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Accompagner la douleur
Au 8 rue de la Chapellerie, à Loix, s’est ouvert un cabinet médical centré sur la prise en charge moderne de la douleur. Au-delà du soin, accompagnement, aide et prévention sont au coeur de la démarche du docteur Baglione-Streliski.
« Je suis un insulaire, un enfant du pays. » Julien Baglione-Streliski est attaché à ses racines à La Couarde, où il a grandi ; à l’éducation qu’il a reçue de sa mère, Martine Streliski 1, faite « d’amour et de créativité » ; à l’île de Ré de son enfance, « sauvage », au sein de laquelle il s’est forgé une « certaine indépendance ». Il la quitte pour suivre des études de médecine, à Nantes puis à Rennes, où il se spécialise dans les douleurs de l’appareil locomoteur. Médecin rééducateur et algologue, diplômé en ostéopathie et en échographie, il officie à Saint-Malo en libéral et au CHU de Rennes, avec pour spécialité les douleurs de l’épaule. Mais il nourrit un projet de « retour au pays », conçu avec sa mère autour des valeurs humanistes qu’ils partagent. Elle-même psychothérapeute et art-thérapeute, Martine Streliski a notamment créé une méthode de tai chi adapté dont elle propose alors une séance de découverte gratuite toutes les semaines à La Couarde. Avant sa disparition, ils ont le temps de faire l’acquisition d’une maison, à Loix, et de mener à bien les travaux nécessaires pour donner une forme concrète à leur projet. Aujourd’hui, Julien est engagé pour deux dans la réussite du cabinet médical, qui s’appuie sur son expertise de médecin spécialiste de la douleur pour proposer une prise en charge globale de la personne, dans ses dimensions physiques, psychiques et émotionnelles.
La symphonie du soin
Ensemble, la mère et le fils ont imaginé le processus d’accompagnement comme un travail symphonique, dans l’intérêt du patient, avec son concours actif. « La gestion de la douleur exige beaucoup d’humilité de la part du soignant, qui devient plutôt un « aidant ». » L’intérêt du docteur Baglione pour la douleur remonte à ses études, lorsqu’il côtoie notamment le professeur Nizard, aujourd’hui chef du service Douleur au CHU de Nantes. « Grâce à lui et à mon directeur de thèse, j’ai rencontré une médecine holistique, une médecine d’humains. » A rebours d’une conception strictement mécaniste du corps humain, la prise en charge moderne de la douleur repose sur une vision bio-psycho-sociale de l’individu, qui prend en compte non seulement la lésion organique, mais également la fonction psychique et l’environnement social. « En médecine physique et de réadaptation, on est curieux de ce que l’individu aime pour l’accompagner. » A l’issue d’une consultation, le patient repart avec un projet de soin spécialisé, dédié à la douleur chronique de l’appareil locomoteur, mais une attention est également portée aux « soins de support » tels que l’amélioration par le mouvement, avec des séances de kinésithérapie et, au besoin, une pratique préventive associant le corps et l’esprit (tai chi, pilates, yoga…). Il comporte aussi une dimension créative où l’on retrouve l’esprit de Martine et de l’art-thérapie. Témoignant de son expérience malouine, Julien observe : « Les patients ont le sentiment qu’on respecte leur intégrité. »
Une approche pédagogique
La vocation du 8 rue de la Chapellerie est de devenir un lieu de ressources, où l’on trouve aussi bien un accompagnement médical que des pratiques préventives et artistiques. D’ores et déjà, Julien s’est rapproché d’Antoine Auffret, ostéopathe installé à St Clément qui se forme à la prise en charge moderne de la douleur et consulte à Loix une fois par semaine. Tous deux mus par une vocation pour la relation d’aide, Antoine et Julien partagent une vision du soin qui met l’autonomie du patient au coeur du protocole et accordent une importance fondamentale à la relation de confiance entre le praticien et son patient. « La douleur est un phénomène global et complexe, qui nécessite de parler d’un maximum de choses », précise Antoine. Pour lui, la pédagogie est nécessaire pour expliquer à la personne les mécanismes de la douleur et l’accompagner dans une démarche de meilleure compréhension et de meilleur ressenti de son corps. « A aucun moment on ne prétend faire de la magie », prévient-il. Souvent, la première étape est de se traiter avec gentillesse. « Au lieu de penser, « c’est de ma faute », « je suis une andouille », on apprend à voir qu’il y a des solutions. »
Du tai chi en médecine préventive
Le centre accueille également les héritiers de Martine Streliski, formés au tai chi adapté. Jean-Philippe Roger, Louise Lott et Alexie Thomeuf ont repris le flambeau et proposent les mardis matin à Loix une séance d’initiation gratuite, qu’ils continuent à offrir à La Couarde le vendredi. « Le tai chi est recommandé par la Haute Autorité de Santé en cas de lombalgie chronique », souligne Julien. En permettant à la personne de prendre conscience de son schéma corporel, il l’aide à renouer avec ses sensations agréables, et joue un rôle dans la prévention des douleurs chroniques. Par une succession de mouvements doux et lents, la personne développe une conscience de soi qui dénoue aussi bien les blocages physiques que psychiques. « Ce mouvement soigne, nous en avons fait nous-mêmes l’expérience », témoigne Jean-Philippe. « Pour autant, nous ne sommes pas médecins : notre rôle est de transmettre ce phénomène à ce jour inexpliqué. » Julien, Alexie et Jean-Philippe suivent actuellement un DU de tai chi santé pour formaliser l’enseignement empirique de Martine.
Aimer pour soigner
Pour tous les intervenants du lieu, l’avenir est à une médecine où le patient est acteur et responsable de sa santé, où la sensation douloureuse n’est pas considérée comme anormale mais entendue et accompagnée, expliquée et comprise. Le docteur Baglione-Streliski a de nombreux projets pour le cabinet : développer le réseau de kinésithérapeutes de l’île, travailler en association avec les acteurs de la CPTS 2, faire venir un chirurgien de l’épaule pour des consultations médico-chirurgicales, accueillir des formations pour les soignants, ouvrir une consultation du musicien, proposer de la danse-thérapie… « Je veux redonner à l’île qui m’a donné beaucoup », explique-t-il. Et il conclut par cette phrase que n’aurait pas reniée sa mère : « Dans le soin moderne, on manque cruellement d’amour. »
1 – Vous pouvez lire le portrait par Catherine Bréjat de cette femme d’exception, disparue le 8 octobre 2024, sur notre site internet : www. realahune.fr/la-vie-ce-nest-pas-darriver-mais-detre/
2 – Communauté professionnelle territoriale de santé.
Cabinet médical
8 rue de la Chapellerie 17111 Loix
Pour prendre rendez-vous avec le Dr Baglione-Streliski, merci de respecter le parcours de soin et de passer par votre médecin traitant ou la CPTS.
Pour les activités non-médicales
Pour prendre rendez-vous avec Antoine Auffret, ostéopathe : 06 62 00 76 39 ou sur Doctolib.
Séances de tai chi adapté tous les mardis de 9h à 10h. Pour plus de renseignements : 06 87 11 03 29.
Une praticienne en neurofeedback à Loix
Le neurofeedback 1 est un entraînement cérébral qui crée de nouveaux chemins neuronaux pour diminuer ou supprimer des symptômes physiques ou psychiques gênants. » Sophie Malagnoux est installée à Loix depuis 2019. Diplômée en sciences physiques, après avoir passé onze ans dans l’automobile et l’aéronautique, elle change de cap à la naissance de ses enfants, tous deux atteints d’un trouble de la personnalité et qu’elle choisit d’accompagner au quotidien. Elle découvre le neurofeedback thérapeutique Cygnet 2 pour sa fille ; les résultats sont si convaincants qu’elle se forme à son tour. Reconnu pour son efficacité dans le traitement des TDAH 3 et troubles dys chez les enfants, le neurofeedback Cygnet est une méthode décrite par Sophie comme « non invasive » qui utilise la plasticité du cerveau pour l’aider à se reconfigurer, dans des cas aussi variés que la dépression, la perte de mémoire due au vieillissement, le manque de confiance en soi ou les fibromyalgies. Des électrodes posées sur le crâne captent les ondes vibratoires du cerveau qui lui sont ensuite renvoyées sous la forme de stimulations visuelles, auditives et sensorielles. Renseigné ainsi sur son propre fonctionnement, le cerveau se réajuste de façon autonome en suivant ses priorités. Christelle, qui se remet d’un burn-out, observe avec émotion que, au-delà de la disparition de ses symptômes, « [son] corps [se] reconnecte à la joie. » Comme tout entraînement, le neurofeedback exige un engagement dans la durée, qui est aussi un investissement financier : il faut compter un minimum de vingt séances pour stabiliser l’apprentissage neuronal. Et ce n’est pas une psychothérapie. Selon la gravité des troubles, un accompagnement par un professionnel de santé peut s’avérer nécessaire.
Eugénie Rambaud
1 – En français, « rétroaction neuronale ».
2 – Il existe trois types de neurofeedback. Seule la méthode « Cygnet » utilise un appareil reconnu comme matériel médical de classe 2 par l’Agence européenne du médicament, ce qui lui donne droit à l’appellation « thérapeutique ».
3 – TDAH : trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Pour plus d’informations sur la méthode elle-même, le déroulé d’une séance ou ce qu’en dit la recherche, rendez-vous sur le site de Sophie Malagnoux : www.lasymphoniedesneurones.fr
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