Environnement

Lettre ouverte N°5 du Collectif NEMO

Vers la destruction d’une zone côtière et marine reconnue unique en europe ?

Publié le 23/06/2021

Après les lettres ouvertes du collectif NEMO : N° 1, informant nos lecteurs du projet d’une « grappe » de parcs éoliens offshore qui s’étaleraient le long de côtes oléronaises, rétaises et vendéennes, jusqu’aux Sables d’Olonne ; N° 2, expliquant en quoi consiste un parc éolien ; N° 3 présentant les phases de construction, d’exploitation, puis de démantèlement des éoliennes ; N° 4 mettant en évidence « les manipulations de l’Etat » tout au long de l’évolu tion de ce projet, puis l’interview du Professeur Laurent Bordereaux sur les enjeux juridiques du parc éolien off-shore, nous publions cette lettre NEMO N° 5. Le collectif NEMO précise qu’il n’est pas opposé par principe aux énergies éoliennes, mais à condition que les projets ne soient pas situés en pleines zone Natura 2000 et aires marines protégées.

Du sud Vendée (85) au sud de l’estuaire de la Gironde (33), les espaces marins côtiers et terrestres, qui sont liés, concentrent de telles richesses naturelles (écosystèmes et biodiversité) qu’ils ont fait l’objet de reconnaissances et de protections nationales et internationales.

1) QUI A TRIPLEMENT RECONNU COMME EXCEPTIONNELS ET UNIQUES EN EUROPE CES ESPACES COTIERS ET MARINS ? L’ÉTAT FRANÇAIS ET L’EUROPE

Ce sont la France et l’Europe qui ont distingué ces lieux extraordinaires. Après de longues études documentées principalement par les équipes du Museum National d’Histoires Naturelles de Paris et des scientifiques nationaux ou Européens de différentes instances comme Bird Life International, Fondation créée en 1922 dont le représentant en France est la LPO.

1. Première reconnaissance française et européenne – 7 Réserves Naturelles Nationales :

7 Réserves Naturelles Nationales ont d’abord été créées successivement par l’Etat français depuis 1976 jusqu’en 2011 :

• Marais de Saint -Denis du Payré (85) en 1976

• Lilleau des Niges (17, ile de Ré) en 1980

• Marais d’Yves (17) en 1981, extension marine à venir.

• Moeze-Oléron (17, ile d’Oléron) en 1985,

• Baie de l’Aiguillon (85) en 1996

• Baie de l’Aiguillon (17) en 1999

• Casse de la Belle Henriette (85) en 2011.

Et en projet : Baie de Bonne Anse (17).

Figure 1 – Les Réserves Naturelles Nationales

2. Deuxième reconnaissance française et européenne : les zones natura 2000

Puis en 2009 est créé le zonage Natura 2000 (voir carte 2) qui couvre, seul cas en Europe, tout le littoral et jusqu’à 110 km en mer pour la zone de protection spéciale (Directive Oiseaux) ou jusqu’à une profondeur de 50 mètres pour la zone spéciale de conservation Habitats Faune-Flore. Dans cette zone la France s’engage vis à vis de l’Europe (patrimoine naturel d’une importance européenne), à conserver le bon état écologique, à l’améliorer, en aucun cas à le détériorer. Il s’agit d’une obligation contractuelle de résultat au titre des Directives Oiseaux et Habitats Faune Flore qui reconnaissent et protègent les espèces animales et végétales ainsi que leurs lieux de vie. Sur la carte ci-dessous on voit clairement que les parcs éoliens seraient positionnés au coeur de la zone Natura 2000 côtière la plus importante de France.

Figure 2 – Le Réseau Natura 2000

3. Troisième reconnaissance française et européenne : un parc naturel marin

Enfin pour couronner ces lieux uniques, le Parc Naturel Marin de l’estuaire de la Gironde et des pertuis charentais (99,47 % en zone Natura 2000) est créé par la France en 2015 après plus de 10 ans d’études et de travaux pour rassembler tous les acteurs de la zone dans un Conseil de Gestion, conseil que l’Etat n’a pas réuni depuis plus de 18 mois. Notons que la majorité des activités humaines économiques et touristiques exercées dans ce Parc Naturel Marin sont étroitement liées aux richesses naturelles et au bon état écologique de cette zone. Dont la pêche (côtière, au large), la conchyliculture, (huîtres, moules, mollusques divers), le tourisme, activités auxquelles une lettre prochaine de NEMO sera consacrée.

Et c’est justement là que les Ministres de la Mer et de la Transition Écologiques et les services de l’Etat veulent implanter un gigantesque champ éolien industriel marin, une grappe de plusieurs parcs éoliens, un chantier permanent de bouleversement des fonds marins, de pollutions et nuisances diverses, des destructions de la faune et de la flore !

Figure 3 – Le Parc Naturel Marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis

2) POURQUOI CETTE ZONE COTIERE ET MARINE EST-ELLE ECOLOGIQUEMENT SI RICHE ?

Examinons les raisons de cette triple reconnaissance française et européenne. Plusieurs causes, géographiques, climatiques, géomorphologiques, physiques contribuent à la reconnaissance de cette zone écologique unique en Europe.

1 – Une position géographique médiane entre l’équateur et le pôle nord :

Dans le golfe de Gascogne autour du 45ème parallèle, cette situation médiane dans l’hémisphère nord permet la présence d’espèces animales ou végétales en limite de répartition nord ou sud. Effet de lisière bien connu qui explique les richesses faunistiques et floristiques du nord et du sud, qu’on trouve dans les écosystèmes marins comme terrestres.

2 – L’influence du plus grand estuaire d’europe occidentale, de 4 fleuves côtiers et d’un continuum de vastes marais littoraux :

L’estuaire de la Gironde formé par les cours de la Garonne et de la Dordogne, et son gigantesque panache qui distribue nutriments, eaux douces, et sédiments très loin dans l’océan et dans tous les pertuis charentais est complété par les apports de 4 fleuves côtiers, Charente, Sèvre Niortaise, Seudre et Lay. Les grands marais littoraux, marins et doux, les marais rétro-littoraux doux sauvés des cultures céréalières intensives participent par leurs apports aux fonctions nourricières des végétaux et animaux marins. Ils hébergent des nourriceries et lieux de vie et de migrations des poissons amphihalins comme les aloses, anguilles, lamproies, et les derniers esturgeons sauvages d’Europe… Ils sont des zones d’échanges essentiels avec les milieux marins. Quadrillés de canaux et chenaux d’eau douce, et d’accès contrôlés à la mer, ils sont écologiquement très importants pour les écosystèmes terrestres et marins.

3 – Des zones côtières à l’abri des îles, des vasières nourricières, la pente douce des fonds vers le large :

La mer des pertuis, avec ses bras de mer protégés par les îles d’Oléron et de Ré, offre des espaces côtiers abrités dans lesquels se réfugient de nombreuses espèces animales lors des tempêtes et des épisodes de fortes houles océaniques. Elle favorise aussi les zones d’atterrissements des sédiments apportés par les fleuves qui forment ces grandes vasières littorales aux productions animales et végétales exceptionnelles. En faisant la première zone de l’économie conchylicole européenne (huîtres et moules), ainsi que des étapes indispensables aux repos et nourritures des espèces d’oiseaux en migration. Ce sont également des zones de nourriceries de poissons, mollusques, crustacés …

Ce n’est qu’à une trentaine de km de la côte que les fonds atteignent – 50 m, une pente douce découverte pour partie par le jeu des marées (estrans vaseux, sableux, rocheux) autorise donc assez loin du trait de côte la pénétration de la lumière dans la colonne d’eau. Cela permet ainsi la photosynthèse pour les algues et plantes qui sont les habitats et nourritures d’une riche biodiversité.

Figure 4 – Le Parc Naturel Marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis

4) Des voies majeures de migration, des zones de stationnement au large d’importance européenne pour les oiseaux marins :

Des millions d’oiseaux, de chauves-souris, d’insectes migrent chaque année du sud (l’Afrique) vers le nord (Islande, Sibérie, terres du Grand Nord) puis du nord vers le sud. Toutes les espèces d’oiseaux empruntent ces voies migratoires au-dessus des terres et ici des espaces marins.

Trois voies constituent ce qu’on appelle le fly way ou autoroute des oiseaux : une bande de 20 km entre le trait de côte de Charente Maritime et l’intérieur des terres, une bande entre la ligne des 12 miles nautiques et la côte ouest des iles d’Oléron et de Ré (là où serait installé le premier parc éolien industriel marin) et enfin une troisième bande à environ 30-40 miles nautiques pour une voie migratoire qui va passer en mer au large, au-dessus du plateau de Rochebonne. Sortant de ces tracés pour des étapes de repos et de nourritures, les oiseaux regagnent par des déplacements transversaux ouest-est et est-ouest les Réserves Naturelles Nationales et les zones des bras de mer entre les îles et le continent.

S’ajoute à ces voies de migration le plus grand stationnement européen d’oiseaux marins. Ce sont ainsi plusieurs centaines de milliers d’oiseaux qui fréquentent les eaux marines au large de nos côtes pendant la majeure partie de l’année puisqu’ils ne vont à terre pour se reproduire dans le nord que pendant 3 à 4 mois.

En découle une responsabilité européenne et internationale (car cela excède la UE), puisque la majeure partie des rares oiseaux européens de la famille des alcidés (macareux moines, guillemots, pingouins torda, Mergules), des Pétrels, Puffins, Fous de bassan, stationnent massivement dans ces lieux marins.

Reconnus et créés par la France, reconnus et créés par l’Europe, reconnus internationalement, ces lieux uniques sur la façade atlantique, ont donc fait l’objet sur le plan environnemental de 7 Réserves Nationales, de Zonages Natura 2000, d’un Parc Naturel Marin conformément aux Directives Européennes applicables par la France.

Ces reconnaissances reposant sur des réalités scientifiques, on ne comprend pas comment l’Etat français puisse proposer de détruire aujourd’hui les habitats et les espèces qu’il a décidé hier avec l’Europe, de protéger : les Ministres de la Mer et de la Transition Écologique, les services de l’État veulent y implanter un gigantesque champ éolien industriel marin, une grappe de plusieurs parcs éoliens, un chantier permanent de bouleversement des fonds marins, de pollutions et nuisances diverses, des destructions de la faune et de la flore !

Les lettres 2 et 3 de NEMO sont assez explicites sur ce qui se passe sur les fonds marins, dans la colonne d’eau, au-dessus de la surface de la mer, quand est installé un champ éolien industriel marin… Un écocide institutionnalisé inimaginable est en marche … dans le pire lieu d’implantation de la Côte Atlantique, au pire moment : celui de l’organisation en septembre 2021 en France du Congrès Mondial de la Biodiversité ! L’Etat a mis en place la doctrine ERC (Eviter-Réduire- Compenser) pour prendre en compte la préservation des zones naturelles importantes. Il devrait dans le cas présent décider d’éviter cette zone reconnue par l’Europe et la France et ne peut en aucun cas s’appuyer sur la Directive européenne Programmes dont l’objectif majeur est bien d’éviter les implantations d’activités à forte incidence dans les zones naturelles reconnues.

Collectif NEMO

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Vos réactions

  • RAFA
    Publié le 24 juin 2021

    Je souhaite signer cette pétition !

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  • jean marie BOURRY
    Publié le 30 juin 2021

    Semaine après semaine, votre publication porte cette croisade anti-éolienne dans une tribune aussi exaltée qu’excessive, toujours à charge. A l’opposé de ce quatuor de rédacteurs qui exhibent avec ostentation titres et diplômes, nombre d’ingénieurs et scientifiques de haut niveau abordent l’éolien de façon constructive et positive.

    Cette exhortation au rejet de l’éolien – voire à l’insurrection tant le message est pilonné et dramatisé – ne porte aucune attention aux retours d’expériences rassurants relatifs aux parcs offshore de plus de dix ans avec des résultats auxquels aucun de ces contempteurs compulsifs ne veut accorder le moindre crédit ; au final on s’apercevrait que ce n’est pas la fin du monde comme le ressassent ces opposants : https://www.revolution-energetique.com/impact-environnemental-des-eoliennes-offshore-globalement-benefique-pour-la-biodiversite/

    Evidemment, dans leur tribune, les progrès technologiques dans la protection des oiseaux est éludée, des dispositifs de repérage déclenchant un ralentissement, un arrêt ou un effarouchement sont désormais opérationnels, une atténuation des chocs lors des travaux est mise en œuvre et l’éolien flottant n’a pas de fondations. Par ailleurs, les zones d’exclusion pour la pêche sont synonymes de mise en réserves, avec des impacts positifs sur les lisières des implantations.

    En fait, ce parc éolien ne représenterait que 3 % de la surface du parc marin soit 200 km2 sur 6500 km2 et encore moins si l’on se réfère aux zones Natura 2000. A chaque fois, les cartes présentées par ces anti-éoliens relèvent d’échelles différentes. Est présenté le parc offshore non sur sa surface et son implantation réelles, lesquelles ne sont pas encore définies, mais sur la totalité des zones possibles d’implantation. Pour une présentation encore plus anxiogène, ce ne sont pas deux parcs offshore, mais des grappes de parcs éoliens qui sont mentionnées.
    Ce parc marin présente un linéaire de côtes de 1000 km et sa sanctuarisation intégrale par rapport à l’éolien signifierait une interdiction générale et absolue sur une bonne partie du gisement éolien français. Et à aucun moment, il n’est démontré que la situation actuelle de prédation anthropique serait bien meilleure que celle comportant un parc offshore et une réduction des zones offertes à la surpêche. Actuellement ce parc marin ne bénéficie d’aucune réglementation et limites concernant les méthodes de pêche professionnelle les plus meurtrières ; les pratiques sont identiques à celles en cours sur n’importe quelle autre zone de pêche non protégée par un statut environnemental. Les dauphins y sont piégés, les stocks de poissons s’effondrent, des oiseaux se prennent dans les filets… Evidemment un voile pudique est mis sur ces impacts incompatibles avec les objectifs de préservation d’un tel site, mais par contre, dès que l’on parle d’éoliennes aussitôt ce sont des hurlements pour dénoncer, sans références, des atteintes révoltantes car destructrices sur la faune et la flore ! tandis que ces fonds peu profonds sont raclés par d’énormes chaluts dégradant la zostère.

    Au lieu de tout rejeter en bloc, s’agissant d’un projet national relevant de l’intérêt général, il serait urgent que le positionnement et les modalités de construction et de fonctionnement de ces parcs soient négociés au plus tôt. Toutes les productions d’énergie ont un impact sur les milieux naturels, les parcs offshore n’y dérogent pas ; mais selon la localisation, les techniques déployées et les modalités de gestion, ces impacts peuvent être faibles et il peut même y avoir des effets positifs, comme l’effet récif.
    https://www.revolution-energetique.com/les-pecheurs-americains-sont-seduits-par-le-premier-parc-eolien-offshore-du-pays/?utm_source=R%C3%A9volution+%C3%89nerg%C3%A9tique&utm_campaign=898b9f0aae-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_7c068e6142-898b9f0aae-419626509.
    On ne peut être hostile à la fois à l’éolien, pilier de la transition énergétique, et au nucléaire, la baisse du nucléaire devant être compensée par des productions matures et massives. Les externalités négatives des diverses énergies sont à évoquer. Or si les rédacteurs de cette tribune se livrent à une diabolisation anti-éolienne partiale et obsessionnelle, ils se gardent bien d’évoquer : l’accumulation sans fin des déchets nucléaires pour lesquels aucune solution satisfaisante n’existe, les rejets permanents et les pollutions tout au long du cycle du combustible, les piscines de stockage qui deviennent insuffisantes, les coûts croissants et les risques majeurs, devenant rédhibitoires.

    Ce parc offshore est un atout pour les îles d’Oléron et de Ré, il pourrait faire l’objet d’une démarche concertée et constructive pour en limiter les éventuels impacts ; espérons que le bon sens finisse par l’emporter.

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