Culture

Patrimoine oral

Veillée des conteurs sur l'île de Ré

Veillée des conteurs : l’île de Ré enchantée !

Un hymne à l’île de Ré repris par toute la salle !
Publié le 09/12/2015

La traditionnelle et huitième « Veillée des Conteurs » était arsaise cette année. Le 6 novembre, le Collectif pour le recueil du patrimoine oral rétais (Corepor) organisait sa soirée festive annuelle : plus de 270 personnes se sont régalées des plats du chef Fabien Jacques, aussi remonté aux fourneaux qu’au micro. Après avoir été applaudi pour son menu savouré par tous les invités de la fête, il a d’ailleurs lancé un vibrant appel pour la défense des valeurs de l’île. C’est précisément l’une des missions qu’accomplit le Corepor avec son lent travail de consignation des mémoires rétaises, issues du patrimoine vivant séculaire des paysans et marins qui ont fait l’île de Ré.

Un tour de l’île en chansons

Cette année, placée sous l’invitation à aller d’« un village à l’autre », et animée d’une âme de maître par Michel Pelletier, la veillée a permis à chacun de ceux-ci d’avoir droit à son chant ! S’il est vrai que la sociologie rhétaise s’est quelque peu modifiée depuis cinquante ans, les nouveaux venus sont déjà entrés dans le patrimoine chanté. Ainsi aux Portes « C’est le Tout Paris / Qui vient de Neuilly, / D’Auteuil, de Passy / Pour faire des langoustes-parties, / Un pot dînatoire, / Champagne et homard / Foie gras et caviar / Qu’on prend sur le bord d’la baignoire / Dans le même registre, / On a nos artistes / On a nos ministres / Et bien d’autres illusionnistes / I m’font des baisemains / En maillot de bain, / Rien de tel pour m’mettre / Au bord de l’orgasme mondain ». Une composition de Marie-France Coignard et Eric Babeau qui a lancé les premiers rires.

Que personne ne s’offusque !

Ces chansonnages, les Rhétais de souche savaient se les servir à eux-mêmes. A preuve, le « Voyage de Thiodule dans l’Île de rêve » qui donne à chacune leurs dûs : « Les Pourtingalaises aimant à dansayèe / Al étiant beunaises / De se trimoussèye (…) Les jolies Loidaises / Etant bien tournèyes (…) / A Ars et Saint Martingn’ / Les dam’s avant d’biâs chapias / Eh ! Mossieur argardez-mou danc / A tortillant du troufignan (…) De même les Flottaises / Aimant à dansèye / Pour aller à la danse / S’passeriant d’mangèye ». Et le reste à l’avenant ! Mais honni soit qui mal y pense : « les rétaises / Le l’dit ben douç’ment / Etiant comme dos braises / Mais ben sages également / Si al aimant ben s’amusèye, / A savant aussi travaillèye ». Ouf ! En puisant dans le patrimoine patiemment recueilli par le Crici, la soirée n’a été que déclaration d’amour à l’île de Ré. Et à ses habitants. Car comme le dit l’une des chansons, « l’île de Ré n’abrite que des braves gens. Sur tout son territoire n’y a point un mécréant ».

Un livre et un disque l’an prochain

Et ces chansons rassemblées par le Cricri – Michel Fruchard, le président du Corepor, l’a annoncé – devraient être éditées l’an prochain. Un livre accompagné d’un disque d’enregistrement est prévu, un éditeur régional ayant été trouvé. Ainsi la mémoire orale sera-t-elle fixée et pourra être transmise aux jeunes générations. Mais connaîtront- elles la saveur de ces veillées qui font le plein chaque année et où l’on savoure aussi les échanges entre convives, sans parler des anecdotes ou des contes que les anciens présentent eux-mêmes ? Occasion de réfléchir à un élargissement du public aux plus jeunes. Car, du dire de quelques patoisants, chacun était « gueudé ». Et au final, qui n’était « beunaise » d’avoir fait vibrer l’âme de Ré ? Un bon banquet où, contrairement aux albums d’Astérix, les bardes n’ont pas été pendus, mais applaudis. A l’année prochaine, sinon avant…

 

Jean-Baptiste Le Proux

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