentiment de culpabilité. Prendre soin de l’animal implique donc aussi d’écouter et de soutenir la personne qui s’en occupe quotidiennement. Ceci permet d’améliorer aussi l’application de l’ordonnance », explique Thierry Poitte. « Il y a la notion de contagion émotionnelle. On a trois acteurs : l’animal, son propriétaire et le vétérinaire, il faut que les trois soient en phase. »
« CAP douleur a obtenu en 2015 un prix de l’Ordre vétérinaire venu récompenser sa démarche scientifique, éthique et de communication. CAP Douleur est reconnu comme une marque. »
Accompagner les laboratoires
Troisième activité, CAP Douleur Consulting accompagne des laboratoires « en toute indépendance scientifique ». « On a accompagné le développement des principaux antalgiques vétérinaires de ces dernières années, de certains dispositifs de physiothérapie (laser) et nous sommes particulièrement impliqués dans l’essor des biothérapies (anticorps monoclonaux…). On forme le personnel et on conseille en communication, avec un discours extrêmement scientifique. On travaille aussi sur les causes de de mauvaise observance des traitements, non pas pour que les labos vendent plus de médicaments mais pour que les animaux soient mieux soignés. Une piste est l’alliance thérapeutique, on doit considérer les médicaments, l’alimentation, les moyens non pharmacologiques comme les promenades, les massages, l’aménagement de la maison… On travaille avec 90 % des laboratoires vétérinaires et on a aujourd’hui 26 partenaires. »
Les vétérinaires de l’île de Ré ont été les premiers en France à utiliser les anticorps monoclonaux, dont l’efficacité sur la douleur sont assez remarquables.
Ainsi CAP Douleur défend une médecine rigoureuse mais non figée. Les recommandations scientifiques sont indispensables, mais elles doivent être confrontées à la singularité de chaque animal et aux données de « la vraie vie ».
Enfin, Thierry Poitte s’intéresse particulièrement en ce moment à la médecine narrative. En prenant le temps d’écouter attentivement le propriétaire de l’animal, l’idée est de poser un diagnostic plus précis et de mieux évaluer la faisabilité du projet thérapeutique. « Chaque micro-histoire, chaque cas singulier, donne des indices. Savoir par exemple différencier une douleur aigue d’une douleur chronique. Il faut partir des cas très singuliers pour ensuite tirer des enseignements plus généraux. On sort du carcan idéologique. La douleur est tellement subjective. En plus il commence à y avoir un véritable mal-être chez les vétérinaires, ils doivent prendre le temps dans un certain nombre de consultations, pour poser un diagnostic le plus juste et redonner du sens à leur métier et à leur pratique. »
Au-delà de sa démarche très scientifique et de son appropriation des outils modernes de communication, Thierry Poitte est porté par la passion de sa démarche CAP Douleur, dont les facettes sont multiples et par sa mise en application concrète auprès des nombreux animaux rétais qui ont la chance d’en bénéficier.
L’écho de l’autre – Le dialogue silencieux entre l’Homme et l’Animal
Pour ses dix ans, CAP Douleur organise un colloque vendredi 23 octobre 2026, toute la journée, à l’Aquarium de La Rochelle (sur inscription payante). Au programme dix conférences de personnalités scientifiques reconnues et le médiatique Allain Bougrain-Dubourg, sur des thèmes très variés : L’animal douloureux en écho à l’homme douloureux : One pain One health ?; Le choix de son animal de compagnie est-il un hasard ? Dis-moi quel animal tu as, et je te dirai qui tu es ; L’animal connecté : la technologie IA au service d’une nouvelle éthique du soin ; 2026 : l’heure de la réciprocité a-t-elle sonné pour que la recherche humaine rende enfin la monnaie de sa pièce au bienêtre animal ?; ou encore : L’animal sentinelle : quand la douleur animale annonce et anticipe les drames humains. Et bien d’autres sujets.
Pour en savoir plus et s’inscrire : victoria.cahouet@capdouleur.fr ou 06 78 99 09 18 – Nombre de place limité à 130
Thierry Poitte et ses consultations douleur sur l’île de Ré
Thierry Poitte annonce qu’il arrêtera son activité de vétérinaire généraliste fin 2026.
Il continuera d’intervenir – désormais en indépendant – à la clinique vétérinaire de La Flotte pour des consultations et soins autour de la douleur animale.
Lors de votre appel à la clinique, il faudra bien spécifier votre demande de « consultation douleur ».
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