Portrait

Aurélie Courcier, céramiste saunière entre sel et terre

©Tom Sauvage - Aurélie dans son atelier où la pierre rencontre la lumière.
Publié le 23/06/2022

Installée à Ars-en-Ré depuis plus de 20 ans, cette céramiste passionnée puise dans son métier de saunière une riche inspiration créative. Et depuis quelques mois, elle invite le public à venir découvrir ses créations dans sa maison-atelier-boutique.

Une île pour une nouvelle vie

C’est en 2001 que l’installation se fait. Aurélie a alors la possibilité de reprendre le marais qui appartenait à son grand-père, alors qu’elle n’a à l’époque aucune expérience en tant que saunière. Mais ce marais est pour elle un lieu chargé de souvenirs d’enfance, alors elle tente l’aventure. Elle quitte donc tout pour venir s’installer à Ars et y poser son tour de céramiste. Commence alors la restauration de ce marais familial situé vers la digue du fier d’Ars. Trois bonnes années seront nécessaires pour le remettre en état car il n’avait pas été entretenu depuis dix ans, En parallèle, Aurélie la céramiste continue de se former et progresser à la pratique du grès, profitant de l’hiver lorsque le marais est fermé pour affiner son art. Car si Aurélie est une céramiste principalement autodidacte, une envie l’anime : marier démarche artistique et savoir-faire artisanal.

Des créations vibrantes comme la matière

Installée sur son tabouret près de son tour, elle nous raconte que chaque création est le fruit d’une relation intime à la matière. Passionnée et passionnante, elle insiste sur le fait que le choix du matériau – terre cuite, faïence, porcelaine ou grès – est le premier signe de la sensibilité artistique d’un artisan. Pour elle, c’est le côté monobloc, la densité du grès qui lui parle. Car avec chaque tour, c’est un puissant équilibre entre force et fragilité qu’elle doit trouver. Délicatesse de l’argile qu’il convient d’écouter et de travailler avec respect. Force de la céramique lorsque celle-ci a été cuite à 1260 degrés, lui conférant une résistance et une densité incomparables.

Elle nous dit à ce sujet : « Je progresse le plus quand je suis dans la douceur avec la terre ; à son écoute. Il y a une vraie ambivalence donc il faut respecter la matière quand on tourne ». Et cela se voit quand on admire les créations qu’elle a modelées durant l’hiver : peu ou pas d’arêtes ou d’angles, et beaucoup de douceur. Une douceur que l’on ressent jusque dans le son de ses créations, avec des bols qui sonnent d’un bruit cristallin presque envoûtant.

Ce qui nous impressionne en l’écoutant parler, ce sont les quantités de terre nécessaires à la création d’un objet : 350g de terre pour une salière médiévale (sa spécialité) et plus de 1,5 kg pour un saladier. La preuve que le métier de céramiste est à l’image du métier de saunier : physique.

Le marais, source d’inspiration inépuisable

Car ce qui rend les céramiques d’Aurélie si originales, c’est cet ancrage dans son marais. Tout d’abord parce qu’elle y passe une grande partie de ces journées qui se structurent autour de l’exploitation du sel. Ensuite parce qu’elle « cherche dans ce véritable petit monde les touches d’inspiration » : la mousse sur la surface telle une écriture, les traces de pas des oiseaux qui constellent la terre. On retrouve subtilement cette empreinte du territoire dans ses créations, à l’image de ses tasses enrichies d’incrustations de sable fin provenant directement de la plage d’Ars. Car sa sensibilité à la nature lui permet en retour d’imprégner le grès de la même sensibilité.

Le soir, nous la retrouvons dans son marais alors que le soleil s’apprête à se coucher. Elle nous guide à travers les carreaux, expliquant son métier de saunière avec la même énergie que son métier de céramiste. Mais elle se révèle également atypique par son enthousiasme et son élégance, aux antipodes de l’image un peu carte postale du saunier torse nu dans son marais sous un soleil de plomb. Dans cet environnement qu’elle connaît par cœur, elle nous fait penser à Georgia O’Keeffe, artiste moderne américaine qui a révolutionné la peinture avec sa vision singulière et son style artistique et vestimentaire affirmés.

©Tom Sauvage – Dans son marais où elle travaille chaque jour et puise son inspiration.

Un atelier authentique au cœur d’Ars-en-Ré

Pour cette artiste, qui comme beaucoup d’autres pratique la céramique en solitaire, l’ouverture de son atelier-boutique s’est avérée être une étape importante lui offrant « l’occasion d’inviter le public à venir à ma rencontre, dans mon univers ». Et un moyen pour elle de découvrir la diversité du public touristique : « Toulouse, Bretagne, on voit passer des gens venant de plein de villes et régions différentes. Ce n’est pas que Paris ». En plus de pouvoir leur expliquer son processus créatif, elle les invite à s’imprégner de l’ambiance chaleureuse de son atelier. Un lieu très apprécié nous dit-elle car il est « tout sauf aseptisé. Il est vrai ». La terre l’habite, la nature l’entoure, et la lumière qui traverse les vitres le sublime.

Quand on lui demande quand sa boutique est ouverte, Aurélie nous répond avec un clin d’œil « de 10h à 13h environ, et un peu tous les jours, en fonction de l’activité du marais ». Car comme toute saunière qui se respecte, c’est son marais qui dicte en grande partie son agenda.

Plus qu’une boutique, son atelier rue de Chanzy est un havre d’inspiration à son image. Un lieu entre sel et terre pour une céramiste qui se veut humble trait d’union entre deux univers. Univers qui dialoguent joliment dans chacune de ses créations.

 

Contact

L’atelier boutique d’Aurélie Courcier est ouvert de 10h à 13h tous les jours au 29 rue de Chanzy à Ars-en-Ré.

Vous pouvez la suivre et la contacter sur Instagram @entre_sel_et_terre

Tom Sauvage

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